Ci-dessous, les textes produits par des membres de l'Association Pour l'église de Saint Cyr et du Collectif AME, publiés dans L'Echo des Vallées, bulletin trimestriel de la paroisse de Magny-en-Vexin. Par ordre chronologique, du plus récent au plus ancien, les textes dans leur intégralité:

 

Le dernier seigneur d'Aincourt   (L'Echo des Vallées n° 128, janvier-mars 2020)  

Il s'appelait Louis-Michel Le Peletier de Saint-Fargeau (1760-1793). Noble, et député de la noblesse aux états généraux de 1789, il se rallia ensuite à la cause républicaine, et fit décréter en 1790 la suppression des qualifications nobiliaires: il ne se fit plus appeler que "Michel Le Peletier". En grand radical, il défendit l'abolition de la torture et de la peine de mort. Robespierre "l'incorruptible" l'aimait beaucoup. Il était proche de Condorcet, le marquis de Limay, qui était ami de la duchesse d'Enville, laquelle était la châtelaine de La-Roche-Guyon; Le Peletier de Saint-Fargeau les a peut-être reçus chez lui dans son château d' Aincourt? Il travailla à des lois en faveur de la liberté de la presse et pour répandre une instruction moderne, et nombre de ses idées furent reprises par Jules Ferry.

Ce sont ses derniers jours qui le firent entrer dans la légende. En effet, élu à la Convention, il vota, après avoir hésité, la mort du roi, alors que Condorcet et bien d'autres nobles épris de progrès comme lui s'y étaient refusés, considérant le roi comme leur cousin. Or la veille de l'exécution, Le Peletier de Saint-Fargeau fut tué d'un coup de sabre dans un restaurant du Palais Royal, par un ancien garde du corps, révolté par ses prises de position. C'était le 20 janvier 1793, fête de la saint Sébastien, martyrisé à Rome vers 287. Le citoyen Michel le Peletier fut aussitôt considéré comme le premier martyr de la Révolution. La Convention lui fit des funérailles nationales, et les restes du "martyr de la liberté" reçurent les honneurs du Panthéon.[1]

Cet attentat a donné lieu à un tableau mystérieux, du grand peintre son ami Jacques-Louis David, un tableau que le peintre lui-même fit disparaître deux ans plus tard, lorsque le vent tourna au détriment des révolutionnaires. Heureusement, il nous en reste une gravure, certainement fidèle à l'original. Annonciateur de "La mort de Marat", c'est un hommage au "nouveau saint Sébastien" de la République. L'original pourrait être encore emmuré au château de Saint-Fargeau, dans l'Yonne.

L'académicien Jean d'Ormesson est l'un des descendants de Saint-Fargeau: les Aincourtois pourraient le revendiquer aussi comme l'un des leurs. Mort en 2017, Jean d’Ormesson était un personnage contradictoire comme son aïeul, qui était certainement comme lui un « homtimiste ». Il se disait "catholique agnostique" et imaginait les débuts de l'univers comme un oxymore, une prodigieuse rencontre créatrice de forces contraires.  Chercheur de sens et de beauté dans les évènements historiques il a déclaré :

« C’est stupéfiant, cette succession de papes : Jean-Paul II, Benoît XVI, François. Le premier, qui arrive dans les années soixante-dix alors que l’Église est en crise, incarne l’espérance avec son « N’ayez pas peur » ; Benoît XVI-Ratzinger est un grand savant, un théologien admirable, et j’ai beaucoup d’admiration pour lui – il incarne la foi ; et François, c’est la charité. François est un jésuite, mais personne n’incarne mieux que lui la lignée de saint François d’Assise. »

La société française reste encore partagée entre héritiers spirituels de l'Ancien Régime, et fils de la République. Le fil de l'histoire, ourdi sous le regard de Dieu, peut prendre sens comme outil de raccommodage salutaire.

                                                                                                                                                    M. P.

 

 



[1] Paris honore le dernier seigneur d'Aincourt avec la rue Saint-Fargeau, à Ménilmontant, et le musée Carnavalet, musée des Arts et Traditions populaires de Paris, sis dans son ancien hôtel particulier.

 

La fine équipe des origines (L'Echo des Vallées n° 128, janvier-mars 2020)

La première équipe des disciples du Christ a été décrite comme le tronc d'un arbre immense; les racines nourricières  en étaient l'Esprit, et le feuillage les œuvres foisonnantes. Or il s'agissai, dans ce "tronc commun", de gens très différents entre eux. Marc tel un conteur inspiré écrivit sous la dictée de Pierre; celui-ci était un homme rude, un pêcheur de Galilée. Jean le théologien et mystique avait d'abord été pêcheur lui aussi. Mathieu le percepteur avait plus de recul, et on perçoit bien sa colère contre les autorités juives, incapables de reconnaître le message divin de Jésus.

Le quatrième, Luc, arrive plus tard, il n'a pas connu Jésus personnellement, mais il est médecin et devient le secrétaire de Paul, celui dont la vie a basculé un jour, sur le chemin de Damas, où il se sentit foudroyé par l'évidence du message de Jésus. Luc écrit comme se plaçant au sommet des pentes escarpés du sanctuaire de Delphes (c'est tout près de ce véritable centre spirituel de la Grèce antique que ses restes auraient été enterrés) : d'un côté, à l'Orient, l'univers de la diaspora juive auquel appartenait Paul; de l'autre, son univers à lui, le monde grec. Paul de Tarse (en Turquie), "l'apôtre des Gentils" fonda des communautés chrétiennes dans chaque grande ville: Ephèse, Corinthe, Rome... Luc alla encore plus loin, à la rencontre de l'univers tout entier, grâce à l'écriture, dans la langue des gens cultivés de tout le bassin méditerranéen. Il rédigea les Actes des Apôtres, le récit des années 30 à 67; et les Actes ont été complétés par les Epîtres, ou lettres de Paul, de Pierre, de Barnabé qui les fit se rencontrer, de Jude, de Jean et de Jacques. A noter que c'est Luc qui a rédigé le récit de l'Annonciation, faisant ainsi rentrer la Vierge Marie dans l'équipe avant tous les autres.

Or il y avait au départ beaucoup de méfiance et de divergences, entre les deux premiers bâtisseurs de l'Eglise, Pierre "à l'esprit noueux" et Paul le Pharisien converti. L'Eglise de Jérusalem et l'Eglise de Rome voyaient les choses bien différemment, car Pierre, avec Jacques, se battait d'abord pour la conversion des juifs, tandis que Paul déclarait la loi juive "accomplie", donc abolie dans la nouvelle foi. Paul et Marc, de plus, furent longtemps brouillés. Ils livrèrent tous des batailles terribles: Etienne le premier martyr fut lapidé sur ordre du Sanhédrin (Actes, 6-7) à Jérusalem le jour de la Pâque juive. "Or Saul avait approuvé le meurtre d'Etienne", écrit Luc. Et Saul, devenu Paul, fut à son tour l'objet d'un complot des Pharisiens et du Sanhédrin (Actes, 23:12), avant d'être décapité à Rome, avec saint Pierre, crucifié.  

Les autorités romaines, elles, mettaient dans le même sac les chrétiens et les juifs: tous des fauteurs de troubles. Aussi, le travail en équipe de choc, les premiers chrétiens le menèrent, comme le Christ, jusqu'à leur mort: outre Pierre, Paul, André et Etienne, Barnabé et Jacques "le Juste" connurent aussi les persécutions et la mise à mort infamante. Il faudrait en mentionner encore bien d'autres, ces hommes et femmes évangélisateurs qui ne connurent pas le martyre, mais dont Luc a transmis le souvenir. Benoît XVI a évoqué Apollos, le jeune qui faisait l'admiration de Paul, dans sa rencontre avec les jeunes d'Argenteuil, le 31 janvier 2007, concluant en ces termes: " Dans cette mission évangélisatrice originale, [les premiers chrétiens] ont trouvé le sens de leur vie, et en tant que tels, ils se tiennent devant nous comme des modèles lumineux de désintérêt et de générosité... chacun à sa façon, car c'est Dieu qui fait croître."

                                                                                                                                                                                                                                                                                        M. P.

 

 

 

 

Caïn et Abel, c'est toi et moi, et toi c'est moi

Comme tous les mythes, celui de Caïn et Abel, fils d'Adam et Eve, est d'une grande complexité. Au Moyen-âge et dans la culture populaire, jusqu'à aujourd'hui, Caïn c'est le méchant, et Abel la victime du fratricide. Mais dès qu'on se penche sur le récit biblique on découvre que Caïn peut être vu comme l'agriculteur sédentaire, ouvrant la voie à l'architecture, et représentant de multiples progrès par rapport à son frère le berger nomade. Dieu préfère Abel le doux, mais Caïn, c'est la révolte et le cri de celui qui par son génie fait évoluer la condition humaine. Et dans la littérature, Caïn est toujours privilégié car bien plus intéressant. De Victor Hugo à Baudelaire, par exemple, il ressemble plutôt à Prométhée, celui qui donna le feu aux hommes et fut injustement puni par Zeus, selon la mythologie grecque. Après le premier crime de l'humanité, et le premier fratricide, la Bible raconte une autre histoire de jalousie et d'injustice, celle de Jacob, le doux berger, préféré de son père, et d'Esaü, qui se fait passer pour son frère jumeau, par la ruse, pour obtenir la bénédiction du patriarche. Le côté souvent terrible des mythes sert à nous faire réfléchir sur nos propres sentiments ambigus envers nos proches. Evidemment, chacun se croit la victime innocente de l'autre, et le préféré de Dieu à juste titre; mais la jalousie et la colère, justifiée ou pas, sont aussi parmi les moteurs de nos actions. Le Coran donne une très belle solution à l'impasse morale représentée par Caïn, rongé à jamais par le remords, en donnant à l'histoire une suite: "Dieu envoya alors un corbeau qui s'employa à gratter le sol avec ses pattes, pour montrer entre autres à Caïn comment ensevelir le corps de son défunt frère sous terre. Voyant l'oiseau, Caïn comprit alors l'horrible acte dont il ventait d'être l'auteur." Avec ou sans corbeau, essayons donc de donner des preuves de fraternité, même si c'est avec retard: nos morts restent pour toujours nos frères, à qui nous devons fidélité et/ou réparation.

                                                                                                                                                                      M. P.

 

 

Les moulins à eau du Vexin français

 

 

Depuis des millénaires, les moulins appartiennent aux paysages de nos contrées européennes : le moulin à eau est probablement apparu en Grèce, les textes les plus anciens l’appellent « hydralète » ou « moulin grec ». Indispensables à la survie des villageois, puisqu’ils servaient à l'origine à moudre le grain, ils ont trouvé leur place au bord des cours d’eau et ont inspiré des chansons et des proverbes. Sur le plan spirituel le moulin, qui "transforme" le grain en farine, devint pour l’Eglise le « moulin mystique, symbole de la transformation de l'homme, on devrait cette image à Suger, l'abbé de Saint Denis, qui l’aurait utilisée le premier au XIe siècle.

Dans le Vexin, des documents attestent la présence de certains moulins dès le XIe siècle, à Tourly par exemple. Au milieu du XIXe siècle, on en compta 100 000 en France, chaque village ou presque en ayant un, parfois plus. Vienne-en-Arthies en posséda jusqu’à sept !  Puis leur nombre diminua, : on n’en dénombrait plus que 30 000 en 1900. Rares sont ceux dont la roue tourne encore aujourd’hui, pour notre unique agrément comme celle, spectaculaire de Fourges, au bord de l’Epte.

Sous l’Ancien Régime, leur construction dépendait du seigneur, de l’abbé ou de l’abbesse du monastère du lieu. La pratique se libéralisa avec la Révolution ; de nombreux moulins, trop, furent alors édifiés et il fallut légiférer. Son moulin n’appartenait donc généralement pas au meunier, et les abbés, abbesses et seigneurs qui en étaient propriétaires ne négligeaient aucun détail dans la rédaction des baux. Ainsi, dans le contrat concernant le moulin de l’abbaye de Gomerfontaine, il était prévu qu’en sus du loyer, le meunier s’engageait à « fournir et livrer annuellement à madite abbesse, au pardessus du prix ci après, douze douzaines d’anguilles au prix de dix livres la douzaine, et lorsqu’elles seront petites ils en fournissent deux pour une, et un gâteau le jour des Rois de valeur 10 livres, le tout au choix de madite Dame. » La tradition voulait en effet que le meunier offre un gâteau à son propriétaire pour l’Epiphanie. On a également conservé le contrat de location du moulin d’Heulecourt que le propriétaire loue en 1763 à Antoine Delondre : « c’est à savoir un moulin à eau faisant de tout grain farine avec ses tournans, travaillons et ustencils… la maison, fournil, chambre, étable et autres lieux, terres et préz en dépendans, le tout situé à Heulcourt. » le montant du bail s’élève à 700 livres par an et les preneurs s’engageaient à entretenir le moulin et à y faire des réparations. Les meuniers devaient aussi entretenir et nettoyer les cours d’eau pour empêcher les inondations.

C’est au VIIIe siècle, avec l’accroissement des surfaces emblavées, que le nombre de moulins se multiplia, un nouveau personnage apparut alors, original, le meunier qui était appelé à occuper une place considérable dans le paysage social. On le fréquentait car il fallait aller régulièrement porter son blé au moulin, la farine se conservait alors mal. Edifié à l’écart du village, dans des lieux bucoliques, rendez-vous des amoureux, on venait parfois également y faire la fête, aux Millonets, à Vienne-en-Arthies, on s’y réunissait à la Chandeleur pour faire les crêpes.

De là naquirent des comptines, des proverbes aussi, qui se retrouvent à l’identique, parfois dans plusieurs pays d’Europe : l’expression « apporter de l’eau à son moulin » existe ainsi en espagnol, en italien et en occitan, ces dictons vantent le travail du meunier ou fustigent sa malhonnêteté et moquent la fainéantise de son âne.

"Meunier tu dors"… dit la ritournelle, le meunier ne chômait pourtant pas. Son activité dépendait du temps qu’il faisait ; les roues à aube des moulins les plus anciens se trouvaient à l’extérieur, les conditions climatiques pouvaient les fragiliser, la sécheresse risquait d’en craqueler le bois et le gel ou les crues risquaient également de les endommager. Par la suite, pour éviter ces inconvénients on prit l'habitude de les abriter à l'intérieur du bâtiment lorsque l'on construisait un nouveau moulin, comme à Chaudry, Parnes, Neuvillette… Quand le temps le permettait, le meunier devait travailler de jour comme de nuit, sans dormir, car si le blé venait à manquer, les meules se frottaient, gare alors au risque d'étincelles et donc d’incendie. Ces meules qui constituaient des pièces maîtresses étaient fabriquées, comme leur nom l’indique, en meulière, on les taillait à La Ferté-sous-Jouarre dont la qualité de la pierre était renommée, mais il y avait également des carrières au domaine de la Feuge, à Arthies.

Jusqu'à l'invention de Watt, cet ingénieur britannique qui améliora la machine à vapeur, seule la roue du moulin à eau produisait l'énergie nécessaire pour la fabrication des produits indispensables dans la vie quotidienne, alimentant moulins à grains qui produisaient la farine pour la fabrication du pain, moulins à oléagineux pour l’extraction de l’huile, moulins à draps, à tisser, à papier, scieries, soufflets des forges.... Leur importance dans la société était donc primordiale. D’ailleurs, comme la population dépendait du moulin à blé pour s’approvisionner en farine, en cas de guerre, l’ennemi ne s’y trompait pas, et pouvait affamer une population en le réquisitionnant ou en le détruisant; nombre de moulins disparurent ainsi durant les guerres de religion, tel celui de Montagny.

Dans les temps anciens, le meunier n’avait pas toujours bonne réputation, on se méfiait souvent de lui, marginal, un peu sorcier; comme il vivait à l’écart du village, on soupçonnait qu’il avait commerce avec le diable. "Meunier larron, voleur de son pour son cochon, voleur de blé c'est son métier" disait le proverbe; en effet, les grains que les habitants lui apportaient étaient rarement pesés, ils étaient simplement dosés, ce qui donnait lieu à bien des litiges, il suffisait en effet de les compresser plus ou moins dans les sacs et le tour était joué. Or le meunier se faisait payer en nature, ainsi celui de Beaugrenier recevait-il le seizième des grains. En 1783, dans le cahier de doléances de La-Chapelle-en-Vexin, par exemple, les habitants réclamaient une balance pour peser le blé porté au moulin.

Comme le montrent les inventaires, certains meuniers étaient aisés, celui de Genainville était également fermier-receveur. Mais d’autres dont les revenus n’étaient pas suffisants se voyaient contraints d’exercer un autre métier : certains produisaient, pour améliorer l’ordinaire, leur propre grain qu’ils vendaient à la morte saison, celui du prieuré de Saint-Clair-sur-Epte était pour sa part également poissonnier.

A tort ou à raison, l’entente entre meuniers voisins, mais concurrents, et avec la population n’étaient pas toujours parfaite, des conflits s’élevaient lorsque l’un d’entre eux était accusé de détourner le cours des ruisseaux, de créer des inondations. A Vienne, le meunier qui avait augmenté la taille de sa roue modifia la pente du ru, si bien qu’en 1841, se produisit sur plus de cent mètres un énorme éboulement qui emporta une maison et interrompit le cours du ru.

Dispersés le long des cours d’eau, trop individualistes, les meuniers n’étaient organisés ni en métiers, ni en corporations. De même ils n’avaient pas un seul et unique saint Patron à l’instar d’autres métiers,  il variait au gré des régions et des époques. On le choisissait parce que l’objet de son martyre, souvent une roue, avait un rapport avec le moulin: ainsi saint Vincent de Saragosse, ou bien saint Victor de Marseille condamné à être broyé entre deux roues par l’empereur Maximien. Sainte Catherine d’Alexandrie, martyrisée à l’aide de roues armées de pointes de fer, fut d’ailleurs considérée comme sainte patronne par beaucoup de corporations utilisant la roue; on comptait aussi sur saint Honoré (patron des boulangers)et sur saint Martin peut-être parce qu’il était représenté avec un âne, animal qui accompagnait toujours les meuniers. Les habitants de Paris avaient quant à eux attribué le Bon Larron à leurs meuniers !

Au fil des siècles, les moulins ont disparu, pour diverses raisons, dans des incendies parfois, en temps de conflit. Il arrivait que certains meuniers, par incompétence ou par dénuement les laissent à l’abandon. Au fil du temps, progrès techniques obligent, seuls sont demeurés ceux que l’on put agrandir ou adapter pour les transformer en filatures, chamoiseries, papeteries, comme celles de Buhy qui furent bientôt remplacées par celles de Saint-Clair-sur-Epte. A Vienne-en-Arthies, les moulins devinrent filatures de coton, fabriques de tire-bouchons, de capsules d’huile de ricin, puis de savon.  Il y avait aussi un sabotier.

En 1827, on conçut la première des turbines dont le procédé se généralisera à la fin du XIXe siècle.  A Delincourt, dans les années 1920, on s'éclairait de jour comme de nuit grâce à la turbine et de loin on voyait le moulin, alors qu'au village il n'y avait pas d'électricité.  La ferme du moulin à Ivry le Temple fut alimentée en électricité jusqu'en 1950. Aux Millonets, à Vienne-en-Arthies, le moulin de M. Baudin produisait également son électricité, il alimenta même l’école lors de la guerre. On peut imaginer que la lumière était bien vacillante et aléatoire.

En 1920, si la plupart des moulins à blé avaient disparu, la première guerre mondiale apporta un court répit aux autres.

On pouvait déjà lire dans La vie rurale dans le Mantois et le Vexin d’Eugène Bougeâtre : « Aujourd’hui, la grande meunerie règne dans toute sa puissance. Les moulins de nos riantes vallées tombent en ruines, les rats envahissent les rez-de-chaussée, les chouettes et les hiboux nichent dans les greniers et dans la cour déserte, les ronces et les orties opposent aux regards indiscrets d’impénétrables broussailles. Parfois aussi un amateur de pittoresque achète la bicoque branlante pour un morceau de pain et la transforme en une coquette villa qu’égayent l’été les jeux et les rires de jeunes citadins en vacances. Et c’est ça qui peut arriver de mieux, en le sauvant des injures du temps, au vieux moulin de nos ancêtres. »

 

                                                                                                                                     Evelyne Navarre-Chapy

 

 

 

 

 Le reniement de saint Pierre, église de Vémars,

Val d'Oise

Notre coq bien-aimé

L’Evangile de saint Marc, dont le récit de la Passion est lu tous les ans au début de la messe des Rameaux, est celui qui retrace avec le plus de précision le célèbre épisode du coq (14.26, 14.29, 14.66):

Après avoir chanté les cantiques, ils se rendirent à la montagne des oliviers. Jésus leur dit: Vous serez tous scandalisés; car il est écrit: Je frapperai le berger, et les brebis seront dispersées. Mais, après que je serai ressuscité, je vous précéderai en Galilée [ ...]  Pierre lui dit: Quand tous seraient scandalisés, je ne serai pas scandalisé. Et Jésus lui dit: Je te le dis en vérité, toi, aujourd'hui, cette nuit même, avant que le coq chante deux fois, tu me renieras trois fois. Mais Pierre reprit plus fortement: Quand il me faudrait mourir avec toi, je ne te renierai pas. Et tous dirent la même chose.

Bientôt la terrible prédiction se réalise, parce que la peur gagne, et les dénonciations vont bon train :

                Et Pierre se souvint de la parole que Jésus lui avait dite: Avant que le coq chante deux fois, tu                me renieras trois fois. Et en y réfléchissant, il pleurait.

*Vémars_(95),_église_Saint-Pierre-et-Saint-Paul,_bas-côté_nord,_tableau_-_saint_Pierre

 

Voici une représentation du XIX° siècle du reniement de saint Pierre, sujet très populaire dans la peinture, qui se trouve dans l’église Vémars, à l’autre bout du Val d’Oise : Pierre est en majesté, tenant à la main les clés en or du Paradis, et le coq est l’autre star du tableau. Ainsi, les deux pôles moraux sont dans une position symétrique : la sainteté, qui ouvre les portes, et la plus grande faiblesse, toute proche de la trahison: c'est la dramatique ambivalence humaine qui est montrée.

Les chrétiens orthodoxes commémorent rituellement l’épisode du chant du coq : « au cours de l'office de minuit, le coq chante, et nous cultivons des larmes de repentir, alors que nous commémorons l'agonie du Christ qui pleurait au Jardin de Gethsémani. Nous demandons à Dieu Sa grande miséricorde, tandis que nous pleurons à cause de notre incapacité à veiller avec le Christ, car nous, comme un autre Pierre, Le renions par notre péché. »

Chaque fois qu’un coq figure sur une œuvre d’art du monde chrétien, il faut y voir un rappel de cet épisode tragique. Le chant du coq nous intrigue, parce qu’il semble nous interpeller, ou même nous invectiver. Au Salvador, dans le folklore, on lui donne une interprétation très simple : « Kikiriki, toi aussi tu l'as renié! En effet, selon le récit de saint Luc, « le Seigneur se retourna et posa son regard sur Pierre », au moment où le coq chante pour la première fois, de sorte que le geste de Jésus donne un sens précis, bouleversant, au chant du coq.

Mais on peut aussi faire une lecture moins dramatique de l'épisode, car «le coq est l'annonciateur du jour : c'est l'indice du passage de la nuit au jour, celui qui annonce le jour. Dans l'Evangile de saint Jean il ne chante qu'une fois. Autrement dit, c'est un animal qui annonce la résurrection puisque “le jour”, c'est la résurrection, donc l'indice dans ce chapitre même de la présence de la résurrection annoncée », écrit le Père Jean-Marie Martin.

Et l'histoire ne s'arrête pas là: Saint Pierre en Gallicante (ce qui veut dire « le chant du coq ») est un sanctuaire érigé au Moyen-Age par les moines byzantins à Jérusalem, dont la crypte se trouve peut-être sur le sol même de la cour où saint Pierre fut interpellé par la servante soupçonneuse. Depuis 1880, ce sanctuaire est gardé par les frères augustins assomptionnistes, ordre créé à Nîmes en 1845.

 

 

Or un problème très sérieux se pose : « La loi juive interdisait la présence de volailles dans les limites de Jérusalem. Donc, personne n'a entendu le chant d'un coq véritable, mais les sentinelles romaines ont fait résonner leurs trompettes à la relève des gardes, une fois dans une direction, un seconde fois dans l'autre direction». Saint Pierre a donc renié le Christ avant que ne sonnent les trompettes et que les sentinelles n'aient changé les positions de garde. La confusion en faveur du volatile s’appuie aussi sur le fait que le mot latin pour trompette utilisé par les soldats romains est gulliculum et cela signifie le coq chante. Ce nom pour un « clairon » n’a rien d’étonnant : en français, le coq s’appelle déjà dans le Roman de Renard « Chantecler . Par ailleurs, le coq de nos clochers nous parle toujours  comme un vaillant rappel des qualités gauloises, car déjà au temps des Romains, il y avait une équivoque entre « Gaulois » et « gallus », le gallinacé: c'était la même prononciation.

Quoi qu'il en soit, le Musée de l’Outil, à Wy-dit-Joli-Village, comporte un magnifique ouvrage  d’orfèvrerie, représentant les instruments de la Passion : selon la tradition, le coq est tout en haut de la croix, entouré par le marteau, les clous, la tenaille, l’éponge, la colombe, la croix des deux larrons, la couronne d’épines, la larme de saint Pierre, le roseau de la flagellation, le soleil et la lune (car une éclipse se produisit effectivement quand le Christ rendit son âme à Dieu, c'est historiquement  attesté).

Nos monuments aux morts gardent également l’image du coq. Tout en se voulant laïques, ils véhiculent, avec la piété pour nos aïeux qui se sacrifièrent pour la patrie, aussi notre héritage chrétien. N’oublions donc pas, en savourant quelque coq au vin, que notre coq bien aimé est un des symboles les plus riches de notre culture, parce que profondément contradictoire, comme chacun de nous !                                                                                                      

                                                                                                                                                                  M. P. 

 

 

 

 

 

 

Le coq de Gallicante,

Jérusalem.

 Qui est le saint patron de Banthelu ?

(n° 124, janvier-mars 2019)

Notre minuscule commune de Banthelu, si tranquille, avec ses 60 boîtes à lettres, a le privilège d’avoir une magnifique église moderne, à l’acoustique exceptionnelle ; elle fut bâtie en 1960 grâce aux crédits américains pour la reconstruction, sur les plans de l’architecte Delaunay. En effet, le village et son église avaient été bombardés, lors de la retraite des Allemands, pourchassés par l’artillerie et l’aviation alliée qui traversa le Vexin en août 1944, une fois franchie la Seine à Mantes. Il reste de l’église ancienne, fondée en 1070, un mur, quelques arcs et une ogive, merveilleusement mise en valeur par la disparition du bâtiment qu’elle soutenait et projetait vers le ciel. Un vitrail moderne la dit consacrée à saint Gédéon et au curé d’Ars.

Qui était le saint curé d’Ars : baptisé Jean-Marie Vianney, dit le curé d'Ars, était né le 8 mai 1786 à Dardilly, et mourut le 4 août 1859 à Ars-sur-Formans. Il fut le curé de la paroisse d'Ars pendant 41 ans. Il est nommé patron de tous les curés de l'Univers par le pape Pie XI en 1929, parce que c’était un curé de combat. En 2010, une Année Sacerdotale fut déclarée par le Pape Benoît XVI pour toute l’Église, sous l’égide du Saint Curé, qui sut réveiller la foi dans un village qui semblait mort, et qui lisait dans les âmes.

Qu’en est-il de saint Gédéon ?

Selon le site officiel catholique Nominis, voici de quoi il retourne : « Né dans une famille pauvre d'un village près de Volos en Grèce, Gédéon fut placé par ses parents chez un de ses oncles qui tenait un bazar. C'est là qu'il fut enlevé par un musulman pour être employé dans son harem. Le jeune garçon devint musulman sous le nom d'Ibrahim. Torturé par les reproches de sa conscience, il s'enfuit, et ses parents le cachèrent en Crète d'où il s'embarqua trois ans plus tard pour la Sainte Montagne de l'Athos. Mais il voulut expier publiquement sa faute et il obtint de ses supérieurs de s'engager sur la voie du martyre volontaire. Il revint à la demeure de son ancien maître musulman et lui reprocha de l'avoir forcé à trahir sa foi. Arrêté, il fut pris pour un fou. Bastonné, il fut libéré et retourna à l'Athos. Un an plus tard il revint en Thessalie et confessa encore le Christ. Arrêté, il fut condamné à avoir les membres tranchés à la hache, après diverses humiliations. Or, cela se passait en 1918, et Saint Gédéon fut martyrisé par les Turcs il y a à peine deux cents ans ! Les premiers vestiges de l’église de Banthelu datent de 1070, il y a donc quelque part une erreur sur le nom. Effectivement, les documents les plus anciens, conservés aux Archives de Pontoise, mentionnent la consécration de l’église à saint Géréon, ce qui est bien différent.

Saint Géréon, martyr à Cologne en 287

Saint Géréon vécut vers 286, lorsque la légion thébaine (de Thèbes, aujourd’hui Louxor, en Égypte) comprenait 6 000 hommes, tous soldats chrétiens, et l'un des centurions s'appelait Géréon. Son chef, Maximien, officier de l'empereur Dioclétien, avait voulu obliger l'armée à prendre part à un culte en hommage aux dieux de l'Empire. Devant leur refus, des chrétiens furent égorgés à Cologne, où Géréon s'était fait le porte-parole de ses 318 compagnons d'armes. Mais pourquoi lui rendit-on culte à Banthelu, à ce saint quasiment inconnu ? Des reliques de saint Géréon furent-elles acquises par le premier curé de Banthelu, avant que d’autres atteignent Ancenis, en 1104, à 30 km de Nantes, et que soit fondé le village actuel de Saint-Géréon? Et si « Géréon » était une variante de « Gédéon » et que la confusion date de très loin ? En effet, le premier Gédéon a une légende biblique qui a été fort populaire.

Le Gédéon du livre des Juges

Il figure comme un héros épique dans le livre des Juges. « A cette époque, les peuples voisins causent bien des soucis au peuple de Dieu qui croit que Dieu l’a abandonné. D’autant plus que les Hébreux se sont mis à adorer des idoles, comme eux, et ils ont fort mauvaise conscience. Dieu lance un défi à un paysan nommé Gédéon, qui n’est pas très malin, et pas courageux du tout. Il trouve toutes sortes d’excuses pour ne pas faire ce que Dieu lui demande. Les ennemis sont tellement nombreux ! Il a tellement peur, qu’il demande à Dieu de lui donner un signe, quelque chose d’extraordinaire, pour être sûr que Dieu est sérieux. Dieu lui dit alors de ne prendre avec lui que 300 hommes, mais de faire d’abord une incursion nocturne dans le camp des Madianites, avec son assistant. Et là, bien cachés, ils entendent l’un d’entre eux raconter son rêve: « J’ai vu un pain d’orge qui roulait dans notre camp. Il est venu cogner une tente, il l’a renversée, et elle est tombée. Son camarade répondit : - C’est l’épée de Gédéon, l’Israélite ! Ce rêve veut dire que Dieu a décidé de livrer tout notre camp en son pouvoir ! ». Les Madianites étaient démoralisés, et Gédéon se mit à genoux pour remercier Dieu. Puis il lança sa maigre troupe contre les ennemis « aussi nombreux que les grains de sable », qui prirent la fuite en essayant de rattraper leurs innombrables chameaux, qui avaient détalé, terrifiés par 300 torches enflammées brandies contre eux.

L’histoire de l’église de Banthelu ne s’arrête pas là. On a aussi supposé à un moment que Géréon était une variante de Germer, fondateur du monastère cistercien de Fly en 655, qui devint une magnifique abbaye. Les habitants de Banthelu ont donc des modèles variés de qui s’inspirer. Et nous aussi ! Car, comme le disait l’abbé de la Trappe Armand-Jean Bouthilier de Rancé (1626-1700),

« Vivre sans vivre en saint, c’est vivre en insensé ».

MP                                          

 

 

Claude Monet à Vétheuil, par Eliane Bricard-Nagy (n° 124, janvier-mars 2019)

Sans le savoir, Monet était agnostique, un agnostique pur de tout concept, comme peuvent être agnostiques une forêt ou un parterre de tulipes, sans pourquoi ni parce que. Pour lui, peindre une église n’était pas une fin en soi, mais si, sur son chemin, l’une d’entre elles dévoilait un grand charme, alors elle pouvait fort bien –comme tout autre donnée du paysage – devenir motif pour un peintre. C’est ce qui s’est produit pour l’église de Vétheuil.

Après avoir quitté Vétheuil, Monet donnait de nombreuses versions très personnelles d’une façade de la cathédrale de Rouen. S’il le fallait, cette sororité dans l’œuvre du maître rehausserait encore le prestige de notre église Notre-Dame-de Grâce de Vétheuil, puisque toutes deux –et elles seules- ont un pouvoir émotionnel sur le peintre.

 

En 1878, Monet s’installe à Vétheuil, « un endroit ravissant », écrit-il à ses amis. Le bourg offre une image de la vraie campagne dans toute sa fraîcheur, son authenticité, son charme ancien. D’aspect vigoureux, l’église, bâtie à flanc de colline, est tout à la fois un premier signe de paysage rural, pour le bourg, et un témoin de mémoire, au même titre qu’une colline, une boucle de la Seine ou un arbre. Et puis, elle a rythmé les joies et les douleurs de nombreuses générations, ce qui renforce sa connotation affective ; mais surtout, elle est si belle !

La première toile de Vétheuil, ce sera justement l’église vue de près. Monet aime en elle la pierre blonde d’Ile de France, dialoguant avec toute la gamme des bleus et des gris d’un ciel souvent instable. Il aime aussi ce qu’on pourrait appeler –si l’église était un arbre-  ce « port majestueux » qu’une situation à flanc de colline met si bien en valeur.

Pour exprimer cette majesté sans alourdir la toile, Monet place au premier plan une grimpée en forme de trapèze, qui sert en quelque sorte de podium à l’édifice, et repousse habilement l’église. Face au tableau, le premier regard va à l’église et non pas à son support.

Les parties vitales de l’église sont saisies avec des traits affirmés (le toit, le clocher, les frontons etc). qu’en est-il de cette façade Renaissance Italienne, très animée, qui plaisait tant à Monet ? Le peintre n’offre en réalité que les indications architecturales indispensables. Tout détail se voit à demi-gommé, le chromatisme est restreint : ainsi le mystère et la poésie du lieu demeurent intacts. Un cadrage serré permet d’éviter tout contexte inapproprié.

 

Dans une seconde toile  (1879) ; Monet offre encore une vue de l’église prise d’assez près : « l’église de Vétheuil, l’hiver ». Une composition un peu décalée (c’est à tort que j’emploie le mot ‘composition’, les Impressionnistes ayant programmé la supression de la composition, trop classique).

Le clocher surgit à gauche, par-dessus les maisons et à droite, un pigeonnier de brique rouge équilibre la toile. La présence d’un édifice raffiné et d’une barrière de bois très rustique dans une même toile fait courir l’imagination.

Ensuite, il y aura encore « L’église de Vétheuil, neige » (1879). L’édifice coupe tout le second plan de la toile, le premier étant investi par des eaux de dégel, des eaux marron où entre toute la déclinaison des verts (une référence à Corot ?). En revanche, les coups de brosse sauvages et écailleux annoncent une volonté de s’écarter de Corot.

Ces trois toiles achevées, l’église de Vétheuil apparaîtra de nombreuses fois (une soixantaine, dit-on) dans la production vétheuillaise, mais désormais dans des panoramas. La verticale de l’église et son clocher équilibreront les compositions horizontales, nombreuses chez Monet à cette époque. Et puis un clocher renferme l’histoire de tant de vies !

1900 et 1901 se caractérisent par de nouveaux échanges entre Monet et l’église de Vétheuil. Monet est installé à Giverny. Durand-Ruel gère sa gloire. Or le peintre revient parfois à Vétheuil, incognito, pour des séjours-éclair. Depuis Lavacourt, desservi par le bac de Vétheuil, il va peindre quelques toiles du village tant aimé, où les temps étaient durs, mais où son art est parvenu à sa vraie maturité.

Ces nouvelles toiles où l’église apparaît en belle place n’appartiennent plus à la peinture de représentation. R. Thomson, le grand spécialiste anglais de Vétheuil, parle à leur sujet « d’intériorité, de mémoire, de nostalgie ». Le village voilé de brume se présente sur une boucle de la Seine, donc une courbe, toute féminine.

L’une des pires épreuves de Monet à Vétheuil fut le décès de sa jeune épouse, âgée seulement de trente-deux ans. L’amie de la famille, Mme Ernest Hochedé, remua ciel et terre pour que le mariage du peintre et de Camille fût valisé religieusement. Les obsèques furent donc célébrées par les charitons dans la belle chapelle latérale qui leur était réservée sur le côté nord de l’église, à l’entrée de l’édifice. C’était la première fois que Monet regardait l’église autrement que hors-les-murs.

Laissons à Cémenceau, grand ami de Monet, le mot de la fin : « Et le diable m’emporte si, en arrivant au Paradis, je ne vous trouve pas un pinceau à la main ! »

La générosité du peintre nous délivre de toute inquiétude concernant son accueil dans ce lieu de récompense éternelle. Clémenceau, lui, y a peut-être déjà été interrogé sur son passé de querelleur acharné…

(On peut voir de nombreuses représentations de Vétheuil avec son église sur google images sous l'intitulé: Vétheuil par Claude Monet")

 

 

 

A quel saint se vouer ?

Le 1er novembre, nous fêtons tous les saints. Or la liste ne cesse de s’allonger. Est-ce bien raisonnable ? Certes nous avons toujours besoin de sainte Vérène, patronne des femmes de ménage des églises et presbytères (fêtée le 1er septembre), de saint Nicodème, patron des fossoyeurs (fêté le 31 août), de sainte Claire, patronne du monde de la télé (fêtée le 11 août), de sainte Véronique, la patronne des photographes, la première à avoir imprimé sur un linge les traits du visage du Christ (fêtée le 4 février), sans parler de saint Gaétan, patron des banquiers, de saint Christophe, patron des chauffeurs de taxi, de saint Georges, patron des maladies vénériennes, si l’on peut dire, de saint Pierre, par la faute duquel le vin vint à manquer lors des noces de Cana, si bien que les alcooliques repentis le reconnaissent comme l’un des leurs. Mais avec saint Vincent, (« Vin-saint ») le patron des vignerons, on peut toujours s’en remettre à  un protecteur moins rigoureux…

Le 11 octobre, Il ne faudra surtout pas oublier saint Gommaire, le saint patron des maris qui ont des femmes mauvaises. Il fait la paire, en quelque sorte, avec sainte Rita, patronne des femmes mal mariées, des causes désespérées et des choses impossibles.

Puis le temps des joyeusetés reviendra, et le 11 mai, il faudra se raccrocher à Philippe Néri, patron des humoristes. Molière était mort sur scène, saint Genès est le patron des comédiens martyrs.

Peut-être que sainte Marguerite est à invoquer sous la même bannière de la créativité, car les blagues n’ont jamais manqué autour de sa légende : on dit qu’elle avait su charmer et calmer un redoutable dragon, outre moult ours et lions, alors que celui dont elle ne voulait pas pour mari, le général Olibrius, tentait de la faire céder à ses avances à coup de torches ardentes et chaudron d’huile bouillante, le tout sans arriver à la faire craquer.

Or c’est la même sainte Marguerite qui est intervenue de façon décisive dans la vie de Jeanne d’Arc, puisque, avec sainte Catherine et saint Michel, l’archange des batailles, elle lui avait fait entendre sa Voix ; après quoi, Jeanne la bonne Lorraine sut faire plier le roi à la volonté de Dieu, sut le convaincre de se conduire en homme, et non plus en craintif jouisseur ; il obéit à la Pucelle, et lança son armée contre les Anglais à l’Ouest, puis contre leurs alliés les Bourguignons à l’Est. Jeannette est devenue sainte Jeanne d’Arc, patronne secondaire de la France, après la sainte Vierge, par un « bref »  du pape Pie XI  en 1922. La France aurait été engloutie par ses voisins sans Jeanne d’Arc : les saints et les saintes de Dieu sont en fait des gens avec qui on ne rigole pas, de leur vivant !

Notre Vexin Ouest a-t-il déjà produit des saints ? C’est le moment de nous souvenir de l’abbé Derry, de Maudétour. Il avait dirigé la colonie de vacances au château de Maudétour en 1941, comme les années précédentes. Il fut décapité à Cologne le 15 octobre 1943, pour faits de résistance. Dans sa dernière lettre, il écrivait ceci : « La mort, c’est le voile qui se déchire. Comme je voudrais bien mourir ! Ce serait au moins cela de bien dans ma vie dont le Bon Dieu pourrait tenir compte. Oh, s’il voulait bien me donner sa grâce et accepter ma vie, quelle messe ! S’il continue à m’aider, j’irai en chantant ‘Ce n’est qu’un au revoir’ au Ciel. Qu’est-ce donc que quelques années ? »

Bref, chacun a besoin de saints de référence, pour leurs vices surmontés ou pour leurs pures vertus, pour leur envergure historique, pour leur légende consolante ou pour la beauté de leurs images : ils sont à la fois à notre image et à l’image de Dieu, ils nous aident à nous connaître, et à reconnaître le type de sainteté qui cherche à émerger de notre moi profond : « Ils sont chemin de foi, ils sont chemin vers Dieu… »

 

A la Toussaint, invoquer tous les saints c’est sain, car même les plus malsains, grâce à l’intercession d’un saint, peuvent à leur tour faire essaimer cet « esprit de sainteté, esprit de lumière » que nous ressentons naissant en chacun, un jour, pour toujours, si Dieu le veut.

                                                                                                                                                                                 MP

 

 

 

Les Mystères de saint Roch

(image: Saint Roch, église d'Omerville) 

MP - Nous avons de superbes représentations de saint Roch dans le Vexin, dans les églises de Magny, Omerville, St-Clair sur Epte, La-Roche-Guyon, outre de nombreuses églises St Roch dans toute la France, d’Amiens à Toulouse ;  il est fêté le 16 août. A Paris, la dévotion à saint Roch lui a valu la consécration d’une église-musée très importante. C’est en tant que Bretonne que vous voulez le faire revivre, pourquoi ?

 

AL - En Bretagne - mais aussi dans la Normandie proche - saint Roch est très présent. Dans de nombreux oratoires, chapelles, églises, ses représentations m'ont semblées originales, j'ai donc trouvé intéressant d'en rechercher les images mais aussi les histoires et j'ai découvert un passé ...encore présent ... les processions par exemple - appelées pèlerinage en Ille et Vilaine, pardon dans le Calvados - qui se tiennent généralement le dimanche suivant le 16 août, jour de sa fête.   

 

MP - Mais saint Roch était de Montpellier, et il a laissé une forte empreinte aussi à Rome, dans toute l'Italie, et dans le monde hispanique...

 

AL - Oui, et aussi en Belgique. Il était né au milieu du XIVème siècle à Montpellier - déjà capitale universitaire et médicale - fils unique d'une famille particulièrement riche et cultivée. Parti en pèlerinage à Rome, il soigna sur son chemin nombre de pestiférés mais fut lui-même atteint par la peste à son retour. En fait son culte est souvent associé aux dangers sanitaires du pèlerinage, vers Saint Jacques de Compostelle, mais aussi vers le Mont Saint Michel, Chartres et d'autres.

 

MP - Effectivement, il porte souvent un chapeau de jacquet, une besace, une coquille saint-jacques. Y a-t-il des familles de saints qui se ressemblent ?

 

AL - Jacques et Roch tous les deux sont de grands voyageurs, et qui accompagnent les marcheurs, oui. Mais il apparait aussi associé à saint Sébastien, le plus ancien parmi les saints reconnaissables à leurs plaies, invoqués pour implorer des guérisons. On raconte aussi que saint Sébastien (ancien militaire) arrêtait la peste avant qu'elle n'envahisse le village et que saint Roch intervenait si elle était déjà entrée...

 

MP- Et le chien représenté avec tant de vivacité à ses côtés, d'où sort-il ?

 

La dévotion populaire associait des animaux à nombre de saints : saint Gilles et la biche, St Antoine et le goret, saint Roch et le chien qui tient dans la gueule un petit pain (dérobé, chaque jour, à la table de son maitre) ce qui lui permit de se nourrir car, pestiféré, il devait vivre à l’écart, en quarantaine.

 

MP - On a souvent le chien d'un côté et un petit ange de l'autre.

 

AL - Si c’est le chien qui l’a nourri, c’est l'ange qui l'a guéri... Il est important malgré tout de reconnaître tout ce que nous devons aux animaux. C'est St François d'Assise, dont on disait qu'il parlait le langage des animaux, qui l'a fait reconnaître au niveau de la théologie savante. Notre époque, qui maltraite tellement les bêtes, dans les abattoirs par exemple, a besoin aussi de l’assistance des bêtes.

 

MP - Vous êtes une intellectuelle, très scrupuleuse en matière d'exactitude historique. Et en même temps, vous vous identifiez sans réserve à tout le folklore chrétien, débordant de fantastique. Ce n'est pas contradictoire ?

 

AL - Saint Roch a été pour moi le vecteur d'un Signe. A partir du moment où on a l'expérience d'une Attention particulière du Ciel, on éprouve une dette de reconnaissance qui vous oblige à en témoigner. Je souris en vous le disant mais la cérébrale que je suis y croit, j’ai la « foi du charbonnier » (mon frère), comme on dit.

 

MP - Vous ne vous séparez jamais de votre chien, d'ailleurs...

 

AL - En effet, un jour, j'étais dans une église et en colère. Je savais que s'y trouvait une statue de Saint Roch. J'ai allumé une bougie de neuvaine " Bon Saint Roch, priez pour moi et écoutez ma prière...Aidez-moi à trouver un chien que j'aide et qui m'aide". Six jours plus tard, sur le parvis d'une autre église, j'ai rencontré un clochard qui voulait se débarrasser de son chien, trop agressif envers les autres chiens. Je l'ai adopté.

 

MP - C'est un petit miracle, d'accord, mais…

 

AL - En vous parlant de dette de reconnaissance tout à l'heure, je ne pensais pas tant à ce moment-là qu'à un autre, nocturne celui-là : au fond de la détresse où m'avait plongée une vie niant Dieu, cédant au libertinage et à la débauche, je me disais : "C'est celle-là que je suis devenue ? Mais qui peut encore m'aimer ?" Alors j'ai entendu la voix de Jésus "Moi, Je t'aime et Je t'aimerai toujours". Le lendemain, j'étais dans une église, je me confessais...

 

MP - Et Saint Roch dans tout ça ? Les confréries de Saint Roch qui s'occupaient des malades ont disparu en 1905, presque partout. Qu'est-ce qui vous fait penser que saint Roch peut revivre dans notre époque qui considère les rites paysans comme des superstitions dépassées, voire dangereuses ?

 

AL -Le culte à saint Roch renaît à chaque grande épidémie ; on le constate avec les ex-votos qui sont datés ; 1830 : le choléra sévit ; 1920, c'est la grippe espagnole qui a décimé la population française. Malheureusement, nous avons, nous, gens du XXIème siècle, notre nouvelle maladie contagieuse : l’apostasie, le reniement du Christ. Et le vide que nous créons, en reniant notre baptême, se voit comblé par l’adoration de faux dieux. Notre époque voit renaître une grande faim spirituelle, et l’homme a toujours besoin d’adorer. Que saint Roch nous guide pour retrouver la véritable nourriture dont nous avons besoin ! L’invoquer, ce n’est pas irrationnel, au contraire, c’est retrouver le chemin de l’humilité et de la gratitude, prélude à la rencontre avec le Christ, qui est, comme dit saint Paul, le logos, la raison même.

 

 

                                                                                                          Annick Labbé et MP

 

Dégâts des eaux dans le Vexin et autour

 

Notre région, qui jouit pourtant d’un climat tempéré, a souffert de crues ravageuses à toutes les époques aux abords de la Seine.

En 1086, les pluies et inondations ont miné les rochers, et abattu des villages, au point que « les oiseaux redeviennent sauvages, et les poissons mouraient dans l’eau.

Le 28 décembre 1134, il était tombé tellement de neige qu’on ne pouvait plus sortir de chez soi ; six jours plus tard, le dégel provoquait des inondations.

En 1296, les inondations à répétitions sont combattues par l’exhaussement des berges de la Seine, à Paris et à Mantes.

En 1438, les loups affamés étranglent 80 personnes : la famine était épouvantable, des épidémies sont apparues après les crues de la Seine.

En 1525, les eaux ont recouvert le pont de Mantes.

En 1603, à Rosny, un cyclone arrache les arbres, le lendemain de Pâques. Le dîner du roi Henri IV est emporté, celui-ci s’enfuit, et la reine le suit, sur les épaules d’un habitant.

En 1651 et 1658, à Vernon, les arches du pont tombent, et on déplore des noyades.

Le 27 février 1658, la Seine rentre dans l’église Notre-Dame des Neiges, après la chute de sept arches. Une procession est organisée pour demander pardon à Dieu, mais trois autres arches tombent encore, et un moulin part à vau-l’eau.

En 1673, 40 personnes sont noyées par la crue de la Vaucouleurs, qui emporte le pont Boufard.

Le 18 juillet 1698, la grêle casse toutes les  tuiles et les vitres, la population croit que la fin du monde est arrivée.

En 1793, le jour de Noël, l’eau recouvrait à nouveau le pont de Mantes.

Enfin, le premier janvier 1910, la Seine est montée de 8 mètres, passant d’un débit de 30 m3/sec (niveau le plus bas)  à 2 400 m3/sec.

Le Journal de Mantes commentait : « Les éléments déchaînés ont battu en brèche pendant trois semaines le semblant de civilisation dont nous sommes si fiers. Notre prétendue supériorité a été écrasée par l’élément liquide dévastateur. »  Les îles avaient disparu, on ne voyait plus que le haut des arbres, tandis qu’armoires, chevaux et bœufs dérivaient. Et le 6 janvier, à nouveau, le niveau était remonté à 7,40 m.

Le vendredi 13 mai 1910, à Guernes, eut lieu un accident terrible. La barge faisait l’aller et retour, reliée à un filin en hauteur, filin qui allait d’une berge à l’autre.  En ce mois de mai, la Seine connaissait toujours une période de hautes eaux, et, encore abaissés pour en faciliter l’écoulement, les barrages augmentaient d’autant la violence du courant.

 

Vers dix-huit heures, sur la rive de Rosny, conduit par le passeur Watterloo, le bac embarqua Mme Mariette Henry, boulangère, et M. Hippolyte Lenoir, cultivateur, tous deux habitants de Guernes.

 

Aux dires du passeur, la charrette de Mme Henry, se trouvait à l’arrière du bac, tandis que celle de M. Lenoir se situait à peu près au milieu de l’embarcation. Par la suite, le tribunal évalua le poids de la première à 300 kilogrammes et de la seconde, contenant cinq sacs de plâtre et deux de ciment, à 500 kilogrammes. Au total, d’après les débats du procès, avec 800 kilogrammes pour ces deux charrettes, le bac n’était pas surchargé, puisque « le texte du règlement sur le passage d’eau » prévoyait « qu’une seule voiture, d’un poids ne dépassant pas trois tonnes et demie [pouvait] être embarquée sur le bac ».

 

Aux deux tiers de la traversée, évaluée à 190 mètres, le bac embarqua de l’eau du côté amont et s’enfonça en précipitant les passagers dans le fleuve ; tandis que, sur la berge du côté de Guernes, près de l’auberge, le mât soutenant le câble, long de vingt mètres, tout en pitchpin et de trente-sept centimètres de côté, « après avoir brisé ses haubans et fauché un prunier [se coucha] sur l’herbe maigre d’un jardinet, la pointe tournée vers le fleuve ».

 

Mme Bach, exploitante de la traversée de la Seine, déclara « qu’entendant du bruit et des rumeurs insolites, elle sortit de chez elle [et] sautant dans un canot se dirigea du côté où le bac venait de disparaître, mais ne put recueillir que le passeur qui avait réussi à se maintenir à la surface ». Quant à M. Lenoir, au moment où le canot arrivait près de lui, « il s’enfonça pour ne plus reparaître » tandis que Mme Henry avait déjà disparu.

 

Plus d’une semaine après, le fleuve rendait aux familles, les touchantes dépouilles des victimes de ce tragique accident.

 

Jeune femme de 30 ans particulièrement estimée, Mme Mariette Henry laissait veuf son mari et orpheline sa fille à cinq ans ! Agé, lui, de 57 ans, M. Hippolyte Lenoir laissait une veuve et deux filles qui restèrent inconsolables. La presse le décrivait comme ayant « conquis l’estime et l’amitié de tous ceux qui le connaissaient », mais aussi comme « un républicain convaincu et sincère, un excellent citoyen, un brave et honnête homme », jouissant d’une « sympathie unanime ».

 

L’issue du procès de ce malheureux naufrage jugea le passeur Watterloo, âgé de 75 ans, responsable de l’accident. Le tribunal lui reprocha d’avoir augmenté la tension du câble qui guidait le bac, pour faciliter la manœuvre au moment de l’abordage ; mais, plus encore, son inexpérience et sa maladresse dans la conduite, si particulière, d’une telle embarcation. »

En 1924, trois barrages ont été construits, et parviennent depuis à limiter les dégâts.

 Source : Marcel Lachiver, Histoire de Mantes et du Mantois des origines à 1792, Meulan 1971, et Mantes-sur-Seine, une histoire d’eau, du Moyen Age à nos jours, 2005. http://www.guernes.fr/guernes/histoire/faits-divers-anciens/357-vendredi-13-mai-1910

M. P.

 

 

 

Saint Pierre et saint André

Frères de sang, premiers disciples de Jésus

Il y a plus de 2000 ans, la Palestine est divisée en 3 régions : la Judée au sud - au niveau de la mer morte-, la Galilée au nord - au niveau du lac de Tibériade appelé aussi mer de Galilée, lac de Kinneret, ou lac de Genézareth- et la Samarie - entre les deux.

Deux frères, André et son aîné Simon - fils de Jonas - vivent près du lac de Tibériade où ils exercent le métier de pêcheurs. Baptisés l’un et l’autre par Jean « le baptiseur » dans le Jourdain - fleuve qui traverse le lac -, ils deviennent ses disciples.

Un jour de l’an 28 ou 29, André est en train de préparer ses filets lorsque Jean Baptiste l’interpelle. Il lui désigne du doigt un homme qui longe la rive et lui dit : « C’est l’agneau de Dieu ». Intrigué, André va au-devant de l’homme.  Subjugué, il l’écoute et passe toute la soirée en sa compagnie ; ce qui lui vaut d’être surnommé le Premier Appelé.

Il le quitte peu de temps, pour rejoindre son frère auquel il annonce : « Nous avons trouvé le Messie ». Puis il conduit Simon vers l’homme qui se prénomme Jésus. Les deux frères quittent tout - famille, métier - et deviennent les premiers disciples de Jésus qui leur prédit : « Je ferai de vous des pêcheurs d’hommes ». Peu après, deux autres frères également pêcheurs en mer de Galilée, Jacques et Jean - fils de Zébédée - font de même.

Ainsi commence la mission apostolique de Jésus et de ses disciplines, dont le nombre augmente rapidement jusqu’à douze : douze apôtres ou élus, représentant les douze tribus d’Israël. Ils prêchent la bonne parole en Palestine. Jésus porte grande estime à Simon qu’il surnomme Simon Képhas (signifiant le roc) en raison de sa solidité. Ce qui le conduit à lui dire : « Tu es Pierre, et c’est sur cette Pierre que je bâtirai mon église ».

Avec les autres disciples, ils assistent aux nombreux miracles réalisés par Jésus, principalement en Galilée. Juste après celui de la multiplication des pains et des poissons à Tabgha - située sur la rive ouest du lac de Tibériade -, Jésus demande à ses disciples de le laisser seul pour prier. Ils s’en vont, montent dans une barque pour traverser le lac à la rame. Ils essuient une tempête violente. La barque manque à plusieurs reprises de chavirer lorsque dans la pénombre, ils entrevoient au loin une forme étrange qui avance sur l’eau, ce qui les effraie. Puis, ils entendent : « Rassurez-vous, c’est moi ; n’ayez pas peur ».

Simon-Pierre reconnait la voix de Jésus mais ne discerne pas ses traits car la nuit est sombre ; alors il doute et répond : « Seigneur, si c’est toi, ordonne que j’aille vers toi sur les eaux ».  Jésus lui dit : « Viens ». Simon-Pierre sort de la barque et marche sur l’eau, mais le vent redouble de fureur. Il perd confiance et s’enfonce.  Jésus lui saisit la main, l’aide à marcher sur l’eau à ses côtés pour rejoindre la barque tout en ajoutant : « Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ? ».

Après avoir sillonné la Galilée, Jésus et ses disciples entrent en Judée. A Béthanie, Jésus ressuscite Lazare. La nouvelle se répand et une foule de plus en plus nombreuse se masse le long de la route empruntée par Jésus pour se rendre à Jérusalem.

Il y entre assis sur un âne (signe de paix) et non sur un cheval (signe de pouvoir et de guerre) six jours avant Pessa’h.  [Pessa’h - qui veut dire passage - est le nom de la Pâque juive qui commémore la libération des Hébreux sous la conduite de Moïse, leur exode pour sortir d’Egypte où ils étaient traités comme des esclaves].

Quelques jours plus tard, Jésus réunit ses disciples autour d’un dîner pour fêter la Pâque juive, que l’on appelle « La Cène », nom issu du latin céna désignant le repas du soir [« Cène » magnifiquement représentée en détrempe par Léonard de Vinci sur les murs du couvent dominicain de Santa Maria delle Grazie à Milan].

Peu après, Jésus se retire au Jardin des Oliviers pour prier. André, Simon-Pierre ainsi que Jacques et Jean, l’accompagnent. Judas survient, suivi d’une troupe armée d’épées et de bâtons. Il donne un baiser à Jésus et les hommes de main envoyés par Caïphe, grand prêtre du Temple de Jérusalem, saisissent Jésus [l’une des plus belles fresques peintes par Giotto dans la chapelle Scrovegni à Padoue, représente cette scène].

Simon-Pierre essaye d’empêcher son arrestation et tranche d’un coup d’épée une partie de l’oreille droite de Malchus, serviteur de Caïphe. [L’épée de saint Pierre - identifiée comme telle - est une relique chrétienne actuellement conservée au Musée archidiocésain de Poznan en Pologne].

Jésus ne résiste pas, se laisse arrêter, guérit Malchus en apposant ses mains sur l’oreille et s’adresse à Simon-Pierre : « Tu me défends et pourtant en vérité, je te le dis, avant que le coq ne chante, tu me renieras trois fois ». [A noter qu’à cette époque, la loi juive interdit la présence de volailles dans les limites de Jérusalem, donc Jésus ne fait pas référence à l’animal mais aux sentinelles romaines qui entre minuit et 3 heures du matin font résonner leurs trompettes à chaque relève des gardes. Cette hypothèse est confirmée par plusieurs historiens, précisant que le nom latin utilisé par les soldats romains pour désigner leur trompette est « gulliculum », ce qui signifie « le coq chante »].

Compte tenu de sa véhémence pour défendre Jésus, Simon-Pierre est également arrêté et soumis à un interrogatoire par le grand prêtre sur le parvis du Temple où s’assemblent de nombreux contradicteurs. Suite aux diverses questions qui lui sont posées, il dit n’avoir aucun lien avec Jésus, ne pas faire partie de ses apôtres et n’avoir jamais connu cet homme.

Il n’est pas le seul à manquer de courage. Aucun disciple n’assiste à la montée de Jésus au mont du Golgotha (nom hébreu signifiant crâne) situé en hauteur à l’extérieur des remparts et régulièrement utilisé par les Romains pour des exécutions. Et seul Jean est présent lors de sa crucifixion.

Tous se cachent, car ils ont peur d’être arrêtés et de subir le même sort. Pierre est néanmoins le premier à entrer dans le tombeau vide, après avoir été informé ainsi que Jean par Marie-Madeleine que le corps de Jésus a disparu. [1]

Peu après la résurrection de Jésus, fuyant les persécutions, les disciples quittent la Palestine pour devenir des « pêcheurs d’hommes » dans d’autres pays. Ils partent chacun de leur côté et ne se reverront plus jamais.

André l’évangélisateur de la Grèce

André prêche l’Evangile autour de la Mer Noire et il est considéré comme le fondateur de l’église de Constantinople, qui deviendra l’Eglise d’Orient (Andros, en grec, signifie L’homme). Arrêté à Petras (Grèce), il y est crucifié sur une croix en forme de X, appelée depuis croix de Saint André. Il meurt au bout de 4 jours - le 30 novembre de l’an 60 - sans avoir cessé de haranguer ceux venus assister à son supplice, et de les inciter à la conversion.  Ses reliques ont été transférées à Constantinople au 4ème siècle.

[Tous les pays, régions, villes et ordres ayant choisi André comme saint patron ont pour point commun une croix de saint André sur leurs drapeaux. C’était le cas pour les ducs de Bourgogne de l’ordre de la Toison d’or dont le cri d’arme était « Montjoie Saint André ». C’est encore le cas, de la Franche - Comté, de la ville de Bordeaux, du pays basque, de l’Ukraine, de la Roumanie, de la Grèce, de l’Ecosse, de la marine russe et de certaines régions d’Espagne - dont Ténériffe aux Canaries].

Pierre le fondateur de l’Eglise de Rome

Simon-Pierre passe par la Samarie avant de rejoindre Antioche (faisant à l’époque partie de la Syrie) où il reste 7 ans. Il séjourne un moment à Rome puis part en Grèce (Achaïe et Corinthe). Il se rend à Jérusalem entre 48/50 pour un concile et se fixe définitivement à Rome sous le règne de Néron où désormais tout un chacun l’appelle Pierre. Suite à l’incendie de Rome, Néron accuse les chrétiens d’en être les auteurs. Lorsque ceux-ci sont arrêtés, ils sont conduits dans l’enceinte du Circus Vaticanus (cirque construit par l’empereur Caligula sur la colline Vaticane) où le peuple vient assister à leur martyre. Pierre meurt dans ce cirque, crucifié la tête en bas en 64 ou 65. Il est enterré sur la colline Vaticane et il est considéré comme le fondateur de l’église de Rome et le 1er pape.

Au 4ème siècle, l’empereur Constantin, converti au catholicisme, fait détruire le cirque pour y édifier la 1ère Basilique en l’honneur de saint Pierre.

La tombe de saint Pierre, découverte dans la nécropole du Vatican, fait encore actuellement l’objet de controverses entre historiens et archéologues qui ne sont pas tous d’accord pour authentifier cette sépulture comme ayant été celle de l’apôtre Pierre.

Le baiser des deux frères est interprété comme symbole de l’unité entre les églises d’Orient et d’Occident.

On possède un témoignage unique sur la personnalité de saint Pierre, et en particulier sur ses faiblesses, car saint Marc était son secrétaire, et c’est sous sa dictée qu’a été rédigé l’Evangile de Marc, dont on lit tous les ans le récit, bouleversant, de la Passion lors de la messe des Rameaux.

On fête saint Pierre avec saint Paul ensemble en tant que fondateurs indissociables de l’Eglise, le 29 juin. Saint Pierre est le patron de l’église de Genainville. On fête saint André le 30 novembre.

Christine Johan



[1] : Tout cela est raconté en détail dans les 4 Evangiles.. L’épisode le plus populaire est celui de la lâcheté de Simon-Pierre dont Jésus avait annoncé : « avant que le coq n’ait chanté (deux fois, tu m’auras renié trois fois». C’est, dit-on, sous la dictée de saint Pierre qu’a été rédigé l’Evangile de Marc, dont on lit tous les ans le récit, bouleversant, de la Passion, lors de la messe des Rameaux (chapitres 14 et 15).

 

Saint SATURNIN D’ABITÈNE

 

Sous le règne de Dioclétien, les chrétiens de Tunisie sont pourchassés, leurs livres liturgiques brûlés. Un édit de l’an 303 leur interdit « sous peine de mort » de posséder les Ecritures, de créer des lieux de culte et de se réunir le dimanche, dont l’appellation « Jour du seigneur » est une injure envers l’empereur. Les églises suspendent alors les assemblées des fidèles de crainte qu’ils soient persécutés.

Néanmoins, dans la ville d’Abitène portant de nos jours le nom de Chaoud, une communauté se reforme autour d’un prêtre prénommé Saturnin. Le dimanche 11 février 304, ses 49 membres (31 hommes & 18 femmes) sont arrêtés dans la maison de l’un d’entre eux - Octave Félix -  alors qu’ils célèbrent le mystère de l’Eucharistie. Sur le forum, où ils sont amenés, les Saintes Ecritures livrées par l’évèque Fundanus sont jetées dans un bûcher, quand soudain une terrible averse d’eau et de grêle éteint le feu.

Conduits ensuite sous haute garde, les pieds enchaînés, en direction de Carthage pour comparaître devant le proconsul Caius Annius Anulinus, ils chantent avec une foi décuplée des psaumes tout au long du parcours, persuadés que Dieu s’est manifesté au forum et qu’il est à leurs côtés.

Le 12 février, ils sont interrogés les uns après les autres par Anulinus. Les deux premiers, Dative et Thélique, confirment être chrétiens et participer aux réunions pour célébrer l’Eucharistie. Pour les obliger à abjurer et aussi faire peur aux autres membres, ils sont soumis aux tortures de l’écartèlement sur un chevalet et à la lacération de leurs chairs par des griffes de fer. C’est sous la torture que Thélique révèle le nom du prêtre de la communauté, à savoir Saturnin, qui après avoir été torturé est jeté en prison. Puis vient le tour d’Eméritus auquel Anulinus demande : « Pourquoi transgressez-vous l’ordre de l’empereur ? ». Emeritus répond : « Sine dominico non possumus » ; ce qui signifie, sans la cérémonie du dimanche on ne peut pas vivre.

Les membres de la communauté ayant survécu aux tortures, sont abandonnés en prison où ils meurent de faim, de soif, de froid ou de l’infection de leurs plaies.

En mai 2005, Benoit XVI a rendu officiellement hommage aux 49 martyrs d’Abitène.

Les martyrs d’Abitène sont fêtés le 12 février, l’église de Buhy est consacrée à saint Saturnin.

 

                                                                                   Christine Johan

Pèlerinages du Vexin

Deux pèlerinages attirent depuis plus de mille ans les fidèles chez nous :

- celui de saint Clair (mort en martyr en 884 à St-Clair-sur-Epte), a lieu à St-Clair-sur-Epte le 16 juillet. Comme d’habitude, la messe aura lieu à l’église de St-Clair à 20h, et on portera les reliques de saint clair et de saint Cyrin en une procession aux flambeaux ; les pèlerins de St-Clair d’Hérouville nous rejoignent tous les ans, avec leurs propres reliques ; on marchera jusqu’à la fontaine, sur le « Pré du Paradis », où un grand bûcher est mis à feu, tous les ans.

- celui de saint Romain (né à Wy-dit-Joli-Village, mort à Rouen en 635), à l’automne ; cette année il aura lieu le dimanche 8 octobre, et il est organisé par le Doyenné ; la messe à Avernes et à Cléry à 11h sera suivie d’un repas partagé, puis d’une marche jusqu’à Wy ; pour notre secteur paroissial, la marche partira de Cléry : on se retrouvera à l’église de Wy à 15h, puis la petite statue en bois de Romain sera portée en procession jusqu’à la source qui porte son nom, où elle sera immergée par trois fois.

Voici les joyeuses prières que l’on chante chaque année pour Clair et pour  Romain :

Saint Clair, saint Clair, martyr admirable, Saint Clair, saint Clair, sois-nous secourable.

Rassemblons-nous, peuple fidèle, Célébrons notre saint patron, que nos cœurs en ce jour le prennent pour modèle, qu'ils chantent ses bienfaits, exaltent son saint nom.

Qu’entend-on par pèlerinage ? L’Eglise en donne une définition très élastique : « démarche personnelle ou collective que font les fidèles vers un lieu saint pour des motivations religieuses et dans un esprit de foi. »

Toutes les religions révèrent des saints en des lieux bien particuliers, à date régulière. Cela répond au besoin universel d’ancrage dans le temps et dans l’espace, et d’identification à des personnalités exceptionnelles qui restent nos voisins. On venait autrefois depuis Paris et Rouen pour honorer nos saints locaux.

De nos jours, la mobilisation est modeste, et c’est sur un court trajet que les fidèles marchent en chantant, de l’église à la source réputée miraculeuse, pour nos deux villages en question. Tous les saints révérés auprès d’une source sont réputés guérir les maladies des yeux, ce qui est chargé de sens spirituel. Comme son nom l’indique, saint Clair (tout comme sainte Claire d’ailleurs) nous aide à y voir plus clair, en nous-mêmes, comme en matière de mystères divins.

La laïcisation de notre société n’a pas fait disparaître l’esprit de pèlerinage de notre quotidien. On le retrouve à l’œuvre dans l’engouement pour les excursions et randonnées : comme nos aïeux, nous continuons à éprouver le besoin de sortir de chez nous, de braver la météo, les embouteillages et d’autres contraintes, pour aller « quelque part », pour s’émerveiller, et pour obéir à certains commandements intérieurs non formulés. Joindre une prière silencieuse à ces déplacements rituels, choisir un sanctuaire réputé comme but de promenade, c’est déjà accomplir pleinement un pèlerinage, même s’il est inavoué. Il est naturel que les prières soient des rogations, des demandes ; quand on supplie, on est dans une attitude d’humilité qui requiert la discrétion. La gratitude est l’autre grande motivation des pèlerinages: on accomplit une promesse, on vient remercier, parce qu’on sait qu’une de nos prières a été exaucée, que cela soit visible ou non.

Autrefois Notre-Dame de Grâce, à Vétheuil attirait aussi les pèlerins, en particulier au 15 août. C’est une église exceptionnellement belle et riche. On peut continuer à venir s’agenouiller dans l’allée centrale, sur la plaque de cuivre où les mères invoquent la sainte Vierge pour leurs enfants malades, mort-nés ou morts en bas âge.

       M. P.

 

 

Saints méconnus du Vexin, fêtés en été

Saint Samson, fêté le 28 juillet, patron de l’église de la Roche-Guyon, et l’un des 7 saints fondateurs de Bretagne

 

Il nait dans un pays celtique, probablement au Pays de Galles, à la fin du 5ème siècle. Ses parents - Amon et Ana - ayant attendu très longtemps cet enfant, décident de le vouer à Dieu et l’envoient au monastère de Leaniltut où il se consacre à la prière et aux études (écritures saintes, philosophie, grammaire, rhétorique, géométrie, sciences des nombres…).

Ordonné prêtre, il convertit ses parents à la vie monastique et accède à la tête du monastère d’Ynys Byr (aujourd’hui abbaye de Caldey).

Après un séjour en Irlande, il émigre vers les Cornouailles où il est consacré évêque et où ensuite il s’isole à Golant et s’installe dans une caverne.

Puis il franchit La Manche - avec ses parents - pour évangéliser l’Armorique. Il s’établit à Plougasnou (actuellement en Ille-et-Vilaine). Reconnu comme le protecteur des faibles et apprécié tant du clergé, que des nobles et du peuple, il bénéficie de dons de terres sur lesquelles il fait bâtir un réseau monastique. C’est autour du 1er monastère fondé sur un terrain cédé par Privatus, que se crée la ville de Dol ; ville dont il est évêque de 557 (selon la légende, il aurait été consacré par le roi Childebert 1er) jusqu’à sa mort aux alentours de 565.

Enterré dans le monastère de Dol (actuellement Abbaye de Dol), sa dépouille y demeure jusqu’en 966, date à laquelle elle est transférée à Paris (en raison d’une invasion des Danois) et déposée - sous la protection d’Hugues Capet - à l’église St-Barthélémy.

Il avait guéri une lépreuse et une démente, il ne buvait pas d’alcool, ce qui était rare à l’époque même pour les moines, et la légende dit qu’un moine de son entourage trouva la mort en trébuchant sur le rebord d’un puits, ce qui le renforça dans son abstinence.

Canonisé pour sa vie exemplaire d’évangélisateur, sa piété, son rôle de défenseur et protecteur des pauvre, et aussi pour avoir délivré une femme possédée du démon, son culte s’est largement répandu hors de la Bretagne et s’est diffusé en Angleterre, à Jersey, à Guernesey et en Normandie.

Il n’est pas surprenant que le patron de l’église de La Roche-Guyon soit saint Samson, car La Roche-Guyon a fait longtemps partie du Duché de Normandie, lui-même rattaché à l’Angleterre. Lorsque les Français reprirent La Roche, en 1420, il est probable que ses reliques étaient déjà sur les lieux, alors que l’église était en construction.

Christine Johan

 

 

                                                                                                                                             

Aventureland attend les Vexinois

Le Parc Aventureland a été conçu et créé en 2000 par Jean-Pierre Henry. Il couvre 17 ha, et reçoit jusqu’à 2000 visiteurs par jour. C’est le quatrième parc  en importance, de la région parisienne, et le seul à proposer ses activités 100% nature. Curieusement, les gens viennent des confins de l’Ile-de-France, mais moins des communes proches. Le manque de bus y est sûrement pour quelque chose. Pourtant, c’est le moins cher, on peut y pique-niquer, et l’excellent accueil, avec une bonne organisation pour éviter les files d’attente, est à souligner. Nous avons posé quelques questions à Jean-Pierre Henry, le directeur :

- Qu’est-ce qui vous a motivé pour cette création originale ?

- C’est la beauté du site, la richesse naturelle du Vexin, si divers, entre l’Epte et la Seine. Moi je viens de la Seine et Marne, j’avais créé un club de parapente à Fontainebleau, et voilà que les chasseurs m’ont chassé, si l’on peut dire, mon activité les gênait, et le maire m’a demandé de partir. C’est par hasard que j’ai découvert ce site merveilleux, en m’installant d’abord à St-Clair-sur-Epte, où j’ai créé une autre école de parapente. Et ici, maintenant, on chasse le Pokémon en toute liberté.

« 350 m de glisse dans les airs » dit votre dépliant, « slalommez entre les arbres ». Vous êtes les spécialistes de l’accrobranche, ce n’est pas dangereux ?

Nous sommes des pionniers, et avec un autre parc dans les Vosges, nous offrons des tyroliennes à virages, qui offrent des sensations spéciales, on s’assied sur des sellettes de parapente. C’est un Français installé en Australie qui a inventé cela. Nous fournissons l’équipement de sécurité et l’encadrement, bien sûr.

Quels projets de développement pour les prochaines années ?

Pour le moment, Aventureland emploie 36 salariés, et ça tourne très bien. Nous voudrions créer des jeux d’eau, et proposer  des hébergements insolites, dans des cabanes, des huttes africaines, dans les arbres… la région manque gravement de structures pour l’hébergement collectif. Mais j’ai horreur du gigantisme commercial. Le parc de Gisors est complémentaire du nôtre, il attire plus les petits, et nous les ados.

Essayez-vous d’avoir une action sociale, d’attirer particulièrement certains groupes ?

Nous travaillons beaucoup avec le Secours Populaire, et nous recevons des cars entiers de Scouts, de jeunes de centres de loisirs confessionnels, juifs, musulmans. Nous sommes l’aspirine de la région parisienne, pour beaucoup d’ados qui viennent du béton, des cités, qui ne respirent jamais au milieu des grands arbres. Il faudrait développer les transports collectifs le dimanche, pour que les ados puissent venir sans leurs parents, entre eux, ils en ont besoin !

Vous avez créé un espace paysager, le parcours dans la verdure est plein de surprises…

Oui, c’est un site inscrit au Patrimoine du Vexin, mais c’était tout plat, et nous avons voulu ces collines et ces vallons. Il n’y a aucun recours aux énergies fossiles, nous voulons être respectueux de la nature, aussi écologiques que possible. Et nous avons des réserves d’espace dans les bois.

Un message pour les lecteurs de L’Echo des Vallées, le bulletin paroissial du secteur de Magny Ouest ?

Je suis un parigot de la Porte d’Orléans. C’est un curé, le père Ivan Delanoé,  qui m’a appris à faire de la moto. Il était prêtre ouvrier, et emmenait les gosses faire de l’escalade à Fontainebleau. Je n’ai que des bons souvenirs de ces sorties avec le centre de loisirs paroissial. Il est temps que les gens de la région viennent plus régulièrement. On dit que les Parisiens ne montent jamais à la Tour Eiffel, les 70 000 Vexinois ont leurs gratte-ciels naturels chez nous, nous les attendons d’avril à la Toussaint !

 

                                                                                                                                                    MP

Le tourisme religieux dans notre secteur paroissial

La demande spirituelle est toujours très forte, chez les gens qui viennent dans une région donnée pour s’émerveiller, même si cette quête, qui relève du pèlerinage, n’est pas toujours formulée. De fait,  depuis le Moyen-Age et jusqu’à aujourd’hui, les pèlerins venus du Nord de l’Europe continuent à s’arrêter à  Magny ou à Vétheuil, dans leur trajet jusqu’à Saint-Jacques-de-Compostelle. Et le presbytère de Magny se charge de leur donner l’hospitalité pour la nuit.

Le pèlerinage à saint Romain, à Wy-dit-Joli-village en septembre, comme celui de Saint-Clair-sur-Epte le 16 juillet, voient venir tous les ans des gens fervents qui viennent de loin. Ce n’est pas seulement du folklore local, c’est de la tradition et c’est  vivant ! Et il faut se réjouir que la plupart des églises soient ouvertes à l’admiration de tous lors des Journées du Patrimoine, en septembre. Notre région est riche aussi en calvaires et en croix pattées, autres lieux de piété depuis la nuit des temps.

En 2016, la Communauté de communes Vexin Val de Seine a publié une superbe brochure pour inviter les touristes à découvrir 25 églises de nos villages du secteur Vexin Ouest, avec de belles photos http://www.ambleville.org/decouvrez-25-eglises-du-vexin-avec-le-guide-du-ccvvs/ .

Enfin les associations locales pour la sauvegarde des églises, dans chaque village, sont fières de faire découvrir nos trésors. Voici celles qui existent dans notre secteur, combien d’autres lieux sacrés ne méritent-ils pas aussi d’être défendus et protégés contre l’oubli ? Nos églises ne demandent qu’à revivre, stimulées par la curiosité des gens de passage…

Voici les associations existantes auxquelles s’adresser pour des visites guidées

Aincourt : 0134767101 (visites sur demande)

Magny en Vexin : 0609770833 (église ouverte tous les jours ; visites guidées le dimanche de chaque mois, de 15h à 18h, de Pâques à la Toussaint)

Vétheuil : 0134782749 (église ouverte les samedis et dimanche de 15h à 18h, de Pâques à la Toussaint)

Saint-Clair sur-Epte : 0134676528 (visites sur demande les samedis et dimanche de 15h à 18h, de Pâques à la Toussaint)

Saint-Cyr-en-Arthies : 0134781087 (visites sur demande)

 

 

Sauriez-vous retrouver nos croix « pattées » ?

Ces croix monolithes sont une particularité du Vexin, et sont taillées dans le calcaire. Très anciennes, mystérieuses, elles sont parfois cachées dans la campagne, telle la « Croix du Carnage » à Villers. Et il en reste peut-être encore à découvrir…

Allez les chercher et les photographier pour L’Echo des Vallées dans les villages suivants :

Ambleville, Arthies (remplacée par une croix pattée en bois, suite à des actes de vandalisme répétés) Chaussy, Guiry, Montreuil-sur-Epte, Omerville, Saint-Gervais, Vétheuil, Villers-en-Arthies.

Saints peu connus dans le Vexin :

 

Les jeunes générations ne connaissent souvent pas l’histoire des saints, même les plus connus. Chaque trimestre, nous rappellerons qui sont les saints fêtés dans notre secteur paroissial, en particulier les plus oubliés. L’Echo des Vallées est principalement lu par des « vieux de la vieille » qui en savent un peu plus que les autres. Nous comptons sur eux pour transmettre tout cela aux plus jeunes !

Donatien et Rogatien, v. 304, saints patrons d’Ambleville, fêtés le 24 mai

Donatien, converti à la foi chrétienne par Similien, était baptisé et Rogatien n'était que catéchumène. Arrêtés à Nantes comme chrétiens, ils furent soumis aux tortures du chevalet, passèrent leur dernière nuit à prier ensemble et eurent la tête tranchée au matin de leur vie et c'est ainsi qu'ils entrèrent dans la gloire céleste. Leur culte se répandit dans toute la vallée de la Loire, jusqu'à Orléans, quand leurs reliques furent déplacées à cause des invasions normandes. 

Saint Donatien et saint Rogatien, les « Enfants Nantais », sont les premiers témoins de l'implantation du christianisme dans l'Ouest de la France. Et, au-delà de leur martyre fondateur, ils sont remarquables par leur complémentarité : l'un était baptisé, l'autre ne l'était pas, ce qui ne les a pas empêchés tous deux d'entrer au royaume de Dieu. Pour Rogatien, note la Passion, "le sang remplaça l'eau sainte". Et cette distinction se manifeste dans une nuance de couleur dans leur vêtement : le blanc pour l'un, le rouge pour l'autre.

 

 

 

Historiquement, ils étaient frères. Donatien est habituellement présenté comme l'ainé, le premier à être converti et baptisé. Selon la légende, ils entrent dans une logique de similitude et de complémentarité qui les désigne comme des jumeaux. Ce que confirme le fait qu'ils sont célébrés le 24 mai, sous le signe des Gémeaux. La figure des jumeaux est en soi porteuse de la notion de l'échange, fondement du commerce. Et l'on comprend facilement, dans cette perspective, le sens caché des noms de Donatien et Rogatien : donare, donner et rogare, prier, demander.  Autrement dit l'offre et la demande, les deux actions complémentaires qui gèrent les échanges commerciaux. Ce n'est donc pas par hasard qu'ils sont devenus les saints patrons des mariniers et de la ville de Nantes, qui s'est toujours définie comme port de commerce.

On peut aussi raisonnablement se demander dans quelle mesure ces héros chrétiens - les premiers célébrés en ces lieux - ne s'y sont pas substitués à un ancien culte des Dioscures. Ce serait d'autant plus vraisemblable que le géographe grec Timée notait dès le IIIème siècle av. J.-C. : " Les Celtes riverains de l'Océan ont une vénération toute particulière pour les Dioscures, qui seraient arrivés par l’Océan ». Une Passion des Enfants Nantais a été composée au Vème siècle, un siècle après le martyre des deux saints. C'est elle qui sert de base à tous les ouvrages postérieurs.

 

Germain de Paris (496-576),  saint patron de Cléry-en-Vexin, fêté le 28 mai

Germain voit le jour près d'Autun. On raconte que sa mère ne le désirait pas et voulut se faire avorter. Elle n'y parvint pas et l'enfant vécut. Après des études à Avallon, il est, durant quinze ans, moine dans une petite communauté locale. C'est là que l'évêque d'Autun, Agrippin, vient le chercher pour en faire un prêtre. On le voit un temps abbé de Saint-Symphorien d'Autun, mais les moines ne sont pas enchantés de cet abbé qui donne leur pain aux pauvres. Le roi de Paris, Childebert, fils de Clovis et de sainte Clotilde, le découvre et se prend d'amitié pour lui. Voilà saint Germain évêque de Paris. Il s'y illustre par une série de guérisons miraculeuses ou non, par la libération systématique des prisonniers et des esclaves. Il fonde aussi l'abbaye de Sainte-Croix-Saint-Vincent qui deviendra Saint-Germain des Prés. C’est lui qui développa le culte à saint Marcel, son prédécesseur. Et son action en faveur des Parisiens ne s'arrêta pas avec sa mort. Il est le saint patron du Groupement de soutien de base de défense Île-de-France - Saint-Germain-en-Laye (GSBdD IdF SGM).

 Gervais et Protais, (57) saints patrons de St-Gervais, fêtés le 19 juin

 

C’est saint Ambroise, évêque de Milan, qui les retrouva, en 386, enterrés côte à côte, à la suite d’un songe, et leurs corps étaient intacts, alors qu’ils avaient vécu 300 ans plus tôt. De leur vivant et après leur mort, les miracles se multiplièrent autour d’eux, en particulier autour du motif du regard miraculeusement retrouvé par certains, grâce à leur intervention. La Légende dorée de Jacques de Voragine (rédigée vers 1260) ajoute qu’un manuscrit trouvé à cet endroit racontait leur vie.  C’étaient des jumeaux, nés à Embrun, et ils furent victimes de la fureur de l’empereur Néron. Persécutés parce qu’ils avaient tenu à protéger saint Nazaire, ils furent conduits à Milan, où le général Astase voulut les faire abjurer leur foi chrétienne. Gervais fut fouetté à mort, Protais décapité. Ce sont les saints patrons de la ville de Milan. Saint Ambroise ajoutait"Ils sont d'une taille prodigieuse, tels qu'on l'était dans les temps anciens ».

 


Saint Victrice, évêque de Rouen, reçut des reliques des deux saints à Vienne vers 393, et répandit leur souvenir. Leur culte fit un bond en Gaule où un grand nombre d'églises leur furent consacrées. Les villages portant le nom de Saint Gervais ont donc eu probablement très tôt une église. La cathédrale de Breisach am Rhein, où saint Ambroise avait apporté les reliques, conserve leur souvenir, dans des œuvres d’art somptueuses, la cathédrale de Milan en conserve aussi. Gisors, Soissons, Bessancourt, et Paris ont des églises Saint-Gervais-et-saint-Protais. Le nom de Gervais pourrait signifier « vase sacré », celui de Protais « le premier ».

Notre-Dame de Fatima a cent ans

(in L'Echo des Vallées n° 116, janvier-mars 2017)

A l’occasion du centenaire des apparitions de Notre-Dame à Fatima, petite ville du Portugal, nous avons demandé à des personnes de différentes origines de nous dire ce que cela signifie pour elles :

 

Joaquim : « Moi je suis d’un village à 20 km de Fatima. Depuis mon enfance, j’y vais au moins une fois par an, si possible. Autrefois, les gens venaient de partout et restaient dehors, l’église était trop petite. Maintenant il y a une basilique énorme, qui fait bien 100m en long et en large. Notre-Dame de Fatima, tous les Portugais l’adorent, pour nous elle est notre mère. Nous avons dit le Rosaire, en octobre, avec elle, à Magny, en portugais. Au Val Fourré, tous les dimanches, la messe est dite en portugais autour d’elle. C’est grâce à elle que le Portugal ne s’est pas déchristianisé comme les autres pays d’Europe. »

Manoel : « Il vient des cars de tous les pays, à Fatima. J’ai appelé ma fille Fatima, on dirait un nom arabe, mais c’est le nom du village, tout simplement, qui avait connu au VIII° siècle une vague d’immigration d’Afrique du Nord. Ce n'est pas un hasard si la Vierge a choisi d'apparaître en ce village portugais qui porte un nom arabe, « Fatima », cela veut dire "la servante" ; Notre-Dame, qui est apparu plusieurs fois à trois petits paysans illettrés, nous fait revenir à la vertu de soumission à Dieu, de confiance en la sainte Vierge. »

 

Concha : « Moi je suis d’Estrémadure, en Espagne, à la frontière du Portugal. Chez nous, les filles s’appellent presque toujours Marie quelque-chose. Moi, mon prénom c’est « Concepción », en souvenir de l’Immaculée conception de Marie. Bien sûr que je suis déjà allée à Fatima. Sa statue est d’une telle pureté, elle me purifie, j’en ai toujours une image avec moi, dans mon sac à main, dans ma chambre.

 

Imran: « Quand nous rentrons du Maroc au retour des vacances, ça nous arrive de passer par Fatima. Ça fait un détour, bien sûr, mais tous les musulmans aiment le pèlerinage de Fatima, comme celui du tombeau de la Vierge, à Ephèse en Turquie, et celui de Rocamadour, où il y a la Vierge Noire. La mère de Jésus est quelqu’un qui réconcilie les peuples, et c’est très important. Les femmes se sentent soutenues par elle, et nous les hommes nous savons tout ce que nous devons à la ‘mère de Dieu’, comme vous dites. En arabe, Rahim « les entrailles », donne Rahîm (attribut de Dieu) et aussi  Rahma, la Miséricorde, la tendresse maternelle.

 

Renaud: Les apparitions, ça fait ricaner certains, ça fait ringard, d’y croire. Mais on ne peut pas nier leurs effets extraordinaires : elles font bouger les lignes, entre le peuple et le clergé. La sainte Vierge apparaît toujours à des enfants, ou à des personnes très modestes, souvent illettrées. Une fois qu’une apparition se produit dans une région donnée, ce sont les plus humbles et les plus meurtris qui accourent sans honte pour supplier la divinité miraculeuse d'alléger leurs souffrances. Les rassemblements spontanés et massifs, ça oblige les autorités religieuses à écouter le peuple.  Et par ricochet, le pouvoir politique aussi est obligé de tenir compte des « invisibles ». Les apparitions de la sainte Vierge comportent toujours un message adapté aux problèmes contemporains, et elles vont donc redonner de la combativité à chacun pour résister aux vents mauvais.

 

Sonia : En Russie, tout le monde connaît la Vierge de Fatima, bien sûr ! Rendez-vous compte, en 1917, en pleine révolution russe, alors que toute l’Europe  croyait que le monde entier allait devenir communiste et athée, elle est apparue pour dire : il faut rechristianiser la Russie. Cent ans plus tard, on peut dire qu’elle a réussi, chez moi les églises sont pleines, et notre président va à la messe avec le peuple, comme les communistes, d’ailleurs. En plus, le pape François veut faire l’unité entre les catholiques et les orthodoxes, après une rupture de plus de mille ans ! Oui, Notre-Dame de Fatima est la seule qui pouvait faire autant de miracles.

 

Joseph : la sainte Vierge est aussi apparue en 2011 à Yopugan, en Côte d’ivoire. Et ce n’est pas fini ! Elle est toujours là où un peuple souffre de terribles blessures de l’histoire. Nous les Africains nous n’oublions jamais qu’elle est notre maman à tous. Elle a dit une fois : "Dieu m'envoie sur la terre pour vous sauver tous, parce que le monde est en péril. » Elle nous sauve tous les jours, chacun de nous, de terribles dangers personnels. Et Notre-Dame de Fatima, comme notre Dame de Lourdes, appartient à tout le monde, pas seulement aux Portugais ou aux Français !

 

Joaquim : Dites aussi ceci, s’il vous plaît : ma fille était atteinte d’un cancer très avancé, et nous avons prié, prié et prié. Ma fille est guérie. Je rends grâce tous les jours de ma vie à Notre-Dame de Fatima, et je lui rendrai grâce toute ma vie.

 

                                                                                         M.P.

Familles en deuil, qui accompagne qui ? (L'Echo des Vallées, n° 115, octobre-décembre 2016)

 

Quand les familles demandent une cérémonie religieuse pour les obsèques d’un de leurs proches, six bénévoles sont disponibles, pour couvrir les demandes du Secteur paroissial de Magny-en-Vexin, outre les trois prêtres du secteur. La mort fait peur, et on nous demande souvent pourquoi nous avons choisi d’aller à la rencontre des familles dans ces circonstances si particulières. Voici nos réponses.

Parfois, on est très remonté contre Dieu, contre la médecine, ou contre l’Eglise. Même  s’ils ne sont pas en colère, la plupart des gens que nous rencontrons se souviennent de Dieu comme de leur première chemise, nous savons bien que leur vérité intime est chassée loin de leur train-train quotidien, qu’ils sont happés, broyés, dans la frénésie de leurs soucis. Certains ne savent même pas le Notre-Père, ou s’aperçoivent à ce moment qu’ils l’ont oublié. Et brusquement, on dirait que leur défunt les réveille.

Un proche qui disparaît, ça change tout, ça déstabilise en profondeur. De fait, 70% des Français demandent une cérémonie religieuse, à l’église,  au funérarium, au crématorium ou au cimetière. « On ne va quand même pas le laisser crever comme un chien », disent-ils en venant frapper à la porte du presbytère, et il s’agit d’abord de respecter la volonté du défunt, dans une démarche sobre de réparation due. Et c’est l’occasion de revenir à l’essentiel.  Pour nous aussi, les accompagnants, les obsèques sont une occasion de reprendre pied dans ce qui compte vraiment.

En s'adressant à l'Eglise, les familles reconnaissent en l'homme quelque chose de plus grand que l'homme, un appel de Dieu, une raison de vivre et de mourir. Et c’est le défunt qui mystérieusement, crée autour de lui une communauté, autre chose que sa famille d’origine, un groupe hétéroclite de gens qui se retrouvent sur un même lieu voué au sacré.

Les proches que nous rencontrons sont blessés, nous désirons les réconforter, sympathiser, les aimer. Leur détresse, nous la partageons de tout notre cœur, nous sommes tentés de dire comme eux quand ils déposent devant nous leur fardeau de souffrance : « c’est pas juste ». Nous essayons de leur apporter la paix, en nous plaçant avec eux dans l’aboutissement de la vie, à la fois si normal et si difficile à affronter.

Ce pauvre mort qui s’impose là, avec son exigence de vérité, nous lui rendons hommage en tant qu’être humain et en tant qu’enfant de Dieu, qui a cherché à créer de la vie et de l’amour autour de lui. Ce défunt nous rappelle que sans notre père et notre mère, nous ne serions pas là. Et si c’est un enfant qui meurt, nous entendons le Bon Dieu dire tout doucement à ses parents : c’est lui qui a fait de vous des parents, cet enfant a fait quelque chose de très important, même si son passage sur terre a été très bref.  Et derrière le rideau des larmes, car toute aube est navrante, on aperçoit l’espérance qui clignote, qui revient de loin, qui revient.

Nous remercions l’Eglise de nous intégrer à la liturgie, et nous remercions les familles parce qu’elles nous aident, avec le torrent de leurs émotions, à remplir notre mission sur terre : devenir, quelque part, à la fois prêtres, prophètes et rois, comme dit l’Evangile. Oui, nous accomplissons une fonction qui nous dépasse : confier le défunt à Dieu, partager cette personne. On nous remercie,  et nous ressentons là toute la sincérité du monde.

Comme nos prêtres, nous tenons à être là, même quand il n’y a pas de famille pour pleurer. Pas question de faire les choses à la va-vite. Au crématorium, le besoin de compassion, de tendresse, est encore plus fort, pour toutes les parties en présence ; pour les employés des Pompes funèbres non plus, il n’est pas question de laisser partir un inconnu tout seul, sans cérémonie, négligemment. Bien des gens sont intimidés par les prêtres, nous leur donnons l’occasion d’une relation plus simple, plus intime. C’est souvent le deuil d’un de nos proches qui nous a motivées pour entrer dans l’équipe, parce que, dans un retour sur nous-mêmes, nous crions en silence, comme François Villon [1]: « Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre ».

Nous voulons témoigner de notre foi, et aider les proches à retrouver dans leurs souvenirs la trace des moments de foi de leur défunt, ce qui va désormais les aider eux aussi à affronter l’avenir. Il y a des histoires de famille qui sont des plaies ouvertes, nous ne sommes pas là pour juger. Nous sentons Dieu se pencher sur chacun, redonner confiance : ils découvrent, sans le dire, que le pardon est là, tout près, à leur portée. C’est ça, la résurrection, pour chacun, sans attendre le  Jugement dernier : c’est redécouvrir que l’Eglise nous accueille, nous prend comme nous sommes.

Voici la prière que nous adressons à Dieu avant de rencontrer la famille d’un défunt :

« Seigneur, nous te confions cette famille qui vient de perdre un être cher. Donne-nous l’esprit de compassion. Que ton esprit d’amour habite notre pauvreté, pour que ta présence soit offerte à ces personnes. Donne-nous la grâce d’écouter avec respect et silence, et d’accepter de ne pas avoir de réponse. Inspire nos paroles afin que nous sachions témoigner de notre foi en la résurrection du Christ. Que ton esprit soit à l’œuvre dans cette rencontre, dans le secret de nos cœurs. »

Les besoins du secteur paroissial sont loin d’être couverts, tout homme ou femme de bonne volonté peut se joindre à notre équipe.

 

M.P.

[1] François Villon (1431-1463 ?) était poète et pendard ; il avait tué un prêtre, fut banni, puis condamné à la pendaison après une autre embrouille. On ignore les circonstances de sa mort. Sa « Ballade des pendus » reste un des textes les plus extraordinaires de la poésie française.

Les miracles de saint Clair II (L'Echo des Vallées, n° 115, octobre-décembre 2016)

 

Autrefois, la logique poétique du réalisme magique était  mise en œuvre par tout le monde, le rationalisme n’y faisait pas barrage. Nul besoin de donner foi à la légende sur le plan des lois de la physiologie pour retrouver son véritable sens. En fait, la tête mutilée de saint Clair est une image qui fait, plus que le portrait d’un lointain aïeul tutélaire, notre portrait à nous, nous qui nous succédons, de siècle en siècle, avec des constantes dans le malheur : car une tête tranchée, à n’importe quelle époque, c'est une image de souffrance déplorable. 

Par ailleurs, avant le XII° siècle, les femmes et le féminisme allaient avoir une grande emprise sur la société. C’était l’homme qui apportait le douaire (l’usufruit de ses biens) à la femme qu’il voulait épouser, et non pas, comme plus tard, la famille de la femme qui offrait une dot pour lui trouver un mari. Il y avait des femmes patrons de châteaux forts, des femmes écrivains, philosophes, qui se faisaient respecter. Mais les hommes voyaient souvent en elles surtout de dangereux agents du démon, des  « catins » qui les entraînaient à négliger leurs devoirs, des sorcières qui voulaient les entraîner au fond des eaux troubles. C’est probablement le contexte qui horrifiait le jeune Clair en Angleterre, lorsqu’il était déjà réputé admirable et qu’il voulait échapper au harcèlement d’une dame. Les hommes conservateurs voyaient dans la liberté de mœurs des femmes autant de signes de désordre et de décadence de la société. A chaque époque, on voit mieux la paille dans l’œil de la voisine que la poutre dans le sien ! Il y avait certainement un relâchement des moeurs inquiétant chez les hommes comme chez les femmes. La devise de saint Clair confirme bien que c’est une réforme morale qu’il a incarnée et implantée dans toute la Normandie et le Vexin : « S’abstenir et souffrir, le plus court chemin pour parvenir au  Ciel ». Et cela signifiait défendre un idéal de vie qui était aux antipodes aussi de l’idéologie virile guerrière des Anglais, des Normands, et des Vexinois : « la mort, il ne faut ni la craindre, ni la désirer », ajoutait-il.

Enfin les angoissés comme saint Clair pressentaient probablement la Guerre de Cent Ans qui allait épuiser tant les Français que les Anglais, car Anglais et Français n’en finissaient pas de trancher leurs différends ; la frontière que constitue l’Epte était marécageuse, indécise, et fut longtemps sanglante comme une plaie qui ne se refermait pas. Rollon le Normand géant avait eu beau signer avec Charles le Simple le traité de Saint-Clair-sur-Epte en 911, et s’engager à protéger l’Ile de France des incursions anglaises, le célèbre coup de genou malencontreux qui renversa le roi promettait encore des siècles d’irritations et de vexations réciproques. Saint Clair avait été martyrisé en 884, juste avant l’incendie de la ville par les Normands. Il avait séjourné en plusieurs points de la Normandie, et avait fait l’admiration générale par sa piété. Sa mise à mort sur ordre d’une dame dépitée déclencha l'indignation populaire. C'était un acte de barbarie dans un un drame récurrent, celui de la rivalité entre l’empire des mers et celui de l’Europe continentale, superposé au débat de société.

 

Prier saint Clair, c’est ressentir que nous sommes comme  ses représentations, des personnages schizophrènes, scindés, amputés, en imminent danger de mort. Prier saint Clair, c’est déjà retrouver la force de ramasser notre pensée arrachée, la prendre en main, lui faire regarder, les yeux grands ouverts, notre destinée. Mais prier saint Clair, ce n’est pas seulement se reprendre, comme on dit. C’est aussi se déclarer en marche pour servir ce qui nous dépasse, ce qui est devant nous et que tout le monde ne voit pas. Prier saint Clair, c’est l’attitude qui change tout, l’humilité : lui faire confiance pour nous rendre la clairvoyance perdue, offrir à Dieu nos égarements et nos angoisses, pour qu’il en fasse la matière de notre courage et de notre fécondité spirituelle.

Les mémorialistes de saint Clair

On peut en dire bien plus, sur la dévotion à saint Clair, parce qu’elle est attestée dans toute la Normandie depuis Cherbourg, et jusqu’à Paris, où il en reste trace à Saint Nicolas du Chardonnet, avec une relique, comme dans la chapelle de l’abbaye bénédictine de Saint-Victor, aujourd’hui rasée, et à Saint-Germain-des-Prés.

A deux reprises les gens de Saint-Clair-sur-Epte se sont battus pour garder chez eux les reliques de leur saint : contre les calvinistes du Buhy, le bourg voisin, qui voulaient les profaner, en 1586; et contre les Parisiens, qui voulaient en prendre de force, parce que le culte des reliques rapportait gros à chaque localité qui en avait, en 1630. Mais les reliques sont encore de nos jours objet de convoitise : la châsse a été fracturée, il y a une dizaine d’années, et un os dérobé…

En 1911, des délégations normandes, danoises, norvégiennes et suédoises sont venues pour les célébrations du millénaire, puis le nouveau Vitrail du Souvenir fut installé dans l’église. En 2011, le 19 juin, de nombreuses troupes de reconstitution viking et carolingiennes s’étaient donné rendez-vous pour faire revivre ce moment d’histoire qui a vu naître la Normandie continentale avec sa spécificité. Une partie des figurants a d’abord remonté la Seine pendant plusieurs jours jusqu’à La-Roche- Guyon à bord de quatre navires viking. De là, ils ont effectué une marche de plus de 20 km les amenant à Saint-Clair-sur-Epte, et un dernier effort leur a permis de traverser l’Epte à gué.

 

 

Ce sont les curés successifs de Saint-Clair-sur-Epte qui ont transmis l’histoire du bourg, de son église, de ses saints et de ses cultes : l’abbé Joseph Lautram, avec sa brochure de 1956, reprenait le rapport du chanoine Legros, de 1883, et les observations de l’archéologue d’Arthies Léon Plancouard ; M. Colleville, qui avait repris la Vie de saint Clair par Robert Deniau, curé de Gisors en 1683, a collecté en 1959 tout cela. Autre étape importante, l’instituteur M. Emery, comme ses pairs dans la France entière, rédigea un rapport sur son village, à la demande de son inspecteur, en 1899 : il y détaille avec tendresse chaque étape d’un pèlerinage qui attira jusqu’à 3000 personnes, de toute la Normandie que saint Clair avait traversée, répandant la paix de l’âme. Et M. Destouches, archéologue disparu en 1936, le grand- père du maire de Saint Clairdu même nom (élu puis rééelu de 1978 à 2003), avait repris les recherches.

C’est la dévotion de millions de personnes, au fil des siècles, que nous transmettons ici, comme une torche éternelle. La cérémonie du feu remonte certainement à la préhistoire et c’est un peu ce même feu, si bien compris et ranimé par saint Clair, qui parle en nous quand nous évoquons un souvenir exaltant de profonde charité en chantant par exemple avec Georges Brassens « et dans mon âme il brûle encore, à la manière d'un feu de joie… »  M. P.

Les miracles de saint Clair (L'Echo des Vallées, n° 114, juillet-septembre 2016)

 

Le culte de saint Clair

Il peut sembler étrange de prier saint Clair, cet ermite qui fuyait une dame d’Angleterre, en venant en Normandie, et fut décapité à Saint-Clair-sur-Epte, sur ordre d’une autre dame qui en voulait aussi à sa vertu. « C’était le 4 novembre 884. Clair était âgé de trente-neuf ans. Alors, d’après la légende, s’accomplit un prodige qui mit en fuite ses meurtriers : saint Clair, prenant sa tête entre ses mains alla la plonger dans l’eau de la fontaine, puis il se rendit à son oratoire. De là, il gagna l’église paroissiale et se couchant à gauche de l’autel, il marqua ainsi le lieu de sa sépulture. » Voilà ce que nous répètent tous les auteurs qui se sont intéressés à sa légende. La châsse de saint Clair, et celle de son ami et disciple saint Cyrin sont toujours dans l’église, et le crâne de saint Clair, mal fixé, bouge encore quand on l’emmène en procession, le 16 juillet.

Les Saintclairois vont à la messe, ce soir-là, prennent des torches à la sortie, passent devant leur ermitage gracieux, allument un haut bûcher dans le pré, et font un immense feu de joie, avant le feu d’artifice, et la fête foraine. Si la couronne qui est tout en haut s’enflamme, c’est de bon augure : car elle représente le couronnement de saint Clair au Paradis, enflammé de charité. Et chacun se recharge en espérance. Cela dure depuis plus d’un millénaire, et le miracle principal est précisément là : que la procession se fasse toujours, en dépit de la mécréance grandissante, et malgré la date incongrue, deux jours après la fête nationale.

L’historicité de saint Clair est bien plus solide que celle d’autres martyrs. On connaît sa généalogie et ses deux parents, nobles seigneurs de Rochester. On peut suivre ses douze ans de voyages à travers toute la Normandie, mais aussi jusqu’à Paris. C’est à peine quatre ans après sa mort que ses os sont exhumés et placés dans une châsse. Et trente ans plus tard, la bourgade a bel et bien changé de nom, puisqu’en 911, elle ne s’appelle plus Petromantalum (« le carrefour des routes Pontoise-Rouen et Beauvais-Evreux », ou bien « la pierre en hauteur », selon que l’on choisisse une étymologie celte ou romaine), mais comme aujourd’hui, Saint-Clair-sur-Epte. Ce nom est célèbre depuis 911, lorsque fut signé le Traité mettant fin aux invasions normandes. Les Normands-Vikings avaient incendié la ville en 885, comme l’avaient fait les Huns vers 450.

L’histoire religieuse de Saint-Clair-sur-Epte

 

L’étymologie du nom Vexin semble résulter de la contraction-superposition de « Véliocasses », en celte, désignant les Belges et signifiant les intrus, et de Vulcanius, lieu de culte à Vulcain, centré précisément à Saint-Clair-sur-Epte. L’église dédiée à la sainte Vierge, a probablement été bâtie à l’emplacement même du temple romain à Vulcain, parce que c’est la topographie qui désigne, l’emplacement des sanctuaires, en des points exceptionnellement chargés d’énergie. Mais le site de l’ermitage, à côté de la fontaine dite miraculeuse depuis le séjour et la décapitation de saint Clair, est l’autre emplacement possible, car certainement sacré aussi depuis la nuit des temps.

En tout cas, l’église fut édifiée grâce au réemploi des pierres des monuments romains, ce qui est prouvé par deux colonnes toujours reconnaissables, à droite de l’autel. L’église originelle fut bâtie aussitôt les Huns chassés, dès la conversion de Clovis. Puis, dans les années  638, sous Dagobert Ier, la région est donnée à l’Abbaye de Saint-Denis. Le prieuré est alors fondé, et deviendra un grand centre d’activités en tout genre, tandis qu’à Montreuil-sur-Epte, tout près, l’église est bâtie sous le patronage de saint Denis. En 841, le fonctionnement du prieuré est attesté. Le pont marchand sur l’Epte fut construit au XIe siècle par les moines du Prieuré. Celui-ci fut reconstruit au XVIesiècle.

En 1793, les ossements de saint Clair furent dispersés, mais les habitants surent les retrouver et les préserver. La châsse en or et en argent, de 1411, qui était suspendue sous la voûte de l’église, avec tous les documents ecclésiastiques de 1586,  attestant l’authenticité du squelette, tout cela a disparu. L’église est devenue Temple de la raison, puis atelier de traitement du salpêtre, puis mairie. Après quoi, elle a retrouvé sa fonction sacrée. En 1883, la presque totalité du squelette de saint Clair est retrouvée, et placée dans la châsse actuelle. Les deux statues qui entourent la pierre où saint Clair fut décapitée ont été faites sur ordre du duc de Broglie, seigneur de Saint-Clair-sur-Epte, en 1720. Ceux qui voudraient se moquer du saint sont bien souvent châtiés, tel ce menuisier des environs de Magny qui perdit brusquement la vue, alors qu’il allait souiller la fontaine.

 Le mystère de saint Clair

Les historiens le savent bien : la légende semble se répandre à rebours des biographies précises, pour autant qu’on puisse les établir, et ce qui se transmet des lambeaux de souvenirs conservés par la tradition orale, c’est toujours  l’épisode le plus ahurissant, le plus impossible à ramener à des dimensions plausibles. C’est pourquoi on reconnaît saint Clair, comme saint Denis, comme saint Nicaise, saint Donatien, saint Rogatien et d’autres encore, par leurs statues" céphalophores", c'est-à-dire qui portent leur tête dans leurs mains

Saint Clair est un patron des aveugles, comme sainte Claire; on peut se demander ce qu’il voyait si clairement. En tout cas, ce que nous voyons, nous, c’est sa fête qui revient  comme un champignon qui pousse et qui repousse régulièrement, à un endroit précis, à une saison précise ; on a beau le couper, le déclarer inexplicable et aberrant, il revient, comme s’il avait quelque chose d’unique et de précis à nous dire.

Autrefois, la logique poétique était  mise en œuvre par tout le monde, le rationalisme n’y faisait pas barrage. Nul besoin de donner foi à la légende sur le plan des lois de la physiologie pour retrouver son véritable sens. En fait, la tête mutilée de saint Clair est une image qui fait, plus que le portrait d’un lointain aïeul tutélaire, notre portrait à nous, nous qui nous succédons, de siècle en siècle, avec des constantes dans le malheur : car une tête tranchée, à n’importe quelle époque, c’est une frappante image d’aliénation, d’oubli, de souffrance, de saignement déplorable.

 

Fin de la première partie

Science-fiction à Magny: l'oeuvre de Henri Allorge

(in L'Echo des Vallées n°113, avril-juin 2016)

 

Henri Allorge, né à Magny le 20 mars 1878, mort à Paris en 1938, a été un auteur de science-fiction très populaire.  C'est une anthologie de poésie catholique de 2005, Les Fleurs du Bien de Lucien Viborel, qui éclaire le mieux son parcours professionnel. Henri Allorge prépare Polytechnique, puis se lance dans des études de lettres mais rate l'agrégation. Il devient journaliste, publie dans la Revue des poètes avec ses amis, dont Achille Paysant. Il est employé au ministère de la guerre quand il fait paraître son premier recueil de poèmes en 1901. L'Essor éternel (1909) est couronné par l'Académie française. Poète reconnu, il a sa notice dans Poètes d'hier et d'aujourd'hui de Gérard Walch en 1916.

C’est aussi l’auteur d’un curieux opuscule, L'Âme géométrique (1906), préfacé par Camille Flammarion, astronome mais aussi auteur conjectural. Il y « chante la signification pittoresque et symbolique que peuvent offrir les différentes figures géométriques ». Dans cette veine, il publie en 1924 Petits poèmes électriques et scientifiques.

 

Arrêtons-nous sur son roman le plus lu, Le Grand Cataclysme, de 1927.

Comme l'indique son sous-titre, Le Grand Cataclysme prend place au centième siècle, en 9978 plus précisément. La première partie s'attache à montrer à quoi ressemble la vie dans cet avenir lointain, en précisant d'emblée que la Terre a déjà connu de terribles séismes en 8960, qui ont profondément changé la physionomie du pourtour méditerranéen : les plus grandes villes d'Europe ont été détruites et la France, par exemple, est en grande partie recouverte par l'océan. Une fois les territoires dévastés, la population s'est rassemblée dans une poignée de mégapoles à travers le monde, dont deux en Afrique du Nord : Kentropol, centre de la recherche scientifique, et l'industrieuse Hérakloupol. L'électricité règle tous les aspects de la vie quotidienne. Les gens usent de "bibliophones" et communiquent au moyen du "téléphote", sorte de téléphone à écran holographique. On ne se nourrit plus que d'aliments synthétiques, pâtes sous forme de cubes, liquides et même parfums. Si tout n'est pas parfait, la misère est éradiquée, et les travaux les plus lourds sont délégués à des grands singes évolués qui servent de domestiques et d'ouvriers aux humains. La science domine sur tout, et comme dans nombre d'utopies, l'organisation rationalisée de la vie passe par l'absence de sentiments. Ainsi, le mot "amour" est tombé en désuétude, et les historiens l'interprètent comme une maladie foudroyante heureusement éradiquée. Seul, le rêveur et sensible Triagul s'intéresse à ce sentiment perdu…

 

Une série de troubles atmosphériques inexpliqués se fait sentir, qui culminent alors que les amis sont en voyage d'agrément pour contempler les ruines de Paris et de Londres – ce qui nous vaut un chapitre hilarant où Spirol explique par des étymologies fantaisistes la civilisation antique et sa barbarie (la Marseillaise renvoie au dieu de la guerre, le Louvre au loup, Lyon au fauve, et bien d'autres du même genre). Il s'agit ni plus ni moins que de la disparition de l'électricité, qui fait chuter leur appareil volant, en même temps qu'elle paralyse Kentropol.

 

Non-violents et végétariens, les Kentropolitains doivent provisoirement revenir à la barbarie.

 

La suite prend un ton beaucoup plus grave que la première partie. Alors que les mégapoles votent l'union et la mise en commun de leurs moyens pour faire face au bouleversement de leur fonctionnement et assurer la survie de tous, l'arrogante Hérakloupol, qui a des visées sur un gisement de houille appartenant à Kentropol, refuse toute coopération puis déclare la guerre à sa rivale. L'idéologie qui sous-tend le bellicisme d'Hérakloupol est fondée sur une prétendue supériorité qui fait leur élection : eux seuls sont amenés à rester sur Terre et à régner, toutes les ressources doivent donc leur revenir. La guerre qu'ils mènent sera donc une guerre d'extermination en plusieurs phases : d'abord bactériologique, puis en recourant aux redoutables "miroirs obscurs" et enfin aux terrifiants "nuages violets". La description de leurs ravages est d'autant plus frappante qu'elle anticipe les effets du bombardement d'Hiroshima. La "modernité" de tous ces éléments apparaît sombrement visionnaire.

La troisième et dernière partie relate le sort des survivants, réduits à une minuscule communauté vouée au culte de la nature renaissante, avec l'espoir de voir aussi renaître l'humanité.

 

Que conclure de l’œuvre hargneuse et rigoureuse du Magnysois, comme une pluie de cailloux lancés avec force ? On  en restera provisoirement aux derniers vers de sa mélancolique complainte "Tour de Babel" :

Rien n'en reste, sinon des pierres dispersées,
Que le Temps, chaque jour, s'acharne à démolir;
Des sculptures : mes vers; un peu d'or : mes pensées.
Avec le miel empoisonné du souvenir.

 

Bibliographie: Parmi ses recueils de poèmes, L’Ame géométrique (1906), Petits Poèmes électriques et scientifiques (1924), La Splendeur douloureuse, L’Essor éternel.

Ses romans les plus populaires : Le Grand Cataclysme, 1922, réédité en 1929, Le Bagne sans sommeil, Le Moulin de Blanval, l’Homme truqué, Miriakris, amie d’enfance de Jésus (1927), en collaboration avec Paul Féval fils,  Les étoiles mortes (1928), Les rayons ensorcelés (1935), Ciel contre Terre (1924), réédité à Bruxelles en 1998.

De nombreux romans pour la jeunesse, comme Le Secret de Nicolas Flamel, Collection L’Adolescence catholique.

 

Une pièce de théâtre en un acte et en vers, Les Ailes de l’âme, 1910.

 

(Source principale : Amicale des Nids à Poussière)

 

M. P.

 

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Villers en Arthies

Chaudray et la famille OZANNE

 

 

 

 

 

Au hameau de Chaudray, au n° 29 de la route de Vétheuil, sur la droite en descendant de Villers, se dressent les bâtiments bien restaurés de la propriété de monsieur Paul Lagaville. Ce dernier était en cours de négociation pour la vente de l’ensemble. Il avait autorisé le futur acquéreur à effectuer des travaux sur les murs de la petite maison de gardien située derrière l’habitation principale (Parcelle B 254).

 

 

 

Pendant les travaux, les maçons ont découvert 2 plaques de calcaire sur lesquelles les propriétaires avaient inscrit leurs noms et une date.

 

Le 11 mai 2005, monsieur Lagaville me téléphone et m’invite à descendre pour voir une plaque découverte sous l’enduit de chaux du mur de la façade de la maisonnette.

 

 

 

C’était une plaque de calcaire ocre blanc de 45 à 50cm de long sur 12 à 15cm de haut. On pouvait lire le texte suivant, écrit en lettres majuscules:

 

A ETE FAIT PAR PAR PIERRE OZANNE ET MMF DUPRE SA FAMM 29

 

 

 

J’ai gardé volontairement l’orthographe et le double PAR. 

 

 

 

 

 

Villers en Arthies Chaudray et la famille OZANNE 

 

 

 

Au hameau de Chaudray, au n° 29 de la route de Vétheuil, sur la droite en descendant de Villers, se dressent les bâtiments bien restaurés de la propriété de monsieur Paul Lagaville. Ce dernier était en cours de négociation pour la vente de l’ensemble. Il avait autorisé le futur acquéreur à effectuer des travaux sur les murs de la petite maison de gardien située derrière l’habitation principale (Parcelle B 254).  

 

 

 

Qui était ce Pierre Ozanne ?

 

 

 

 J’ai relu ce qui concernait la famille Ozanne dans la notice de 1874 de A. Benoît (pages 33 et 34). A la page 33, on note que le prénom de Christophe se généralisa pour tous les membres « s’étant mis à pratiquer l’art de guérir ». Nous verrons qu’un autre prénom était aussi courant. J’ai ainsi trouvé un Jean-Pierre Ozanne, chirurgien à Chaudray (On le qualifiait aussi de maître de chirurgie en 1780), époux de Marie Madeleine Françoise Dupré. L’auteur l’appelle Christophe IV. Dans l’acte de baptême du 3 novembre1759 de son fils Jean-Pierre, il est prénommé Christophe, mais ce prénom a été barré et remplacé par Jean-Pierre. L’auteur signale que Jean-Pierre (Christophe IV) ne signait pas Christophe, mais tantôt Jean, tantôt Jean-Pierre et le plus souvent Pierre. En 1796, il habitait toujours à Chaudray avec la qualification d’ «officier de santé ». Par la suite, il se fixa à Vétheuil, pays de sa femme, où il mourut le 13 octobre 1805, à l’âge de 70 ans.

 

 

 

Son fils Jean-Pierre « exerçait lui-même la chirurgie » comme l’indique l’acte de baptême du 13 janvier 1780 d’Angélique Girard dont il était le parrain.

 

  

 

Le 20 mai : Second appel téléphonique ; seconde visite au 29 de la route de Vétheuil.  

 

 

 

C’était une seconde plaque de calcaire, rectangulaire cette fois, d’environ 40 à 45cm de long sur 15 à 20cm de haut. Les lettres majuscules du texte mesurent au moins le double de celles de la première plaque. 

 

 

 

Voici le texte : 

 

 

 

FAIT CE XXX OCTOB

RE EN MDCCLXXX

 

  

 

A propos du guérisseur de Chaudray 

 

 

 

Au nom d’Ozanne, monsieur Paul Lagaville pensa tout de suite à Christophe Ozanne, le guérisseur de Chaudray qu’A. Benoît appelait, dans sa notice de 1874, « le médecin empirique de Chaudray ». Or, Christophe Ozanne a été baptisé le 15 novembre 1633. Il était le fils de Jacques Ozanne le jeune. En effet, le frère aîné de son père (ou un autre membre de la famille) se prénommait aussi Jacques. En outre, les deux plaques sont datées de 1780. Il ne pouvait donc pas s’agir de ce guérisseur. 

 

 

 

Un propriétaire de Chaudry, le hameau voisin, a fait poser un buste d’Ozanne. Il affirmait avoir trouvé des documents aux archives (Sans préciser lesquels), lui permettant de situer la masure du guérisseur sur sa propriété. Monsieur Roland Vasseur à qui je signalais le fait, m’a déclaré qu’il fallait vérifier cette affirmation.

 

 

 

A. Benoît déclarait que la renommée de Christophe Ozanne a duré de « 1696 (peut-être 1695) à 1707 ». Ce n’était pas un charlatan. « Il ne quitta jamais son hameau et n’eut recours à la réclame ». Il ajoutait plus loin : « Ainsi Ozanne vécut-il et mourut-il pauvre, comme il était né, sans profiter, en aucune manière, pour lui, ni pour les siens, du séjour que l’opulente renommée avait daigné faire dans son sauvage vallon ».

 

 

 

Il décéda le 18 février 1713, à l’âge de 79 ans, « après avoir été muni des saints sacrements ».

 

 

 

De nombreuses pièces de vers furent écrites sur ce personnage. Je terminerai par la plus flatteuse.

 

 

 

« On voit de toutes parts, Ozanne avoir la vogue ;

 

Dans le monde à présent c’est le seul médecin

 

Qui guérit de tous les maux sans mixtion, sans drogue,

 

Sans grec, sans hébreu, sans latin ».

 

 

 

 

 

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Une célébrité de l’Arthies : Christophe Ozanne

 

 

In L’Echo des Valllées, janvier-mars 2015, n° 108, p. 11, Magny-en-Vexin

 

Un personnage singulier apparaît dans l’histoire de Villers-en-Arthies

au XVIIe siècle, c’est Christophe Ozanne, tantôt qualifié de médecin, tantôt de guérisseur (1633-1713). La famille Ozanne est toujours présente dans la région. On a du mal à imaginer le prestige dont jouissait le hameau de Chaudray, dépendant de

Villers, jusqu'à Paris, grâce à la réputation de ce personnage, dont le nom est parfois écrit « Aux ânes ».

Les publications à son sujet ont été nombreuses. C’est l’historien de Villers, M. Jean Rochefort, qui en a fait la synthèse la plus complète, avec une grande sympathie pour ce personnage mystérieux, retiré du monde, peu soucieux de déplaire, et fort peu gracieux, au demeurant, mais il est probable que sa pauvreté correspondait à une âme élevée.

Voici ce qu’on en sait : Christophe ne fit aucune étude. Dès l’âge de 16 ans, alors qu’il gardait les bestiaux à St Cyr, il montra un goût décidé pour la connaissance des remèdes. La châtelaine de Saint Cyr le prit en affection, et lui apprit à lire. À 20 ans, il était « facteur de meules de moulin » dans la forêt d’Arthies pour les sieurs Héliot, commerçants de Rouen.

À 30 ans, il se fixe à Chaudray. En fait, il semble bien que sa maison se trouvait entre Chaudray qui se trouvait sur Villers et Chaudry qui était sur Vienne, dans un modeste hameau du nom de St Jean, où il y avait une chapelle, aujourd’hui disparue.

Les contemporains étaient surpris par sa méthode : « Assis sur sa chaise, Ozanne écoute les malades mais, ordinairement, pour couper court, il juge ‘par la seule physionomie’ des remèdes qu’il faut apporter au malade. Son secrétaire, jeune paysan ‘vêtu comme un abbé’ écrit les remèdes et les délivre aux malades.

Il est le seul à entrer dans cette chambre ‘d’audience’ qui contient, au fond, un autre lit garni de toile blanche, où se repose quelques heures de la nuit cet infatigable guérisseur qui ‘expédie, souvent, jusqu’à deux cents malades par jour’.

Le chemin pour arriver jusque-là est boueux et caillouteux. Mais l’endroit est bien repérable :

« La maison est très basse, construite en boue et en pierre du pays ; le toit couvert de chaume… chargé d’herbes sauvages… commence à tomber en ruines. On entre dans la cour par une porte neuve gardée par un jeune paysan de 25 ans… Un vieux paysan, autrefois tailleur de pavés, porteur de lunettes, inscrit sur un registre le nom de ceux qui arrivent, pour qu’un huissier puisse les appeler… La Charité a placé un petit tronc pour les remèdes des pauvres… On descend dans une cave, à moitié taillée dans le roc, parmi les flacons, des bouteilles bien bouchées remplies d’eaux céphaliques, ophtalmiques, néphrétiques, splénétiques… Une petite porte permet au médecin de s’échapper dans son jardin …

Madame de Sévigné entendit parler de lui, par une lettre de son ami l’abbé de Coulanges : « C’est un simple paysan, d’humeur froide et flegmatique, parlant peu, lentement et fort bas, âgé d’environ 55 ans, sans doute 65, de moyenne taille, visage basané, plat et maigre, des cheveux presque blancs, gras, courts et fort peu frisés, qui couvrent un front assez élevé, de petits yeux, un gros porreau sur un nez médiocrement grand, un second porreau au-dessus de l’oeil droit et un fort petit mais long qui pend à la mâchoire gauche, la barbe blanche rarement faite, une grande bouche, des dents brunes, le col court, la tête enfoncée entre les deux épaules, de grosses mains, les doigts petits et velus, des ongles passablement longs ».

On est à la fin du XVII° siècle.  Les patients venaient de loin : de Normandie, de Picardie, du Hurepoix, de Saint Quentin, sans compter les Parisiens. Il fut un temps où un « carrosse public » partait de Paris pour Chaudray une fois par semaine. Et des auberges ouvrirent aux alentours pour les accueillir. Tous reprenaient espoir :

« les cancers, la gravelle, les abcès, les ulcères, rien ne tient devant lui. On ne parle que des cures étonnantes qu’il fait, et de son désintéressement. Il donne aux pauvres ses remèdes pour rien ; il les fait payer aux riches précisément ce qu’ils valent… Les ducs de Grammont [ancien comte de Louvigny] et Turménies sont guéris par lui ; le dernier lui a envoyé cent pistoles qu’il lui a renvoyées aussitôt ».

Un tel succès ne pouvait pas aller sans provoquer des moqueries.

 

« Oh ! Le beau médecin que ce Christophe Ozanne :

Parlez-lui de vos maux, il n’en peut discourir.

Est-il passé docteur ? Porte-t-il la soutane ?

C’est un manant grossier qui ne sait que guérir

Avec un peu de poudre, ou d’herbe, ou de racine,

Sans latin et sans art, mais plein d’entendement,

Ce rustique Esculape, instruit divinement,

Nous guérit de tous maux et de la Médecine ».

 

En quoi consistaient les « cures d’Ozanne » ? La diète paraît avoir joué un grand rôle dans ces traitements de personnages souvent opulents, souffrant de malnutrition et d’excès en tout genre.

En tout cas, ses ordonnances faisaient merveille : « Monsieur le Conseiller et son épouse, sans doute perclus de rhumatismes, semblent rajeunir chaque jour et devenir amoureux l’un de l’autre tant ils aiment à badiner… Croiriez-vous qu’ils courent l’un après l’autre sans bâton dans la distance de plus de vingt

pas.

Soyons clairs, si Christophe Ozanne ne fut pas encore plus célèbre, c’est parce que les autres médecins, jaloux, l’en empêchèrent.  En témoigne cet autre épigramme anonyme :

Sans grec, sans latin, sans grands mots,

Avec une herbe, une racine,

Ozanne guérit de tous les maux.

Ozanne n’eut jamais le dessein

De s’ériger en médecin.

L’honneur qu’on lui fit le chagrine :

Lui, médecin ! Comment ? Par où ?

Il guérit ceux qu’il traite

Et n’en veut pas un sou ;

Un contresens en médecine ».

 

Mais Bossuet le prédicateur, qui était aussi doyen du prieuré de Gassicourt-les-Mantes,  faisait partie de ceux qui le traitaient de charlatan, entre autres parce qu’il refusait de traiter une religieuse à distance, exigeant « l’inspection de la personne ». 

 

Enfin, après un certain nombre de malades qui finirent malgré tout enterrés à Villers, Ozanne mourut le dix-huit février 1713, et fut enterré à Villers.

Resté célibataire, Christophe Ozanne appartenait à une famille nombreuse dans laquelle on retrouve, à plusieurs reprises, le prénom Christophe. Il y eut encore trois Ozanne médecins à Chaudray, le dernier étant mort à 70 ans en 1805.

 

Sur la popularité d'Ozanne, enfin, on poussa l’adulation d’Ozanne jusqu’à produire une pièce de théâtre, intitulée Le médecin de Chaudray, comédie en un acte de Florent Carton, plus connu sous le pseudonyme de Dancourt (1661-1725). Ce vaudeville fut représenté en 1698 au Théâtre Français.

 

M. P.

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LE TRAVAIL DU VITRAIL, DE L'ÂME ET DES AILES (L'Echo des Vallées, n° 108, janvier-mars 2015)

 

L'art du vitrail est très ancien, mais n'a pu se développer qu'avec la maîtrise du verre serti dans le plomb, qui permet de couvrir de larges surfaces. Il se fixe comme un art proprement religieux au Moyen Age, et particulièrement dans les églises de l'Europe occidentale. Les premiers vitraux de la cathédrale de Chartres, encore visibles aujourd'hui, sont tenus par de robustes cadres de fer. Le plomb a l'avantage d'être souple, malléable, et se travaille en longues tiges.

Il subsiste très peu de vitaux antérieurs au X° siècle, mais on peut en voir quelques fragments dans la cathédrale de Beauvais: les coloris intenses et vifs en sont encore absents. Les églises n'ont que peu d'ouvertures, ce sont plutôt des forteresses. Mais, avec la consolidation de l'art roman, puis du gothique ouvrant d'immenses baies en hauteur, le vitrail se fait virtuosité et vaisseau de lumière. Le foyer du vitrail médiéval au plomb se trouve d'abord en France, notamment à la basilique Saint-Denis au ixe siècle, ou encore à Auxerre ou à Reims. La petite église de Sainte Anne de Gassicourt, près de chez nous,  en est un joyau exceptionnellement conservé, du XIII° siècle.

La palette du peintre-verrier, constituée essentiellement du bleu et de rouge, s’enrichit au xiiie siècle du vert émeraude ou vert olive, du rouge carmin et vermillon, du mauve, puis au xive siècle du jaune d'argent qui permet de rehausser les couleurs et de teinter dans la masse les vitraux dont la peinture du verre est devenue trop coûteuse pendant la guerre de Cent Ans.

La réalisation de vitraux médiévaux nécessite des financements importants, Ainsi les deux tiers du budget d'une cathédrale sont consacrés aux vitraux, un tiers à l'architecture. Le financement des vitraux est d'abord assuré par des donations de prélats, de nobles, puis à partir du xive siècle par les corporations et les grands bourgeois qui jouent les mécènes dans les chapelles latérales, et se retrouvent dans les fabriques paroissiales qui prennent le pas sur les évêques.

 

Les vitraux étaient alors chargés de transformer la lumière physique en lumière divine, autrement dit de faire entrer la présence divine dans la cathédrale. En outre, la lumière provenant des vitraux a pour but de délimiter un microcosme céleste au cœur de l'église. Les rosaces constituent des explosions maîtrisées, des feux d'artifice cristallisés, souvent sans plus guère de souci figuratif qui les rattache à l'anecdote.

Au XX° siècle, apparaissent de nouvelles techniques, qui se passent du plomb: la dalle de verre, épaisse, sertie dans un ciment, et le verre libre, comme un trésor de gemmes flottantes. Avec ces libertés inédites, l'abstraction prend aussi son essor, s'installant au centre même des compositions, alors que les traditionnels motifs géométriques constituaient plutôt les bordures. Mais au même moment, se développe aussi la tendance au retour du vitrail traditionnel. L'article de  Wikipedia utilisé ci-dessus offre une notice très complète sur les différents aspects du métier, merci à ses auteurs anonymes!

Nous avons interrogé Thérèse Aupaix, de l'atelier de Saint-Cyr en Arthies, qu'elle a créé avec la présidente de l'Association pour l'église, Martine Dupetit, pour rentrer avec elle dans les secrets d'un métier où l'on travaille souvent seul.

- Thérèse, qu'est ce qui vous a amenée à vous investir dans le travail du vitrail?

"J'étais attirée par la peinture. Puis nous avons récupéré à la Collégiale de Mantes des vitraux du XIX° siècle qui ne pouvaient être remontés, dont même les maîtres verriers de Chartres ne voulaient pas assurer la restauration. Cela s'est fait avec l'accord de la mairie, bien entendu. Seules de petites surfaces pouvaient retrouver une nouvelle vie, mais nous nous sommes passionnées pour la rénovation. Après un stage à "L'Éclair de Verre", à Poissy, nous nous sommes lancées, et maintenant nous créons à notre tour. Le triptyque "La lumière de Dieu", conçu par Marie Hénon, qui fait l'admiration des visiteurs de notre église, résume bien notre ambition: rendre notre église transparente, traversée par des forces puissantes, pour que l'Esprit Saint y soit à l'aise. Marine Dupetit a inventé un ingénieux système de fixation intérieure qui permet de ne pas recouvrir entièrement les baies, qui deviennent autant de cadres laissant passer toute la lumière extérieure. Notre église est claire et gaie. Nous préparons, après une Sainte Vierge et une sainte Thérèse, un Saint Jean.

- Êtes vous des innovatrices dans la technique du vitrail?

Nous travaillons à l'ancienne, tout repose sur le maniement du plomb, la qualité de son âme, la partie centrale, cachée. Et il n'y a aucune révolution à attendre dans ce domaine. Le plomb se découpe en baguettes souples, qui se vrillent facilement, et on y sertit le verre entre les ailes, qu'on écarte délicatement. Le verre et le plomb travaillent, chacun avec son poids et son élasticité propre, il s'agit de les tailler et de les équilibrer avec une extrême précision. Nous travaillons sur des gabarits, entre des bordures de clous arrondis, avec nos coupe-verre et ciseaux à trois lames, puis nous faisons les soudures avec de l'oléine, tout un art, ni ventrues ni étalées, après quoi nous faisons notre petite cuisine au blanc de Meudon pour le mastic; quand tout cela veut bien tenir ensemble, vergettes et barlotières viennent consolider le tout. Enfin vient le nettoyage, qui n'est pas une mince affaire!

- Et en matière de verre, quels sont vos secrets?

On utilise des verres étirés, des verres soufflés, des verres industriels. On affine les coupes avec la pince à gruger et la meuleuse. Les vitraux à dominante bleue, couleur froide, doivent être placés côté nord, les rouges côté sud. Nous aimons beaucoup les jaunes et les orangés, peu utilisés jadis. Pour la grisaille, qui donnait lieu à des prodiges autrefois, produisant des effets de photos, c'est très difficile, il y a plusieurs teintes, on travaille avec une poudre, puis il faut faire cuire les pièces, à plus de 600 °. Heureusement, l'école d'Aincourt, à côté, a un four..."

Et voilà comment se marient, depuis le Moyen Age, matière minérale vivante avec ses lois propres, ténacité des artisans, amour de la lumière. Travailler, c'est prier, disait-on autrefois. Contempler le résultat, dans nos églises, c'est aussi participer à l'hymne des couleurs.

        Note : pour financer l'achat des verres, l'association Pour l'Eglise de Saint Cyr met en vente de petits vitraux décoratifs, à accrocher sur une baie vitrée ou en extérieur. Tel : 01 34 78 10 87.                                                                              M. P.

 

 

 

 

 

La légende de l’Âne d'Arthies (L'Echo des Vallées, n° 112, janvier-mars 2016)

De tout temps ce sont les fables qui disent la vérité des hommes, et les fables s'élaborent dans la méditation villageoise. C’est l’histoire d’un vrai bourricot, le même peut-être qui porta la Sainte Famille jusqu'en Egypte, lorsqu'elle fuyait les persécutions du tyran Hérode, celui qui avait essayé de tuer tous les nouveau-nés, de peur d'être détrôné un jour par l'un d'eux. C'est peut-être aussi l'âne des Rameaux, qui portait Jésus lors de son entrée à Jérusalem, triomphale, sous les acclamations de la population. Moins d'une semaine plus tard, le même Jésus était trahi, vendu, bafoué, torturé et mis à mort comme le dernier des criminels. Inexplicable retournement d'opinion? Ses ennemis avaient réussi à le diffamer, à ruiner sa réputation, et il ne restait plus qu'une toute petite famille pour le soutenir jusqu'au bout: sa mère, Marie Madeleine, saint Jean, et quelques autres, qui se cachaient, bien obligés, sans doute, pour ne pas à se retrouver également pourchassés et maltraités. Là, le petit âne n'était plus là pour soulager Jésus. C'est un inconnu, Simon de Cyrène le Libyen, qui prit le bât, comme un « bougre d’âne » à son tour, et porta la croix jusqu'au Golgotha, comme nous le rappellent nos chemins de Croix,  que nous devrions faire à genoux, pour souffrir comme les bêtes de somme. Voici donc la légende de l'âne d'Arthies, telle que la racontait le père Szado, Polonais qui après la guerre de 1914, étant arrivé avec les Allemands, n'avait pas voulu repartir, et s'était fixé chez nous.

 

"Un jour, vla qu'l'âne d'un gars était tombé dans un puits. Et que ça gueulait, là-dedans. Te tairas- tu, cornichon, pourquoi que t'es tombé dedans, hein? Y pouvait pas faire attention, non? HI han hui han, la bête elle était affolée, et ça a duré comme ça pendant des heures. L' était ben emmerdé, le fermier. D'un autre côté, remarquez, il était vieux comme tout, son âne, maigre comme un coucou et bon à rien. Et le puits, non plus, y valait pas cher, tiens, il était sec, que ça faisait un bail. Alors plutôt que de se casser la tête, le gars y s'est mis à pelleter à pelleter à pelleter. Remarquez, y se disait: c'est pas bien, je le fous au trou encore vivant, je sais, mais bon, il a sûrement une patte de cassée, si c'est pas plus. Et l'âne qui gueulait qui gueulait qui gueulait.

Vla que son voisin se ramène, il se demandait ce qui pouvait bien se passer. T'as qu'à m'aider, merde! Il y a donné une pioche, l'a mis sa femme aussi à la tâche, et puis son fils, et à la fin, le bourrin, eh ben il disait plus rien. Plus rien. Ils ont continué jusqu'à la nuit, eul puits était profond. Et puis ils vont tous eux s'coucher, tant pis, on finira demain.

Et le lendemain matin, qu'est-ce qu'ils voyent ? Les oreilles qui dépassent du trou! L'était remonté, le bourrin, sur toute la terre qu'on y avait jeté dessus. Allez, encore deux trois brouettes, et le vla qui sort de là tout guilleret, et qu'est reparti brouter, comme si de rien n'était."

L'esprit aussi, voyez-vous, parfois, disparaît sous la terre, mais même s'il se cache chez des vieux cornichons comme vous et moi, quand on veut le faire crever, c'est pas si facile...

 

M.P.

Après moi le déluge ! (L'Echo des Vallées n° 111, octobre-décembre 2015)

 

            C’est la formule même de l’irresponsabilité, et elle est d’autant plus criminelle qu’elle ne fait pas le tri dans les victimes annoncées, innombrables. Parmi les légendes de la Bible, l’histoire du Déluge universel et de l’Arche de Noé est certainement l’une des plus populaires. Toutes les civilisations ont des mythes comparables, qui proviennent probablement de la mémoire la plus reculée, sur une catastrophe naturelle de grande ampleur, par exemple les inondations du fleuve Indus.

« Yahweh vit que la méchanceté des hommes était grande sur la terre, et que toutes les pensées de leur cœur se portaient chaque jour uniquement vers le mal. Et Yahweh se repentit d’avoir fait l’homme sur la terre, et il fut affligé dans son cœur, et il dit : »J’exterminerai de dessus la terre l’homme que j’ai créé […] Mais Noé trouva grâce aux yeux de Yahweh »(Genèse, 6).

            La légende est par définition pleine d’exagérations et  indifférente tant à la vraisemblance qu’à l’exactitude. Mais son caractère saisissant repose justement sur le fantastique qui, avec la contraction du récit, traversant les siècles et les millénaires, est la source de sa force de persuasion, de sa qualité de parabole. L’histoire du Déluge est un des mythes sous-jacents de l’écologie moderne. Sans passer par les détours de la science, elle dit une vérité à retrouver à chaque époque : ce sont les hommes, qui par leur délire de toute puissance, violent la nature au point de déclencher des calamités.

Un exemple récent de lecture politique des cataclysmes : l’encyclique Laudato si, du 18 juin 2015 insiste sur la responsabilité humaine dans les catastrophes écologiques récentes et à venir. Et il supplie les dirigeants de tenir compte du bien commun bafoué par la religion du profit. Ce faisant, notre pape se situe dans la continuité de la doctrine sociale de l’Eglise de Léon XIII.

Les peuples victimes de grandes catastrophes naturelles retrouvent toujours le sens de la culpabilité collective. En témoignent les processions et sacrifices expiatoires que l’Eglise a toujours organisés dans ces cas-là.  L’Eglise est devenue plus rationaliste, et elle cherche plus à soulager les souffrances qu’à les aggraver par le remords. Mais comme les malheureux du monde entier, nous disons toujours : « qu’est-ce que j’ai fait au bon Dieu pour mériter ça ? ».

               Le christianisme, religion de l’espérance, a toujours insisté insiste sur le deuxième volet de l’histoire, celle de l’Arche construite par Noé pour sauver les animaux et les hommes : c’est une histoire de salut par la foi, la rédemption que Dieu nous offre toujours, même au milieu des horreurs que nous-mêmes avons provoquées. 

            Les écrivains du début de l’ère chrétienne s’essayèrent à des interprétations allégoriques assez élaborées de l’histoire de l’arche. Augustin d'Hippone (354-430), dans La Cité de Dieu, démontre que les proportions de l’arche correspondent à celles du corps humain, qui est aussi le corps du Christ, qui est aussi l’Église. L’identification de l’ Arche à l’Église peut se retrouver dans le rite anglican du baptême, lequel consiste à demander à Dieu, « qui dans [Sa] grande pitié a sauvé Noé », de recevoir au sein de l’Église l’enfant qu’on lui présente. Jérôme de Stridon (347-420), s’intéressant à la figure du corbeauqui partit et ne revint pas, surnomma ce volatile « l’infect oiseau de la corruption» … qu’il convient d’expulser de soi par le baptême. De façon plus durable, la colombe et la branche d’olivier en vinrent à symboliser le Saint-Esprit, puis l’espoir du salut et, finalement, la paix

            L’histoire de l’Arche de Noé est une parabole sur la foi, ici celle d’un seul homme, capable  de sauver la planète par sa docilité aux ordres du Seigneur. De nos jours, les  arsenaux nucléaires constituent un danger majeur de destruction de la planète. Et ils existent, les résistants chrétiens  qui agissent en lanceurs d’alertes, pour empêcher la catastrophe, quelquefois au péril de leur vie et de leur liberté. Depuis le concile Vatican II l’Eglise s’est  toujours opposée aux armes nucléaires, et demande leur interdiction. Avec l’Eglise, soyons tous des disciples de Noé, actifs et reconnaissants !  

                                                                                                                                                            M. P. 

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Les rus du Vexin (in L'Echo des Vallées n° 111, octobre-décembre 2015)

Le mot ru apparaît en 1165 chez Chrétien de Troyes, il vient de rivus, en latin, signifiant petit court d’eau, et subsiste dans plusieurs régions de France comme synonyme de ruisseau, mais son usage s’est restreint à un usage quasi dialectal. Les Lorrains, les Provençaux et les Vexinois le conservent. On a envie de dire que, contrairement aux « petits ruisseaux qui font les grandes rivières », nos rus tout courts restent chez nous, ne mènent pas bien loin. Ils n’en sont pas moins indispensables…

Selon Wikipédia, « du point de vue de l'écologie du paysage, les ruisseaux, comme les autres cours d'eau, sont des corridors biologiques, pris en compte comme tels par les trames vertes ou réseaux écologiques.

En contournant les obstacles (roches, racines) ou par le jeu de l'érosion et de la sédimentation, les ruisseaux naturels forment des méandres qui freinent le cours de l'eau et permettent sa meilleure infiltration vers les nappes phréatiques. »

Le Vexin est traversé de multiples rus qui ont été mis à profit : moulins, aqueducs, lavoirs, teintureries les parsèment, de méandre en méandre. Indispensables aux bêtes d’élevage, ils sont les abreuvoirs naturels et des réserves d’espèces sauvages. Ils alimentent en outre les étangs, autrefois viviers gérés par les couvents et monastères, désormais ouverts aux pêcheurs du dimanche.

L’Aubette de Magny a deux branches, l’une naît à Nucourt, l’autre à Wy dit-Joli-village, à la source de Saint Romain. Elles se rejoignent, et après une quinzaine de kilomètres, l’Aubette se jette dans l’Epte à Bray et Lû.

Formant une dentelle dense, leur tracé parmi nos vallons a la finesse d’une écriture dans le paysage, et l’importance vitale d’un réseau sanguin. Aussi on s’inquiète des projets visant à les adapter au monde moderne. Il va être interdit d’y faire boire les vaches et les chevaux ; d’une part parce qu’ils sont pollués, et d’autre part parce que les déjections des bêtes les pollueront encore plus.

Le Parc Naturel du Vexin centre l’évolution d’Omerville sur les chemins de l’eau : « la commune est marquée par un réseau hydrographique dense composé de deux rivières et de nombreuses sources ainsi que d’un patrimoine hydraulique issu d’un ancien système d’adduction d’eau captée, aujourd’hui à l’abandon. En raison de sa topographie et de l’absence de réseau pluvial, la commune a une problématique récurrente de ruissellement et d’inondation. Suite à l’élaboration du PLU, un contrat rural a été initié avec comme fil conducteur la gestion de l’eau. L’aménagement des espaces publics propose une alternative : reméandrage des fils d’eau, reprofilage des voiries, création de noues et d’espaces verts creux afin de garantir une plus-value écologique et paysagère. Le sentier du patrimoine hydraulique met, quant à lui, en valeur les potentiels d’observation le long du parcours (panorama paysager, chemin de l’eau et ouvrages du patrimoine) ».

Inondations, engorgements et ruissellements, nos villages en connaissent depuis toujours, malgré les efforts de chaque génération - et les anciens avaient autant de bonnes idées que nous, ne l’oublions pas- mais parfois les rus sont rebelles à toute domestication. 

Et on continue aussi à commettre des erreurs ! Les pêcheurs ont constaté qu’il y a des espèces riveraines qui empoisonnent les cours d’eau, en modifiant le tracé des berges, l’alimentation des poissons, l’ensoleillement dont ils ont besoin. Et nos jardins sont peuplés de nouvelles plantes et d’arbustes toxiques, ce qui n’était pas le cas autrefois, parce qu’on a acclimaté quantité d’espèces venues d’autres contextes au détriment des végétaux locaux. C’est le cas pour les épicéas, implantés en masse dans les Ardennes, mais déjà repérés pour leur nocivité chez les truites en 1937. A Sollilou concluait en 1952 : « Ainsi voit-on le repeuplement sylvicole provoquer le dépeuplement piscicole. Cas cornélien puisqu’il est préconisé par les agents des Eaux et Forêts et qu’en même temps ils ont à sauvegarder le trésor piscicole de leur pays. »

 

 

M.P.

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JESUS LE CAMPAGNARD  (L'Echo des Vallées n° 110, juillet-septembre 2015)

 

 

Jésus vivait dans un monde champêtre, et ses paraboles sont remplies de bon sens paysan. Dans notre univers devenu tellement bétonné, la nostalgie de ce monde perdu fait ressortir comme des bijoux ces émanations de la rude sagesse de la nature. Mais il y aussi des messages bien plus étonnants, étrangement enracinants …

 

 

LES PARABOLES CHAMPÊTRES

On peut regrouper ces paraboles en catégories, qui sont autant de leçons :

-        Des dictons pris dans la culture orale palestinienne :

- - - Il ne faut pas voir la paille dans l’œil du voisin, mais la poutre dans le nôtre » [1] , ceci incite à la modestie par une vision cocasse, l’exagération contribuant à faire passer le message.

-    - Autre message sur le même ton, qu’on imagine bien repris par un pauvre paysan goguenard pensant à son patron : « Il est plus difficile pour un riche d’entrer dans le royaume des cieux que pour un chameau de passer par le chas d’une aiguille ». Mais Jésus nous fait comprendre que  c’est nous, les médisants et les richards !

- "   - On ne met pas du vin nouveau dans de vieilles outres", sinon elles éclatent: on ne saurait réduire l'enseignement de Jésus à des reprises de vieilles traditions, il est radicalement nouveau et novateur, voilà ce que nous dit cette parabole. 

-        - La générosité de Dieu s’exprime dans la nature : Comme les lys des champs, les oiseaux des champs, nous ne devons pas être obsédés par nos revenus, Dieu pourvoira à nos véritables besoins. Dans notre univers si tragiquement matérialiste, ce rappel est proprement scandaleux !

-        - Les « pourceaux », c’est-à-dire les cochons, qui errent dans la campagne, à l’époque, sont à part, dans ce monde rural. C’étaient les Grecs qui en mangeaient, mais, pour les Israélites, ils étaient aussi répugnants que les chiens dans les villes, sales, agressifs, se nourrissant de déchets, ce pourquoi ils étaient aussi mal considérés que les rats aujourd’hui. C’est dans la tradition de l’Ancien Testament que Jésus les charge de l’esprit des démons, et les envoie se noyer en masse, quand il chasse la maladie mentale du corps de deux possédés.

-        - Dieu est comme un cultivateur rigoureux, on ne triche pas avec ses commandements, de même qu’on ne triche pas avec les lois de l’agriculture : c’est ce que dit la parabole du semeur. Pour que le grain germe, il faut d’abord que la terre soit bonne, que notre esprit soit accueillant à la parole de Jésus. Si l’ennemi vient la nuit semer de l’ivraie pour gâcher la récolte, patience, au moment de la moisson il sera facile de faire le tri, car la parole de Dieu resplendit et elle est bénéfique, rien à voir avec la mauvaise herbe.

 -   - La parole de Dieu est aussi comme la plus petite graine, celle du sénevé qui pourtant «devient même un arbre, en sorte que les oiseaux du ciel viennent se poser sur ses branches ». Son déploiement est extraordinaire.

-        - Dieu est comme le patron d’une exploitation agricole, il est exigeant envers ses employés, nous avons le devoir de faire fructifier ses biens.

-    - Mais il sait aussi récompenser ceux qui accourent en dernier, « les ouvriers de la onzième heure » : c’est notre conversion pour nous mettre à son service qui compte, aussi tardive soit-elle.

Et - « la moisson est abondante, mais les ouvriers sont en petit nombre », jamais assez nombreux !

 

-        - Dieu est un berger : il prend soin de nous, qui sommes son troupeau, il nous connaît un par un comme ses brebis. Il se sacrifie pour retrouver la moindre brebis perdue, il ne nous abandonne jamais, malgré nos errements. Mais il ne faut pas oublier que nous devons également tout donner à notre berger, jusqu’à notre vie, c’est le grand exemple de la Passion.

 

 

LA PASSION DE NOTRE SEIGNEUR

Outre les paraboles, les Évangiles nous montrent Jésus se mettant en scène comme un élément clé de la nature. Cela le rapproche de nos nécessités vitales, il s’abaisse et ce faisant, nous oblige à rabaisser aussi notre orgueil. Mais la leçon est terriblement cruelle et difficile à assumer !

-        Jésus, le fils de Dieu est un agneau : c’est la métaphore révolutionnaire par excellence, dans L’Évangile. Dieu s’identifie à l’animal le plus innocent, le plus faible, et à son sacrifice pour nourrir l’humanité. C’est à partir de cet abandon de souveraineté de la part de Jésus que nous apprenons l’humilité, et que Dieu sort définitivement de la catégorie des Seigneurs devant lesquels on tremble, pour entrer, ce qui est la grande innovation du christianisme, dans la catégorie des doux, des dépouillés de tout, des pauvres d’esprit, auxquels il rend hommage dans le Sermon sur la montagne (dit des Béatitudes). Pour nous, qui achetons nos côtelettes tout emballées, il est très désagréable de penser au sacrifice de l’agneau, à l’affection réciproque qui l’unissait à son berger, et au sacrifice que fait aussi le berger en l’égorgeant, pour que nous ne mourions pas de faim. Le récit de la Passion, dans les quatre Évangiles, est profondément pathétique, il est écrit à partir de l’empathie sans réserve avec l’Agneau Jésus, innocent injustement mis à mort[2].

-        Comme Jésus est le froment, le levain et le pain, mais aussi le berger et l’agneau, il est aussi le vin et la vigne, il est aux deux bouts de la chaîne qui nous permet de nous nourrir.  A nous de l’imiter, de savoir devenir et produire l’aliment indispensable pour autrui. Le vin est dans la culture méditerranéenne, l’aliment de l’esprit, qui donne non seulement de la consolation et de la joie, mais de la puissance à notre activité mentale.

L   Les musulmans ont répertorié 99 appellations pour qualifier Dieu. toutes les religions insistent sur les facettes tellement diverses, surprenantes mais jamais inconciliables, de la divinité.

 Avec sa parole, Jésus a donné à la question de la définition de Dieu une  tonalité très proche de la façon dont s’exprime le peuple des paysans, bien concrète, et cela doit servir à notre méditation.

 

Faut-il en conclure que Jésus avait moins de sympathie pour les gens de la ville ? Ce serait l’objet d’une autre réflexion. Souvenons-nous simplement de son geste le plus fort, celui qui l’enracine définitivement dans le terroir, contre tous les mirages des activités citadines : il a chassé les marchands du Temple. A nous de chasser de notre esprit, qui doit être temple de la vérité, les réflexes mercantiles, qui à partir des villes, ont maintenant tellement envahi notre vie, tels des poisons, jusqu’aux aspects les plus intimes !

 

Oui, les Évangiles ont le parfum de la terre, et la saine cruauté du vrai, qui est souvent comme un « remède de cheval ». La terre ne ment pas, disent les cultivateurs, et la nature se venge toujours, disent les vrais médecins. Les Évangiles sont d’une poésie sans égale ; Jésus affirme « vous êtes les sarments et je suis la vigne »[3]. Et il n’y a pas de limite pour parler de ce que nous pouvons devenir, grâce aux miracles de Jésus : ainsi l’aveugle de Bethsaïde, guéri par l’imposition des mains de Jésus, quand il retrouve la vue, s’écrie : « Je vois les hommes, car je les vois qui marchent comme des arbres. » [4]. Qui dit mieux ?

§  M. P.

 



[1] Les trois Évangiles synoptiques reprennent les paraboles et récits mentionnés ci-dessous; la matrice en est l'Evangile  de saint Marc, qui a probablement été en quelque sorte le secrétaire de saint Pierre ; il est repris ensuite par saint Mathieu (qui s’adresse principalement aux juifs), puis par saint Luc (qui s’adresse particulièrement aux païens de culture grecque).

[2] Le récit de la Passion selon saint Marc est le plus centré sur la souffrance partagée ; il est lu chaque année dans son intégralité lors de la messe des Rameaux. Tout le texte de l’Evangile de saint Marc est conçu comme une marche vers cet épisode fondateur.

[3] Évangile selon saint Jean, 15, 5. Et saint Augustin ajoute : « Le sarment n’a que le choix : la vigne ou le feu ».

 

[4] Ce dernier récit, où la métaphore extraordinaire fait écho au miracle, ne figure que dans l’Evangile de saint Marc (9, 24). 

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Médecins de campagne ou de compagnie ? (L'Echo des Vallées n° 110, juillet-septembre 2015)

 

La médecine de campagne a bien changé ces dernières années. Voici le témoignage de trois médecins de la paroisse de Magny. Ils ont été heureux de répondre à nos questions pour L’Echo des Vallées, journal qu’ils mettent à disposition de leurs patients dans leurs salles d’attente.

Ils sont là depuis de vingt ans. Ils apprécient la diversité des malades, et les rapports humains, plus chaleureux qu’en ville, même si l’attachement et la fidélité ne sont plus aussi forts qu’autrefois. On n’apporte plus de petits cadeaux de la ferme à son docteur. Mais il y a toujours des petites mamies qui tiennent à vous emmener faire le tour du potager, « ça fait partie du rituel ». Dommage, on fait de moins en moins de visites à domicile, elles sont pratiquement réservées aux personnes âgées.

Comme au temps jadis, le médecin fait parfois office de curé ou de psy, on vient le voir pour des problèmes qu’on veut garder secrets, et il n’y a pas d’âge ni de différence entre hommes et femmes, pour cela. Ainsi des gamines de 16 ou 17 ans paniquées, qui se sont précipitées à l’hôpital pour demander à avorter, mais ont été rabrouées, invitées à réfléchir un peu, à en parler avec leurs familles. Malheureusement, elles n’ont aucune demande d’aide spirituelle ou morale, ce n’est pas l’occasion de les renvoyer vers les prêtres, et c’est dur, pour les médecins chrétiens.

En fait, les pathologies sont de plus en plus lourdes : cancers, maladies cardiaques… Les généralistes sont sollicités, bien plus qu’en ville, pour faire des choses extrêmement variées ; ils servent de relais aux spécialistes, car les gens veulent éviter les longs trajets et les délais. Souvent, un médecin de ville prend sa retraite, et sa clientèle reflue vers le médecin du village le plus proche, parce que personne ne va racheter la clientèle, il n’y a pas de relève, tout simplement. De toute façon, les malades ne veulent pas entendre parler de remplaçants, ils veulent que leur bon docteur leur soit fidèle, même si cela le fait travailler « 48h par jour ». Et ils voudraient aussi qu’il les renseigne sur la réputation des autres médecins, ils sont décidément méfiants.

Les familles n’invitent pas le médecin aux obsèques d’un patient qu’ils ont soigné, mais une  nouvelle attitude se répand : les jeunes qui savent que leur parent en est à ses derniers jours supplient le médecin de l’envoyer à l’hôpital, parce qu’ils avouent franchement être terrifiés à l’idée que la personne meure à la maison : « on ne va pas supporter ».

Les humains sont décidément bizarres : il y en a qui viennent demander une ordonnance pour leur chien, à mettre sur la carte vitale du maître, bien sûr, ou qui amènent directement la bête pour une petite opération. Signe des temps nouveaux, ou vestige de l’époque où les médecins étaient des vétérinaires comme les autres ? Autrefois le maréchal ferrant savait aussi faire arracheur de dents et chirurgien …

Les médecins n’en veulent pas à leurs patients, souvent désespérés (voire désespérants ?) mais ils n’aiment pas du tout la sécu, qui les surveille, fait d’eux des fonctionnaires à son service, les humilie constamment, leur font remplir des tonnes de formulaires « sans qu’on sache pourquoi. »

Un reste d’humanité : les patients Alzheimer adorent faire tourner en bourrique des villages entiers, en s’échappant de chez eux. C’est plus fréquent et moins dangereux qu’en ville, tout le monde participe gentiment à la « chasse au fou », comme disent les enfants, et on finit par retrouver l’évadé, heureusement, dans la bonne humeur.

Propos recueillis par M. P. 

 

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« Partir, marcher droit, arriver quelque part. Arriver ailleurs plutôt que de ne pas arriver. Arriver où on n’allait pas plutôt que de ne pas arriver. Avant tout arriver. Tout plutôt que de vaguer », écrivait Charles Péguy ; tel fut l’esprit des pèlerins qui depuis le Moyen âge ont entrepris le pèlerinage de Saint Jacques de Compostelle qui connaît aujourd’hui un regain de popularité.

 

Saint Jacques

Saint Jacques a trois figures, l’apôtre, le matamore et le pèlerin. Jacques, fils de Zébédée et de Salomé, pêcheur sur le Lac de Galilée fut l’un des apôtres du Christ. Il quitte la Palestine pour partir évangéliser les confins de la terre, Finis Terrae. La tradition espagnole veut que, désespéré du peu de résultats que rencontrait sa mission Saint Jacques aurait pleuré au bord de l’Ebre. Notre Dame elle-même accompagnée d’anges vint pour le consoler et l’encourager.

En l’an 41 ou 42, saint Jacques retourne à Jérusalem avec Athanase et Théodore qu’il a convertis. Il y subit le martyre et la décapitation.  Son corps est alors ramené en Espagne, son chef (sa tête) reste en Terre Sainte où on le vénère encore aujourd’hui.

On oublia la présence de la sépulture du saint jusqu’au début du IXe siècle. Le 25 juillet 813 une étoile en indiquera l’emplacement à Pélage, un ermite. Le lieu portera le nom de Campus Stellae. Le maître autel de la basilique de Saint Jacques de Compostelle se trouve sur le lieu exact où fut enterré le saint apôtre.

Les routes de Saint Jacques dans le Vexin français

 

(image : Saint Jacques romantique, huile sur toile, église de Vétheuil)

 

Les pèlerins entreprennent  ce long voyage  pour  accomplir un vœu ou expier leurs fautes, ils se le voyaient parfois imposer en guise de pénitence par l’Eglise.

Ils rejoignaient les quatre routes principales qui menaient à Saint Jacques, elles partaient de Paris, Vézelay, Le Puy et Arles. Aucune ne passait par le Vexin français, mais les « Jacquets » y empruntaient les anciennes voies romaines demeurées praticables et tout un réseau de voies et de chemins pour les rejoindre.

Quatre de ces itinéraires venaient de Beauvais, ce qui permettait aux pèlerins de gagner Tours sans passer par Paris. Il y avait ainsi la route de Beauvais à Saint Clair sur Epte, celle de Beauvais à Chartres par Auneuil et Delincour, la route de Beauvais à Orléans par Marines et Meula, et celle de Beauvais à Pontoise par Berville et Rhus.   Des chemins menaient de Saint Clair à Vétheuil et de Gisors à Chambly. La Chaussée Jules César allait de Rouen à Paris par Saint Clair sur Epte et Pontoise. Un chemin allait  de Vétheuil à Meulan et Poissy par les hauteurs dominant la rive droite de la Seine.

Certaines sections des routes de Beauvais à Gisors et de Beauvais à Meulan portent le nom de « Chaussée de Brunehaut », un personnage légendaire qui aurait été dans l’imaginaire médiéval à l’origine de la création de ces voies rectilignes que l’on admirait alors. Quelques routes autour de Gisors et de Berville portaient le nom de « Chemin de la Reine Blanche », Blanche d’Evreux, sœur de Charles de Navarre qui vécut à Neaufles Saint Martin était la veuve de Philippe VI de Valois. Deux chemins portent encore le nom de Chemin de Saint Jacques, l’un dans le village de Delincourt, l’autre près de Saint-Crépin-Ibouvillers, non loin de la commanderie des Templiers d’ Ivry le Temple.

Les Templiers et les Hospitaliers offraient l’hospitalité aux pèlerins et assuraient leur sécurité.  Dans le Vexin, les Templiers fondèrent la commanderie d’Ivry le Temple et celle de Messelan sur la commune de Frouille et les hospitaliers celles de Louvière à Omerville et de Vaumion à Ambleville. Ils jalonnèrent les chemins de croix, rouges pour les Templiers et blanches pour les Hospitaliers. Aux carrefours et en bordure d’anciens chemins, on trouve encore dix croix rouges ou lieux dits la « Croix Rouge », ainsi que onze croix blanches. Elles datent du XIIe et du XIIIe siècle.

Il y a une superbe statue de saint Jacques datant du XVe siècle dans l’église de Vétheuil et l’on peut imaginer les pèlerins y faisant une halte pour prier Notre Dame de Grâce, récitant « dix Pater et dix Ave » pour obtenir la guérison d’un enfant malade.

Le saint esquissant un sourire arbore un chapeau à larges bords, et un manteau, la « pèlerine » ; il tient à la main un bâton de marche, le bourdon, et porte en bandoulière sa besace. Le sermon Veneranda dies issu du Codex Calixtinus nous dit au sujet que cette besace représente « la libéralité dans l'aumône et la mortification de la chair. C'est un sac étroit, fabriqué dans la peau d'un animal mort, qui est ouvert en haut sans être fermé au moyen de lacets. L'étroitesse de la gibecière du pèlerin signifie que, confiant dans le Seigneur, le pèlerin ne doit emporter que de modestes provisions. Elle est faite de la peau d'un animal mort, parce que le pèlerin doit lui-même mortifier sa chair sujette aux vices et au désir, par la faim et la soif, le jeûne, le froid et la nudité, les efforts et l'opprobre. Elle n'est pas fermée par des lacets, mais toujours ouverte en haut, à l'image du pèlerin, qui partage au préalable ses biens avec les pauvres et, plus tard, est disposé à prendre et à donner En général, dans ses représentations, nous dit Bernard Gicquel, « le saint se rapprochait du pèlerin chrétien au point de se confondre avec lui. Il devenait aisément une image tutélaire de ceux qui, pareillement vêtus, peinaient sur les routes de Compostelle et dont l'ambition la plus haute devait être de l'imiter dans sa sainteté. Le même sermon Veneranda dies [issu du Codex Calixtinus ] fournit une interprétation symbolique de ces attributs. Ainsi,  le bâton, troisième pied qui s'appuie sur le sol, symbolise la foi en la Sainte Trinité et l'aide qu'elle apporte pour se défendre du mal, analogue aux chiens et aux loups que chasse le bâton. Quant à la coquille, formée de deux côtés qui ressemblent par leurs nervures aux doigts de la main, elle représente la double obligation de l'amour de Dieu et de l'amour du prochain à laquelle doit satisfaire le pèlerin. »

Evelyne Navarre- Chapy

Bibliographie 

Bernard Gicquel, La légende de Compostelle, le livre de saint Jacques, éd. Tallandier, 2003

 Revue Saint Jacques info :«Saint Jacques successeur des dieux Hermès et Mercure », âr Bernard Gicquel, URL : http://lodel.irevues.inist.fr/saintjacquesinfo/index.php?id=241

 

Bulletin de l’Association des Amis du Vexin français n 61 décembre 2008, Anciennes voies romaines et chemin de Saint-Jacques dans le Thelle et le Vexin français, Jacques Dupâquier et Jean-Pierre Richevaux.

 

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Chants retenus pour la messe du 13 juin 2015 En l’honneur de saint Cyr et sainte Julitte, saints patrons de l’église et du village de Saint-Cyr-en-Arthies

 

 

 

 

 

Image : le martyre de saint Cyr, église Saint Cyr et sainte Julitte de Villejuif

 

 

 

Saint Romain et ses miracles à Wy-dit-Joli-Village

 

Saint Romain (l'un des tous premiers évêques de Rouen) est vénéré à Wy-dit-Joii-Village; chaque année, à l'automne, on porte sa statue en bois (conservée à la mairie) en procession, jusqu'à la fontaine miraculeuse du village, où on la trempe, après une bénédiction à l'église.

 

 

 In L’Echo des Vallées, n° 107, octobre-décembre 2014, p.11, Magny-en-Vexin

QUI ÉTAIT SAINT ROMAIN?

 In L’Echo des Vallées, n° 107, octobre-décembre 2014, p.11, Magny-en-Vexin

 

 La naissance de saint Romain, en 585, au temps du roi Dagobert (VIIème siècle), tenait déjà du miracle, car sa mère Félicité était stérile, mais un ange était apparu à son père, lui annonçant qu'ils auraient un fils nommé Romain (ce qui en dit long du prestige des Romains, disparus de la région à l'époque).

 Il s'agissait d'une famille seigneuriale, et c'est à Wy-dit-Joli-Village que sa famille avait un château, le château des Rochettes; elle descendait de Renault, qui vivait au temps de Childéric, roi franc de Soissons, mort en 481. Le père de saint Romain était Benoist de Sicambre, et sa mère Félicité de Challon. Très jeune, Romain fut envoyé chez le roi, pour son éducation, et c'est là qu'il rencontra les futurs évêques saint Ouen et saint Eloi, grand propagateurs de la foi chrétienne.

Saint Romain fit bâtir près de la source qui existe toujours à Wy-dit-Joli-Village un hôpital pour les "pauvres viatouriers" (ceux qui faisaient des allers et retours sur la voie), nombreux car on venait de loin à Wy, village situé sur l'axe Soissons - Rouen, desservi par une chaussée datant des Romains. Les Francs, unis par la loyauté envers le roi à Paris, avaient étendu leurs royaumes d'Est en Ouest, et l'action de saint Romain à Wy s'inscrit dans cette dynamique. N'oublions pas que tout près, Genainville avait été une très grosse ville romaine, abandonnée au V° siècle. Saint Romain fit aussi bâtir, dit-on, l'église Saint-Nicolas à Guiry, dans l'Aulnaye Périlleuse, "où il venait méditer avec un vieil ermite qui vivait là d'herbes et de racines", selon les textes les plus anciens qui nous ont été transmis.

Romain fut nommé évêque de Rouen très jeune, en 626. Son œuvre comme évêque de Rouen laissa un souvenir si extraordinaire que par la suite, les rois accordèrent au chapitre un privilège rare, celui de gracier un condamné à mort tous les ans, le jour de l'Ascensiontandis qu'on lui faisaite. A cette occasion, on demandait au seigneur de Guiry s'il avait un prisonnier dans ses geôles, car le privilège de Dagobert s'étendait aux Guiry qui descendaient comme saint Romain de Renault. Le privilège donna lieu à des conflits avec les magistrats et les rois, ainsi qu'avec le cardinal de Richelieu, mais les habitants de Rouen résistèrent, et la "fierte" ne fut abolie qu'avec la grande uniformisation de la justice sous la Révolution, en 1790.

 

Saint Romain mourut le 23 octobre 635; la légende dit que peu de temps avant de mourir, il était en train de dire la messe, quand il entra en extase, son corps se soulevant du sol, tandis que Dieu lui annonçait la date de sa mort.

 

Peut-être que le culte à saint Romain, avec son pèlerinage à la source miraculeuse qui porte son nom, s'est maintenu au-delà du Moyen-âge parce que la présence des protestants, proches, stimulait les catholiques, par réaction? En effet, les protestants, nombreux au hameau de Hazeville tout proche, combattaient la vénération pour les saints et les pratiques où ils voyaient des relents de fétichisme et de paganisme, préférant exalter les aspects les plus rationnels et abstraits du divin.

 

Au temps des invasions normandes, alors que la plupart des reliques conservées à Rouen sont mises à l’abri, les restes de Saint Godard et le "chef " (la tête) de Saint Romain partent pour Saint Médard de Soissons, mais le corps de Romain est transporté à l’intérieur des murailles de Rouen. On le conserve sans doute dans une chapelle du palais archiépiscopal, proche des murs, du côté du Robec et des marais du " Malpalu ". Romain y gagne la réputation d'arrêter les débordements de la Seine. Le fait que, par ailleurs, il n’ait pas " déserté " fait de lui le symbole de la résistance de Rouen, et il est désigné comme patron de la ville et du diocèse. Le "chef" de saint Romain est rapatrié ensuite très solennellement en 1140. La foire de Saint-Romain, assortie d'une procession, devient un grand évènement régional, on y battait monnaie, et au nord de Rouen, le champ du "pardon" en garde la mémoire; le dimanche suivant le 23 octobre reste un moment fort de l'année à Rouen.

 

C'est vers 1179 que le culte à saint Romain prit un essor fabuleux. Vers 1210, Richard, de l'abbaye de Soissons, souhaita que toutes les églises du diocèse de Rouen soient dédiées à la Vierge et à saint Romain. Le culte à saint Romain prit une telle ampleur à Rouen qu'il éclipsait saint Ouen, le plus connu des évêques de Rouen, qui avait précédé Romain.

 

 

 

 

 

 


 

LA MERVEILLEUSE LÉGENDE DE SAINT ROMAIN

 

 

On rattache à saint Romain de nombreuses anecdotes miraculeuses relevant de la parabole, en particulier autour du thème de la chasteté. La plus extraordinaire est celle du dragon, et elle daterait en fait du XIème siècle: elle raconte qu'au Malpalu, quartier insalubre de Rouen, sur la rive gauche de la Seine, où s'étalaient des marécages, la Seine avait débordé, et le saint la fit rentrer dans son lit. Mais de la vase sortit un énorme serpent, dit gargouille ou dragon, qui « dévorait et détruisait les gens et bêtes du pays », outre qu'il "corrompait l'air de son haleine pestilentielle". Cette vision horrible souligne la détresse des habitants, avant que l'évêque prît ce problème d'assainissement en main. Saint Romain décida de chasser le monstre de ces terres, mais ne trouva pour l'aider qu'un condamné à mort qui n'avait plus rien à perdre. Ils arrivèrent donc tous les deux sur le territoire du dragon, saint Romain traça un signe de croix sur lui et la bête se coucha à ses pieds; puis il donna à son compagnon son étole comme licou, et le condamné à mort ramena le monstre ainsi tenu en laisse dans la ville, où il fut brûlé sur le parvis de la cathédrale, et ses cendres furent jetées dans la Seine. Le condamné à mort héroïque fut gracié, bien sûr. Ceci ressemble à un conte de fées, mais c'est aussi une belle variante sur le thème des Béatitudes, dans l'Évangile, qui promet le paradis aux plus misérables ici-bas. C'est une promesse de réhabilitation pour ceux qui se savent rejetés de la société, par leur origine sociale et / ou leurs fautes personnelles, et c'est aussi un rappel de la logique de Jésus, qui faisait plus confiance aux réprouvés qu'aux élites, les "pharisiens" ou docteurs de la loi, pour comprendre et mettre en œuvre la parole de Dieu. C'est grâce à sa foi que le condamné trouva le courage et l'habileté nécessaires pour venir à bout du dragon. Autre sens symbolique de la légende, qu'on retrouve dans l'histoire de saint Michel et de saint Georges, ou du Minotaure dans la culture grecque: seul l'amour apaise et rend docile le monstre qui est en chacun de nous.

 

Le pèlerinage à la source miraculeuse de WY-DIT-JOLI-VILLAGE

 

 

Il s'agit de l'une des sources de l'Aubette, qui se jette dans l'Epte. Elle se trouve près de l’emplacement où se dressait le château où naquit le saint. Des ruines de cette demeure existaient encore en 1858 puisque que l’on en retrouve mention dans des courriers de l’abbé Bonhomme, curé de Wy, ainsi que sur des cartes anciennes du Vexin. On venait au pèlerinage de Wy de tout le Vexin et des autorités se déplaçaient même depuis Rouen pour représenter l'évêque. On mentionne des migrations depuis le Moyen-Age, de la Beauce, de la Picardie et de la Normandie. La tradition locale attribue ce pèlerinage aux vertus extraordinaires de la source de Wy, que saint Romain lui-même aurait fait sortir de terre. Cette eau serait excellente pour guérir toutes sortes de maladies, en particulier les maladies des yeux. Cette croyance n'a rien de ridicule: le père Hugues, qui a remis à l'honneur la procession annuelle à la source de Saint Romain depuis l'église d'Avernes, nous explique toute l'actualité de cela: quand on prend la peine d'aller lui rendre hommage, saint Romain agit en nous, il nous guérit de notre cécité au saint Esprit. Mais les gens de Rouen insistent sur une autre de ses vertus: l'eau de la "source de saint Romain" guérit de la folie et de la noyade. Sans compter les rhumes les plus tenaces, et elle protégerait même de la grêle!

La confrérie de saint Romain

 

 

A Wy-dit-joli-village, la confrérie de la Charité de saint Romain fut créée le 26 juillet 1790. On peut s'étonner de cette date tardive, la plupart des confréries étant beaucoup plus anciennes, et certaines ayant disparu précisément au moment de la Révolution. Il est probable que celle-ci en remplaça une autre, qui avait disparu. Jacques Sirat a transmis l'acte de création de cette confrérie. Il s'agissait de pallier l'éloignement du village, et l'absence de confrérie de la charité pour s'occuper des services funéraires pour tous les habitants du village et du port du saint Sacrement aux malades. L'une de ses fonctions consistait à animer la procession qui partait après la messe vers la source avec une statue du saint placée sur un brancard porté par deux confrères entourés de dix autres portant des cierges. Elle était plongée dans l'eau par le prêtre, qui ensuite bénissait l'eau de la fontaine. (in Fêtes d'autrefois, loc. cit) Les confrères devaient en outre participer à toutes les processions et garantir ordre et bonne tenue des habitants; ils devaient pourvoir l'église en cierges. On précise qu'ils "ne pouvoient se réunir en société au cabaret tant en que hors de leur paroisse", ce qui nous indique que ces relâchements regrettables étaient observés parfois. Toujours est-il que les habitants de Wy-dit-Joli-Village aiment toujours autant leur saint patron, et tiennent à ce que a belle cérémonie se renouvelle chaque année, avec le même rituel, jusqu'à aujourd'hui. Et le dimanche 21 septembre, nous avons entonné avec eux l'hymne de saint Romain, (créé ou transcrit par le père Lefèvre):

 

 

"Rassemblons-nous, peuple fidèle,

Célébrons notre saint patron

que nos cœurs en ce jour

le prennent pour modèle,

qu'ils chantent ses bienfaits,

exaltent son saint nom."

 Que saint Romain nous protège tous!

 

M. P.

 

 

Bibliographie:

La légende saint Romain selon Jean Hemot

Nicolas Rigault, Vita Santi Romani Lutetiae 1609 (BN 8°Ln27 17807)

Écrits de Girard, doyen de Saint-Médard de Soissons, X° s. et de Fulbert, archidiacre de Rouen au XII° s., repris dans Floquet, Histoire du privilège de saint Romain, Rouen, 1833 (BN 8L i 31199).

A Tougard, Vie de saint Romain (in 4°, 1899)

Annales archéologiques du Nord-Ouest de la France, Centre culturel d'Enghein les Bains, 1986.

 

 

érie de saint RomainLa Roche-Guyon et le Pays d'Arthies, une histoire spirituelle, Paris 2011.

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 Plus grand est l'amour... A méditer... 

Une histoire qui m’a récemment été contée m’a interpellé :

 Un jour, une femme sort de sa maison et voit trois vieillards avec de longues barbes qu’elle ne connaît pas assis devant chez elle. Elle leur dit « je ne pense pas vous connaître, mais vous devez avoir faim. Entrez et je vous donnerai quelque chose à manger ».

 L’un d’eux demanda : « Est-ce que les enfants de la maison sont là ? »

 " Non, ils sont à l’école » répond-elle.

 « Alors nous ne pouvons pas entrer » répliquèrent les vieillards.

 En fin d’après midi, lorsque les enfants reviennent de l’école, leur mère leur raconte sa rencontre avec les trois hommes. Les enfants demandèrent alors à leur mère de les faire entrer dans la maison. La mère sort et les invite à venir.

 Un des vieillards interpelle la mère et lui dit « Nous n’entrons jamais dans une maison ensemble » Il précise que son nom est « Richesse » et quant à ses deux compagnons l’un s’appelle « Succès » et l’autre « Amour ». Il ajoute « Retourne chez toi et discute avec ta famille pour savoir lequel d’entre nous vous voulez voir entrer.

 La femme retourne à sa maison et rapporte à sa famille se qui avait été dit.

 Comme c’est étrange s’exclament les enfants. L’un d’eux propose d’inviter « Richesse ». la mère n’étant pas d’accord

 A une préférence pour « Succès » car son mari en aurait bien besoin dans ses affaires. La plus petite qui suçait encore son pouce, s’exprime à son tour : « veux mamour, veux mamour… »

 Les parents fondent devant tant de câlinerie enfantine et la mère sort inviter « Amour » à entrer.

 Amour se lève et commence à marcher vers la maison. Les deux autres se lèvent aussi et le suivent.

 Etonnée, la femme interpelle « Richesse et Succès » : « J’ai seulement invité « Amour », pourquoi venez vous aussi ?

 Les trois vieillards lui répondent ensemble : « Si vous aviez invité « Richesse » ou « Succès », les deux autres d’entre nous seraient restés dehors, mais, vous avez invité « Amour » et partout où il va, nous allons avec lui, puisque partout où il y a de l’amour, il y a aussi de la richesse et du succès.

 

Cette histoire n’est pas sans rappeler la première lettre de Saint Paul au Corinthiens (12,31 – 13.8a)

 Un amour plus grand que l'amour

Frères,

Parmi les dons de Dieu,*

Vous chercherez à obtenir ce qu'il y a de meilleur.

Eh bien, je vais vous indiquer une voie supérieure à toutes les autres

 

J'aurais beau parler toutes les langues de la terre et du ciel,

Si je n'ai pas la charité, s'il me manque l'amour,

je ne suis qu'un cuivre qui résonne,

une cymbale retentissante .

J'aurais beau être prophète,

avoir toute la science des mystères,

et toute la connaissance de Dieu,

et toute la foi jusqu'à transporter les montagnes,

s'il me manque l'amour,

je ne suis rien.

J'aurais beau distribuer toute ma fortune aux affamés,

j'aurais beau me faire brûler vif,

s'il me manque l'amour,

cela ne me sert à rien.

L'amour prend patience,

l'amour rend service,

l'amour ne jalouse pas,

il ne se vante pas,

ne se gonfle pas d'orgueil,

il ne fait rien de malhonnête,

il ne cherche pas son intérêt,

il ne s'emporte pas,

il n'entretient pas de rancune,

il ne se réjouit pas de ce qui est mal

mais il trouve la joie dans ce qui est vrai,

il supporte tout,

il fait confiance en tout,

il espère tout, il endure tout

L'amour ne passera jamais.

 

Et pour vous qui lisez ces lignes :

 La où il y a de la douleur qu’il y ait la Paix

 La où il y a le doute que la confiance revienne

 La où il y a la fatigue où l’épuisement qu’il y ait la compréhension, la patience et la force

 La où il y a la crainte qu’il y ait l’amour et le courage

 Parce que pour que le bonheur existe, il faut le partager.

 

2000 ans après, c’est toujours d’actualité.

J-P B

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GRAIN DE « SEL » AU SYNDICAT D’INITIATIVE

 Dans L’Echo des Vallées, n° 101, avril - juin 2013

 

 

Il existe à LA ROCHE GUYON, face au château, à l’angle des rues de l’Hôpital et du Docteur Duval, un petit bâtiment du XVIII ème siècle, classé monument historique, abritant le syndicat d’initiative. Les plus curieux ont pu découvrir une plaque fixée sur le mur rappelant que sous l’ancien régime, les populations venaient, s’y acquitter de leurs besoins en sel pour aller ensuite le percevoir dans les chambres à sel situées à proximité de la halle de la mairie. Pourquoi une telle démarche à cette époque pour ce produit qui de nos jours représente un simple achat de consommation courante? Il faut savoir que « le sel », outre son utilisation à des fins culinaires, a des propriétés qui lui permettent de conserver les aliments, notamment la viande et le poisson, par déshydratation en attirant et en retenant l’eau, stoppant ainsi les moisissures en empêchant les bactéries de se développer. Ce qui en faisait, avant l’arrivée du réfrigérateur, un excellent conservateur des aliments et par conséquent une matière stratégique de première nécessité dont les populations ne pouvaient se passer.

 

 

Les qualités étaient déjà connues des romains. Il fut même utilisé en monnaie d’échange comme en témoigne son origine latine « salarium » qui se traduit pas salaire. C’est la raison pour laquelle, face au rôle vital qu’il pouvait jouer, il devint un monopole royal taxé sous l’appellation de « GABELLE », nom qui trouve son origine de l’italien « gabella » emprunté à l’arabe « kabala » qui signifie « impôt ».

 

Cette taxe, inspirée de l’époque romaine, voit sa première apparition temporaire sous le règne de Saint Louis en 1246, reprise pas Philipe Le Bel en 1286, elle devint permanente et se généralisa dans tout le royaume sous Philippe VI de Valois en 1343. Cet impôt, parmi tant d’autres, était perçu par « les officiers de la gabelle » (appelés « gabelou » dans le langage populaire du Vexin) dans les greniers à sel gérés par les fermiers généraux qui s’enrichissaient en faisant payer jusqu’à trente fois un sel de mauvaise qualité souvent impropre et souillé par la terre. Cet impôt indirect, impopulaire, occasionna de nombreuses plaintes de la population (consigné dans les cahiers de doléance, Il fut un des motifs du déclanchement de la révolution française) et engendra de nombreux trafics pour s’y soustraire. Le sel circulait en contrebande par les fraudeurs appelés « faux saulniers » qui vendaient leur sel de meilleure qualité et moins cher. Les hameaux d’Enfer (Wy dit Joli Village) et Haute Souris (Chaussy) sont cités comme lieux de contrebande. Pour remédier à ce trafic des tribunaux spéciaux ont été créés, chargés de juger toutes les contraventions relatives à la gabelle. Les trafiquants pouvaient risquer une condamnation aux galères.

 

La gabelle fut abolie à la révolution française par l’assemblée nationale constituante en 1790, mais Napoléon 1er la réinstitua en 1806. Supprimée à nouveau sous la seconde république, la loi ne fut abrogée définitivement qu’en 1945.

 

Cet impôt qui s’est maintenu plusieurs siècles aurait du tomber en désuétude avec l’arrivée du réfrigérateur. Mais, la révolution française, mis à part la période Napoléonienne, a précipité sa suppression.

 

Force est aussi de constater que nos dirigeants contemporains n’ont rien inventé par rapport aux précédents régimes qui se sont succédés car face aux besoins de l’état pour assurer son fonctionnement, la taxation des matières premières est toujours à l’ordre du jour. Celle frappant les carburants en est un bel exemple parmi tant d’autres.

 

Le sel aujourd’hui, banal produit de consommation, outre son usage permettant de relever le goût des aliments, est toujours utilisé pour la salaison en charcuterie. Bien que les diététiciens et professionnels de la santé se plaignent de l’excès de sel dans nos aliments, celui-ci, à petite dose (2g/ jour) est indispensable à notre organisme. Il permet de maintenir une pression artérielle correcte. Une consommation trop basse pourrait même entraîner un risque de maladies cardio-vasculaires.

 

J-P B

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Auriez vous 1 euro s’il vous plait ?

In L’Echo des Vallées, n° 94, juillet-septembre 2011

 

 Le Christ nous a enseigné la charité qui nous invite à faire preuve de générosité envers les plus pauvres.

  Nous avons tous été un jour interpellés dans la rue par quelqu’un qui nous a demandé l’aumône : « auriez vous un euro s’il vous plait ». En qualité de chrétiens, cette demande ne peut pas nous laisser indifférents mais, avouons-le, nos réactions sont parfois en contradiction avec nos valeurs et nous conduisent à être réticents pour donner car, d’une part, nous sommes souvent sollicités et d’autre part nous craignons qu’il ne s’agisse de quelqu’un qui profite de la générosité publique. Ce qui, d’une bonne action, la rendrait négative en entretenant un certain vice.

Un SDF m’a un jour demandé un euro. Cet homme, d’une cinquantaine d’années, sale, barbu et vêtu de loques avait sa seule richesse à l’intérieur des deux sacs en plastique qu’il tenait dans chacune de ses mains. L’odeur qui s’exhalait de son corps laissait deviner qu’il ne s’était pas récemment approché d’une savonnette. J’ai été interpellé par l’expression de ses yeux dont le regard clair exprimait une certaine douceur. Son âge me laissait imaginer qu’il avait du avoir auparavant une autre vie. J’ai voulu être curieux ce matin là et j’ai engagé une conversation avec lui en essayant d’orienter mes propos pour l’amener à me raconter le cheminement qui l’avait conduit à cette condition. Ce ne fut pas une chose simple car ses paroles ne suivaient pas une ligne chronologique mais en synthétisant dans l’ordre tous ses dires, je peux résumer ainsi sa vie :

 Il avait 58 ans et était né dans une famille d’ouvriers dont le père était alcoolique. Tous les soirs, il était témoin des disputes et violences entre ses parents. Du fait de cette situation familiale, il s’est senti marginalisé par rapport aux autres enfants de son âge et il apparaît qu’il se soit renfermé sur lui-même. Gardant seul son malheur, ne se liant pas facilement car n’ayant aucun copain à qui il aurait pu se confier et qu’il n’aurait pas pu amener chez lui de peur de supporter la honte d’un père saoul. Sa scolarité fut médiocre car non soutenue et non suivie, ce qui l’a conduit très tôt à travailler. Son service militaire effectué, il a repris à l’issu le chemin de l’usine. Son père est décédé, il s’est retrouvé seul avec sa mère. Cette dernière pour compenser sa vie de couple ratée a, en quelque sorte, transposé cet échec sur ce fils en se « l’accaparant ». L’attitude autoritaire de cette mère qui, inconsciemment lui a entravé toute initiative personnelle, l’a conforté dans son manque de volonté et l’a empêché de s’armer pour faire face aux difficultés de la vie. Bon an mal an, il est resté avec elle et chacun s’est accommodé de cette routine. Sa mère avait une compagnie et lui n’était pas seul et se complaisait dans cette situation puisque il était blanchi, nourri… Il lui remettait une partie de sa paye et elle dirigeait tout. Lui se laissait vivre à ses côtés en autarcie, sans idéal, sans but, sans raison particulière de vivre, sans chercher non plus à vouloir fonder un foyer dont la femme n’aurait certainement pas été acceptée par sa mère.

 Cette dernière est décédée alors qu’il avait passé ses cinquante ans. Ayant toujours eu l’habitude de s’appuyer sur elle, il s’est retrouvé perdu et n’a pas été capable d’assumer les contraintes de la vie. Se retrouvant seul, désarmé, sa consolation fut l’alcool. Son intempérance s’aggravant, il a perdu son emploi et ne pouvant plus payer son loyer, il est maintenant depuis plusieurs années à errer dans les rues, se laissant aller, n’ayant plus envie de vivre et attendant son heure.

Devant le récit de cet homme, il apparaissait qu’il était maintenant peut être trop tard pour qu’il retrouve une vie normale. Je me suis senti désarmé et j’ai pensé que, même en lui offrant mon obole rien n’y changerait et l’argent que j’allais lui remettre ne pourra que l’aider à entretenir sa dépendance alcoolique.

 Face à ce cas de conscience, j’ai pensé au tableau de la charité dressé par Saint Paul: « Sans la charité, je ne suis rien. La charité prend patience, elle rend service, elle ne jalouse pas, elle ne plastronne pas, elle ne s’enfle pas d’orgueil, elle ne fait rien de laid, elle ne cherche pas son intérêt, elle ne s’irrite pas, elle n’entretient pas de rancune, elle ne se réjouit pas de l’injustice, mais elle trouve sa joie dans la vérité. Elle excuse tout, elle croit tout, elle espère tout, elle endure tout. (…) des trois vertus théologale La foi, l’espérance et la charité, la charité est la plus grande ».

Sachant que la durée de vie des SDF dans la rue est très limitée, c’est dans l’esprit de St PAUL que j’ai remis mon aumône à ce mendiant. Elle n’a pas amélioré sa situation mais lui a sans doute procuré un petit moment provisoire de bonheur. Ce fut sans regret, car j’ai voulu le revoir plus tard dans le quartier où je l’avais rencontré. J’ai appris par un de ses compagnons d’infortunes qu’il était décédé quelque mois après notre rencontre. Il est parti sans avoir eu la chance de trouver dans sa vie son compte d’amour qui lui aurait peut être changé son destin.

 Nous sommes, nous aussi parfois aveugles. Si nous ouvrons les yeux autours de nous, peut être que nous découvririons dans notre entourage des personnes qui n’ont pas été épaulées dans leur apprentissage de la vie, qui souffrent de la solitude, du manque d’amour et dont l’existence vacille vers une déchéance morale ou physique. Ils n’ont pas eu cette chance de rencontrer le Christ.

 

JP B

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Croix pattée à Vétheuil

 

LES CROIX DANS LE VEXIN

 In L’Echo des Vallées, n° 97 avril-juin 2012

 

Au cours de nos promenades à travers notre région Vexinoise, nous remarquons que de nombreuses croix se dressent encore dans nos villages où jalonnent nos campagnes. Nous les appelons communément « calvaires » dans notre langage courant. En fait, ce terne semble inadapté puisque le « calvaire » en latin « calvarium » correspond à « Golgotha » dans la langue du Christ en araméen qui veut dire « crâne » le lieu où le Christ a été crucifié. Bon nombre de ces croix sur lesquelles d’autres personnages sont représentés détournent la réalité de la crucifixion et dénature cet évènement important de la vie du Christ.

Il faut remonter à l’époque romaine où l’usage d’édifier des monuments en bordure des chemins et aux carrefours des villes et villages en l’honneur des Dieux était un rappel pour les populations afin de les attirer aux bonnes grâces des Dieux et pour conjurer le mauvais sort. C’est à partir du IVéme siècle que la croix s’est imposée comme symbole du christianisme. Elle a remplacé les monuments païens dressés par les romains.

 Nos ancêtres, devenus chrétiens, ont commencé à ériger ces croix en l’honneur de Jésus-Christ.

 Elles sont le reflet d’une société où ce signe était omniprésent tout au long des occupations journalières et le souvenir d’un temps passé car elles n’ont pas été édifiées à ces endroits là par hasard.

Ainsi, certaines croix, avec le soutien de donateurs aisés ont permis à bons nombres de paroisses de se lancer dans leur édification. Ce qui représentait des signes de richesse à la gloire de Dieu. Fabriquées en métal, en pierre où en bois. Implantées sur les places du village, près des églises conservant ainsi la mémoire des anciens cimetières déplacés, le long des chemins ou aux carrefour, en plein champs...

Il est difficile de retracer l’histoire précise de chacune d’elles. On peut penser que beaucoup d’entre elles étaient des monuments commémoratifs. Elles sont situées à un endroit où s’était produit un évènement exceptionnel dont l’issue fut funeste ou heureuse, un décès accidentel (foudre, chute de cheval…) ou même un assassinat, pour rappeler des souvenirs de missions, de jubilés, demander des indulgences, témoigner de la foi chrétienne ou en reconnaissance pour un vœux accompli. Les grandes épidémies comme la peste ont donné lieu à l’érection de nombreuses croix pour remercier Dieu d’avoir épargné un village, une famille….

D’autres servaient essentiellement à délimiter les fiefs, les champs, les domaines, les biens ecclésiastiques ou communaux, les juridictions et même les paroisses. Ce fut la vocation de « la croix pattée » très représentative du Vexin. Son appellation viendrait du fait que ses bras font penser à des pattes. Mises en place entre les 11éme et 13éme siècle, Elles peuvent être situées en plein champ ou au cœur des villages. Elles sont de style roman et représente une croix monolithique taillée dans un seul bloc calcaire constituée généralement de trois courtes branches d’égale longueur aux extrémités élargies. Il en existe plusieurs variantes. Elles portent parfois le nom d’un bienfaiteur, d’un lieu où d’une activité qui s’exerçait à proximité.

Elle est un élément de l’emblème figuratif du Parc du Vexin.

La quasi-totalité des communes de notre secteur pastoral ont presque toute une ou plusieurs croix implantées sur leur territoire. Il serait exhaustif de tous les représenter. On distingue néanmoins certains genres pour lesquels il serait dommage de ne pas en réserver un aperçu :

 

DIVORCES – REMARIES

Quelle place dans l’église ?

 

Au cours des messes dominicales auxquelles je participe au sein de ma paroisse, j’ai remarqué, qu’un homme, présent tous les dimanches, ne communiait jamais. Avec le temps, j’ai fini par sympathiser avec cette personne. Comme son attitude vis-à-vis de la communion m’interpellait, j’ai pris un jour le risque d’entrer dans son intimité en «osant » lui en demander les raisons. Sa réponse fut hésitante et, presque honteux, il m’a avoué qu’il était divorcé. Face à cette rupture vis-à-vis du sacrement du mariage, il ne se sentait plus pleinement chrétien. Depuis son divorce, remontant à plusieurs années, il se questionnait sur sa place au sein de l’église ainsi que sur le sens de son baptême et de son engagement religieux dans lequel le mariage est un sacrement dont Jésus prêchait l’indissolubilité en ces termes : « Ce que Dieu à uni, l’homme ne doit pas le séparer ». Repris également par Saint Paul « L’union des époux chrétiens est le signe visible d’une réalité spirituelle. L’union du Christ et de l’église ».

 

Le sentant souffrir au fond de lui-même, j’ai tenté de le rassurer par un long dialogue pour remettre en place certaines idées erronées et colportées sur ce grave sujet en se référant à notre société actuelle qui voit un mariage sur trois s’éteindre par un divorce et, où diverses opportunités, privées ou familiales, dans notre vie de tous les jours nous amènent à être au contact de personnes divorcées où de couples recomposés.

 

Dieu étant « amour », il ne peut rejeter ses fidèles car les premiers à souffrir sont les divorcés eux-mêmes face à une difficulté dans laquelle l’homme et la femme sont confrontés. La séparation d’un couple est toujours un échec entraînant une souffrance qui mérite attention respect et soutien. Certes, l’église est contre le divorce, mais elle ne s’y oppose pas, car la séparation est un moindre mal par rapport à des menaces où des souffrances démesurées si la vie commune persistait.

 

Elle considère qu’un couple marié religieusement peut parfois se séparer et même divorcer. Vivre séparé après une vie de couple marié chrétiennement n’est pas un motif d’exclusion des sacrements. Un divorcé qui n’est pas remarié et qui ne vit pas en concubinage peut donc communier et recevoir les autres sacrements. Par contre l’engagement que chacun avait pris vis-à-vis de l’autre dans son mariage religieux subsiste même dans cette situation de séparation. Ce qui justifie que l’église ne remariera pas l’un ou l’autre des membres du couple vivant séparé. Ce n’est pas une punition, car le lien sacré d’un premier mariage ne peut être dissous pour en prononcer un second.

 

Les divorcés ne sont pas des « excommuniés ». Leur situation n’est donc pas un rejet par l’église, mais une participation incomplète à la vie de l’église. Ils sont toujours membres de la communauté chrétienne. Ils ne sont pas exclut de la vie de l’église comme on le croit parfois. En vertu de leur baptême et de leur confirmation, ils sont invités à participer aux célébrations liturgiques et apporter un concours actif à leur communauté. Ils peuvent avoir un certain rôle dans les célébrations (lecture, chants…) et avoir des obsèques religieuses.

 

Il arrive que des catholiques, très croyants, épousent un divorcé où se marient en étant eux-mêmes divorcés et souhaitent qu’un prêtre procède à une simple bénédiction de leur nouvelle union. Ce voeux ne peut se réaliser puisque cela reviendrait à célébrer un nouveau mariage dont le précédent n’aura pas été annulé.

 

Cependant, à titre personnel et privé, on peut prier Dieu pour qu’il protège le couple et demander à la famille et à des amis qu’ils s’unissent à cette prière en participant par exemple ensemble à une messe du dimanche. Il s’agit la d’une démarche privée et non d’une cérémonie officielle mais empreinte d’une grande valeur spirituelle.

 

La traversée de ce douloureux passage qu’est le divorce conduit à de forts questionnements pour ceux qui le subissent et nécessite conseils et dialogues. Face à ce doute, il est donc utile d’en parler avec un prêtre.

 

Dans beaucoup de diocèses, il existe des groupes ou sont organisées des cessions de réflexion sur la place des divorcés remariés dans l’église.

 

Dans le cadre de la Pastorale familiale un groupe de parole fonctionne au sein de l’évêché du Val d’Oise à CERGY-PONTOISE. Contacts : Eliane : 01 30 32 59 52 - Christiane : 01 30 30 40 85.

Une coordination Régionale d’Ile de France Catholique est implantée 27 avenue de Choisy 75013 PARIS.

 Tel : 01 56 61 01 22. Elle émet un bulletin de liaison des divorcés remariés s’intitulant « chrétiens divorcés Chemin d’espérance » qui traite de toutes les questions autour du divorce et de ses incidences. Une permanence téléphonique est disponible pour écouter les personnes désirant parler ou s’informer : 06 84 20 77 80

 

J-P B

 

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AU TEMPS OU LES FUNERAILLES ETAIENT ORGANISEES PAR LES CONFRERIES

In L’Echo des Vallées n°92, janvier-mars 2011

 (image: bannière de saint Roch, église Saint Samson de La Roche Guyon)

 

A l’époque où les pompes funèbres n’existaient pas encore en tant que service public, l’exécution des funérailles était à la charge d’associations que l’on désignaient sous le nom des « CONFRERIE DE LA CHARITE DES MORTS ».

D’une origine très ancienne (antérieures au moyen âge), leur vocation principale était d’organiser les funérailles et accessoirement de participer aux offices, fêtes et processions.

Placées sous la protection d’un Saint Patron, les confréries étaient composées uniquement de laïques recrutés parmi les paroissiens. Le nombre de leurs membres était très variable. Bien que l’organisation de chaque confrérie était particulière, leur fonctionnement était régi par des règles qui préfiguraient nos associations loi 1901 actuelles. Leurs statuts devaient être approuvés par une bulle du pape. Elles étaient administrées par un Prévôt et un Echevin élu par ses pairs pour un an au cours d’une réunion publique annuelle pendant laquelle le Prévôt et l’Echevin rendaient leurs comptes en présence du curé. Un procès-verbal était rédigé à la fin de la réunion. Parmi les membres était également désigné le « cliqueteur ou tintinellier » dont la fonction était de précéder les cortèges en agitant ses sonnettes.

Lors des cérémonies, les membres portaient un costume particulier composé généralement d’un bonnet carré, d’une soutanelle où robe noire fendue sur les côtés, un large col blanc couvrant les épaules, une écharpe de couleur en sautoir brodée en or ou en argent avec l’image du Saint patron de la confrérie.

Elles exerçaient dans les paroisses importantes et rayonnaient également sur les communes voisines.

L’église qui assiste les mourants à leurs derniers moments veille à ce que les défunts bénéficient d’une sépulture décente. Le curé de la paroisse qui célébrait la cérémonie de l’inhumation après en avoir réglé les détails et ceux du convoi funèbre, en confiait l’exécution à la confrérie qui en détenait en quelque sorte le monopole.

Aucune participation financière n’était fixée. La confrérie se contentait de ce que la famille versait à l’échevin à l’issue de l’inhumation. Elle vivait de la cotisation de ses adhérents, de dons, legs, subventions diverses et des quêtes aux offices.Dans notre secteur Pastoral, la présence de Confréries de la Charité des Morts, aujourd’hui disparues, apparaît dans certaines communes où, outre le cérémonial habituel des funérailles, certaines s’adonnaient à des rites particuliers. Elles existaient notamment à

 

CHAUSSY : Placée sous la protection de Saint Michel. Le jour de l’enterrement, le prévôt, muni de deux grosses sonnettes, parcourait les rues du village, s’arrêtait à places fixes, récitait une prière des morts et annonçait l’office. A l’heure fixée, le groupe des frères, croix et bannière en tête précédant le clergé allait chercher le corps et l’apportait à l’église. A l’issue de la cérémonie la dépouille mortelle était conduite au cimetière dans le même cérémonial

 Le 1ier novembre à minuit le prévôt parcourait encore les rues du village, sonnait ses clochettes et s’arrêtait de temps en temps en criant aux habitants de prier pour les morts. A l’issue, il se rendait au cimetière et récitait une prière pour les défunts.

 

LA ROCHE GUYON : Placée sous la protection de Saint Roch. Mis à part les enterrements, aucun rite particulier n’y apparaît.

 

VETHEUIL : Consacrée au Saint Sacrement. La veille des fêtes, notamment à Pâques et à la Toussaint le cliqueteur s’arrêtait aux carrefours pour chanter un chant religieux se rapportant à la fête concernée. Le jour des morts et aux rameaux, les frères de charité se rendaient au cimetière et fleurissaient les tombes.

 

WY DIT JOLI VILLAGE : Placé sous la protection de Saint ROMAIN . Lors de la fête Dieu, la confrérie marchait en tête de la procession.

 

*De nos jours il reste très peu de confrérie de la charité des morts. D’autres réapparaissent comme à BOURG-ACHARD (27) en 2001 où une ancienne confrérie a vu à nouveau le jour. Outre les funérailles, Elle participe aux célébrations, accompagne les familles en deuil et soutien les familles en difficulté.

 Il existe actuellement d’autres confréries. Le religieux est devenu secondaire car ses membres partagent plus une passion en commun notamment dans les domaines de la gastronomie et du vin.

 

JPB

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 Des métiers et des gens

Le facteur

 

Il est un personnage, qui par son passage journalier, souvent attendu avec impatience, nous apporte réconfort, joie et parfois peine, c’est le Facteur.

 Tiré du latin « factor » qui signifie « celui qui fait ». On retrouve ce mot dans notre vocabulaire (facteur d’orgues, facteur de crise…..). Ce fonctionnaire n’a pas fait son apparition dans nos villages du jour au lendemain car la poste ne s’est pas créée en un jour et un long chemin a été parcouru pour en arriver là.

 Les Egyptiens sont les premiers à avoir organisé un service postal régulier. Le Pharaon faisait transmettre ses papyrus par ses messagers par route ou voie fluviale. Quant au peuple, il devait se contenter d’une distribution plus lente à dos d’ânes ou de chameaux.

 Au moyen âge, le roi à ses propres messagers municipaux chargés de distribuer le courrier des magistrats et des hauts dignitaires. Les particuliers peuvent faire appel à eux, mais les tarifs, calculés en fonction de la distance et du temps de parcours, restent onéreux. Les monastères, les universités et les marchands ont également leurs porteurs.

Tous ces messagers se déplacent à cheval et effectuent jusqu’à 35 kilomètres par jour. Ils sont armés et accompagnés d’un chien de garde car les bandits rodent sur les routes médiévales.

 C’est Louis XI (1461-1483) qui fit installer les premiers relais de poste afin que les chevaucheurs courant la poste du roi puissent changer de monture et continuer leur route. Les relais de poste étaient distant de 7 lieues (28 Km) d’où les fameuses bottes de sept lieues qui inspirèrent Charles Perrault. Ce système s’affina au fil des ans, mais il resta longtemps un service exclusif du roi.

 Au XVIIéme siècle, seuls les londoniens peuvent se targuer d’avoir une distribution de courrier à domicile. Paris a bien tenté en 1653 d’instaurer ce service, mais en vain. Pour obtenir son courrier où en envoyer, il fallait se rendre au bureau postal. Un service de distribution de courrier va progressivement se mettre en place au cours du XVIIIéme siècle, tandis que dans les campagnes il faudra attendre 1829 pour que le facteur frappe à la porte d’abord tous les deux jours puis quotidiennement.

 Pour devenir facteur il fallait faire preuve d’une bonne moralité ainsi que savoir lire et écrire. C’est la raison pour laquelle ils ont d’abord été recrutés parmi les anciens soldats de l’empire car ils étaient disciplinés et capables d’exécuter de longs et pénibles trajets à pieds par tous les temps. Ils parcouraient entre 27 et 40 Km par jour sept jours sur sept. Ils étaient payés au kilomètre et en fonction de la difficulté du parcours (4 centimes en 1830). Une prime d’usure des chaussures leur a par la suite été attribuée.

 Ils utilisaient parfois tous les moyens de locomotion possible avec pour seul objectif que le courrier arrive par tous les temps (voiture à chien en Sologne, facteur landais avec des échasses).

 Ce corps de métier devenant très prestigieux, il devint très recherché et représentait une réussite sociale notamment pour les recrutés d’origines rurales ou ouvrières.

 En 1835, l’administration préconise le port de l’uniforme. Les premiers effets sont d’abord composés d’une blouse bleue avec un col écarlate et d’un chapeau en feutre vernis. La tenue évoluera avec les époques et en fonction des modes vestimentaires. C’est à partir de 1926 que la blouse est remplacée par un veston à deux rangées de boutons métalliques dont les revers font ressortir la cravate. Vient ensuite l’uniforme bleu foncé composé d’un pantalon portant une rayure rouge sur le côté, d’une veste genre vareuse où sur le coin du col apparaissait en rouge la lettre « P » pour la Poste. La tête coiffée d’un képi bleu foncé venait le compléter. Dans un temps pas si lointain, les anciens se souviennent que l’été ils portaient un habit spécifique beige qui n’était pas sans rappeler l’uniforme d’été des militaires. En 1962 est apparue une tenue bleue plus claire et le képi a été remplacé par une casquette avec le nouveau logo, pouvant s’apparenter à une forme d’oiseau, toujours en vigueur aujourd’hui. Cet habillement a été abandonné en 2005 pour être remplacé par celui plus moderne que nous connaissons aujourd’hui.

 Avant le départ pour sa tournée, le facteur, appelé préposé en 1957, débute sa journée très tôt le matin par le tri général puis le tri de la tournée. Comme il est dit précédemment d’abord à pieds puis à partir des années 1900 avec sa bicyclette personnelle dont il percevait une prime d’entretien. Vint ensuite le cyclomoteur et maintenant l’automobile, ce qui a considérablement soulagé ses tournées.

Pendant leurs tournées, en remettant les lettres, il lui arrivait de se faire offrir un petit verre, voire une collation. Les

 usagers étaient reconnaissants pour le service rendu et remettaient un pourboire. Parfois, il ramenait quelques courses pour ceux qui ne pouvaient se déplacer. Les clients se confiaient à lui, racontaient leur vie, certains cherchaient une sorte de réconfort. Il ’agissait la d’un travail de sociabilité auprès des usagers qui a contribué à faire de la poste une administration humanisée. Il connaissait tout le monde et était au courant de toutes les histoires des familles mais savait en garder les secrets.

 Cette sociabilité était récompensée lors de son passage en proposant, à partir de 1849, le calendrier au moment des étrennes.

La poste d’aujourd’hui est toujours perçue comme un service public indispensable et le facteur en est la courroie incontournable pour en maintenir sa proximité et entretenir le lien social qui le lie aux usagers. Mais cette conception est maintenant mise à mal depuis les réformes engagées à partir de 1992 visant d’une part à se conformer aux directives européennes et d’autres part à s’adapter pour faire face aux nouvelles formes modernes de communications car la correspondance familiale maintenant limitée est devancée par la correspondance commerciale. La Poste est devenue une société anonyme et est maintenant ouverte à la concurrence. Ce qui a motivé une réorganisation dans les méthodes de management orientées par la rentabilité.

 Ce changement a entraîné une transformation des conditions de travail et réduit les rapports qui le liaient aux personnes. Pourtant, les facteurs rencontrés pour l’élaboration de cet article sont en majorité toujours motivés et attachés à leur métier. Ils regrettent de ne plus pouvoir consacrer plus de temps auprès des clients sur parfois des secteurs où ils sont envoyés en remplacement dont ils ne sont pas les titulaires.

 De plus, les statuts et l’état d’esprit ont évolué. Les employés perdent au fur et à mesure des embauches leur qualité de fonctionnaire (les anciens ont été maintenus dans ce statut) ce qui a entraîné une déstabilisation de leur identité professionnelle. Par ailleurs la venue de nouvelles recrues, dont certaines, surdiplômées où en situation de déclassement marque l’entrée de la poste dans une génération de nouveaux facteurs qui entretiennent un tout autre rapport à leur travail et au contact de la population, comme malheureusement beaucoup d’administrations maintenant.

 

J-P B

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AU TEMPS OU LE LINGE ETAIT LAVE EN FAMILLE

In L’Echo des Vallées, n° 98, juillet-septembre 2012

 

 Il subsiste toujours dans nos charmants villages du Vexin des bâtisses que l’on pourrait considérer au jourd’hui comme de petits monuments, tant elles étaient autrefois un centre vivant, faisant partie intégrante de la vie quotidienne où se retrouvaient, à l’instar des hommes au café, les femmes qui s’échangeaient les cancans du coin et y refaisaient le monde.

Les lavoirs, car c’est d’eux qu’il s’agit, sont maintenant tombés en désuétude. Les anciens s’en souviennent car dans un temps pas si lointain, jusque dans les années 50, avant que l’eau courante ne soit installée définitivement dans toutes les habitations, on pouvait voir passer, souvent de bon matin, des femmes poussant une brouette lourdement chargée de linge, se dirigeant vers le lavoir. Celui-ci bien souvent était situé à l’écart du village, dans un coin calme, noyé dans la verdure où coulait le ru ou la rivière.

 

Avant que ne s’érigent les lavoirs, les femmes ne disposaient au bord des cours d’eau et des mares que de berges plus où moins aménagées ou de la fontaine communale, ce qui était une cause de pollution et donnait lieu à de violente querelles. Tous ces endroits étaient rudimentaires, exposés aux intempéries vents, pluies…, sans confort pour effectuer cette tâche.

 

La lessive au cours des siècles a toujours fait partie des grandes préoccupations domestiques et constituait un des évènements le plus important de la vie rurale. Pour preuve, les peintures des XVIIIème et XIXème siècle représentent souvent la femme attachée à cette besogne, sans oublier certaines cartes postales ou bien dans nos lectures, Emile Zola qui aborde si bien ce sujet en le décrivant dans « l’Assommoir ».

Les pouvoirs publics en ont pris conscience en commençant à mener à partir des années 1820-1830 une véritable politique de construction de lavoirs. Les Sous-préfets et Maires s’ingénièrent à les multiplier dans les villes, les gros bourgs et plus tard les villages. La fin du XIXème siècle vit aussi apparaître les bateaux lavoirs dont quelques uns possédaient une machine à vapeur pour chauffer l’eau. Une exception pour le lavoir de  MAGNY EN VEXIN bâti en 1771 sur l’initiative du curé de l’époque, l’abbé DUBUISSON, qui avait lancé une souscription.

Les lavoirs se composent en général d’un bassin maçonné en deux parties, muni de vannes placées sur les deux côtés opposés. L’une destinée à l’entrée de l’eau, l’autre à la sortie. Ce bassin est entouré d’une aire pavée. Ses rebords sont formés par des dalles dures inclinées légèrement vers l’eau afin que l’on puisse frotter et battre le linge. (Dans le Vexin ces dalles en pierre proviennent des carrières de CHERENCE). Un toit protège du soleil et de la pluie. Il est recouvert le plus souvent de tuiles mécaniques, nouveaux matériaux fort employés pour l’époque car plus légers que la tuile plate. Les plus confortables sont fermés sur un ou plusieurs côtés pour former un coupe- vent. Dans certaines constructions, le plancher est mobile et suit la variation de la hauteur de l’eau. Il est suspendu par des chaînes qui s’enroulent sur un cylindre que l’on fait tourner à l’aide d’un levier engagé dans les trous qui y sont percés. Le plancher retenu par un encliquetage est soutenu à la hauteur désirée. Les lavoirs construits près d’une source permettaient des variations architecturales remarquables par leur forme particulière, plus intéressantes que les lavoirs construits au bord des cours d’eau.

Malgré l’apparition de ces constructions qui ont amené un certain confort, la lessive demeurait toujours une charge laborieuse. Comparée à notre époque où cette tâche, devenue banale dans notre vie courante, se réalise maintenant en un « clic », cette « corvée » s’étalait sur plusieurs jours, voire une semaine, et nécessitait une longue préparation. Le passage au lavoir n’en était que la phase finale.

 

Cette « grande lessive » ainsi appelée, dite aussi la « buée » ou la « buie », n’impliquait que le gros linge. Principalement les draps, les torchons, les chemises de travail…Elle avait lieu deux à trois fois pas an au printemps et à l’automne. Ce qui nécessitait de posséder une grande quantité de linge.

Pour se prémunir contre les effets négatifs de la « buée » les laveuses se plaçaient sous la protection de Sainte Claire, choisie probablement en raison de son nom.

En ce qui concerne le linge usuel, le linge de corps… chaque semaine, la femme se livrait à un savonnage au baquet dans l’eau douce, l’eau d’égout ou celle provenant des pluies tombées récemment.

Pour les ménages modestes, trop pauvres pour avoir des armoires pleines, la femme était obligée de laver plus souvent les effets qui étaient portés journellement en procédant à un savonnage rapide.

 

La grande lessive débutait plusieurs jours avant le passage au lavoir. D’abord la récolte du bois pour alimenter la chaudière. Rassembler ensuite les cendres, conservées des flambées des mois précédents, car elles jouaient un rôle essentiel dans le nettoyage du linge grâce au carbonate de potasse qu’elles contiennent et qui constitue un excellent agent nettoyant. Il fallait aussi descendre le linge qui était généralement entreposé au grenier. On procédait en premier à « l’essangeage », c'est-à-dire qu’on laissait tremper le linge pendant une journée où deux pour le décrasser et éliminer les grosses souillures. Ensuite on « asseyait » le linge en le déposant soigneusement par couches successives dans un grand cuveau en sapin posé sur un trépied après avoir déposé dans le fond des sarments de vigne, du thym ou des racines d’iris, un brin de fenouil pour parfumer et de la saponaire (1). On étendait sur le dessus une grande toile « le charrier » faisant office de tamis que l’on recouvrait de cendres

« la charrée  ». A l’issue de cette dernière préparation sonnait l’heure du repas du soir.

 

C’est généralement le lendemain, à la première heure que venait ensuite « le coulage » consistant à verser de l’eau bouillante sur les cendres à l’aide du « pot à lessive ». Elle traversait le linge, l’eau imbibait les couches de cendres qui dissolvaient les sels solubles, notamment le carbonate de potasse, et s’écoulait au goute à goute par la « pisserote », trou au fond du cuveau obstrué en partie par un bouchon de paille de seigle par lequel cette eau était ensuite récupérée et chauffée à nouveau. L’opération était renouvelée autant de fois que cela était nécessaire, pendant dix à douze heures, généralement jusqu’à la fin de la journée.

Le jour suivant, arrivait enfin « le grand évènement du passage au lavoir ». Pour certaines familles cette dernière opération était considérée un peu comme une fête par l’entraide qu’elle suscitait entre voisins, faisant sortir un peu les femmes de leur isolement. Pour d’autres familles plus aisées, elles s’offraient le luxe d’une laveuse à la journée qu’était la lavandière, habitant généralement le village. Les lavandières étaient des professionnelles décrites comme des femmes au teint coloré, aux bras robustes, au verbe haut, au langage cru et qui ne mâchaient jamais leurs mots. A travers ces qualificatifs, on a du mal à imaginer notre sympathique « mère Denis » dernière lavandière authentique de 1944 à 1963 qui vanta pendant les années 1970 lors des spots publicitaires télévisés les qualités d’une marque de machines à laver, en disant : « C’est bin vrai ça !».

Tout ce petit monde partait en groupe par famille où par affinité. Outre le linge porté sur la brouette ou l’âne on emportait le panier pour le repas du midi sans oublier la « goutte » car certaines étaient réputées pour avoir « le gosier en pente ». Elles apportaient leurs instruments : L’auget, caissette en bois sur laquelle s’agenouillait la lavandière. Le battoir qui servait au rinçage, grosse pelle en bois à manche court avec laquelle la ménagère frappait énergiquement le linge afin d’en extraire les dernières traces de savon sans oublier la brosse pour affronter les dernières taches récalcitrantes. Cette journée était interrompue par la pause déjeuner et s’achevait lorsque la dernière pièce était battue.

Les lavandières s’installaient à genoux sur une pierre plate ou sur le bord incliné du lavoir  à leur place selon une certaine hiérarchie tacitement établie. La doyenne s’agenouillait dans sa caisse du côté de l’amont du ru de façon à profiter de l’eau claire et la petite dernière à l’autre extrémité de l’abri. Elles jetaient le linge dans l'eau, le frottaient avec de la cendre, le rinçaient et le tordaient en le pliant plusieurs fois. Elles le battaient ensuite afin de l'essorer le plus possible. Pendant la « symphonie des battoirs », le caquetage allait bon train, généralement orchestré par la plus ancienne. Elles lisaient à travers le linge toute la vie intime du village. On apprenait toutes les dernières nouvelles, potins et ragot concernant le bourg et ses habitants. Elles se répétaient l’une à l’autre des commérages usés se rapportant le plus souvent à des infortunes conjugales. A BUHY, il se disait que la plus ardente à pratiquer ces cancans était la grande Augustine, dite « Titine ». Les autres l’écoutaient en se poussant du coude car c’était sans doute la femme la plus trompée du village. Elles avaient un langage très libre, une verve très caustique, des paroles parfois même ordurières. Il arrivait que leurs disputes entraînent des chamailleries dégénérant en véritables rixes allant de la simple aspersion aux coups de battoirs.

Comme on peut le constater, ce lieu était un endroit de complicité féminine. L’homme en était exclu de même que les garçons à partir de l’adolescence. Il était l’équivalent du café pour les hommes mais dans la mesure où les femmes n’avaient le droit de se réunir que s’il y avait du travail. L’homme qui essayait d’enfreindre cet usage se voyait poursuivi de quolibets, d’injures et quelquefois même assistait à un exhibitionnisme assez cocasse. C’est aussi là que l’on faisait l’éducation des jeunes filles, bref ! qu’on y apprenait la vie.

Comme on est bien loin aujourd’hui de ces grandes lessives. Que de chemin parcouru en quelques décennies transformant progressivement cette corvée en une simple tâche ménagère; l’arrivée de l’eau courante dans toutes les habitations, la lessive en poudre qui s’est substituée à la cendre et au savon de Marseille, l’invention de la lessiveuse avec la remontée de l’eau au dessus du linge et le lavage dans le baquet (utilisé parfois également pour la toilette des jeunes enfants), la lavandière devenue une blanchisseuse, profession qui a maintenant disparu avec la généralisation de la machine à laver. Ce fut une véritable révolution qui permet à la femme d’aujourd’hui de savourer un certain confort que n’ont pas connu ses aïeules.

Pourtant, il est resté quelques rares irréductibles qui ont continué à rincer leur linge au lavoir parce que l’eau y est  paraît-il meilleure qu’au robinet mais peut être aussi par souci d’économie. En 1983, à WY DIT JOLI VILLAGE, la dernière lavandière exerçait encore au hameau d’Enfer agenouillée dans son auget, lavant son linge sur un vieux drap.

Les élus et associations ont maintenant pris conscience de la valeur de cette richesse patrimoniale, partie intégrante de l’histoire de nos villages. De gros effort ont été entrepris pour la rénovation et l’entretien de ces bâtiments. Beaucoup ont repris leur éclat d’antan. Cependant, il reste quelques efforts à faire car certains sont à l’état d’abandon en train de sombrer dans l’oubli. 

Jean-Pierre BIVILLE

(1)   plante à fleur rose contenant de la samponine qui fait mousser l’eau comme du savon

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 Où est passé le tire-bouchon ?

 In L’Echo des Vallées, n° 95, octobre-décembre 2011

 

 Où est passé le tire-bouchon ? Nous avons tous un jour pesté pour retrouver ce foutu tire-bouchon qui avait été mal rangé alors que nous nous apprêtions à ouvrir une bouteille.

 Cet ustensile indispensable, qui fait partie de notre environnement quotidien, remisé généralement au fond d’un tiroir et dont nous ne prêtons guère attention, nous rappelle son utilité lorsque nous voulons en faire usage. Mais, savez vous que cet objet plusieurs fois centenaire, dont l’origine nous est mal connue, a fait son apparition vers le 17éme siècle et est liée au développement de la fabrication de la bouteille en verre et à sa généralisation. Les bouchons d’alors, en bois huilé ou en chanvre tordu, peu étanches, ne facilitaient pas le stockage des liquides. Vers 1680, le liège fut alors utilisé pour ses vertus techniques évidentes et il fallu trouver un outil spécifique pour tirer les bouchons. Ce qui devait naturellement amener à l’invention du tire-bouchon.

 Son ancêtre viendrait vraisemblablement de la vrille à tonneau, outil qui servait aussi à extraire une balle du canon d’une arme à feu. Il semblerait que les anglais, grands amateurs de vins en soient les précurseurs pour avoir mis au point les premiers modèles qui étaient alors fabriqués par les armuriers.

 En France, à partir du XIXème siècle, cette industrie s’est trouvée en fort développement. Dans le Vexin, dès les années 1850, une pépinière de petites manufactures, dont certaines seront centenaires, vont commencer à apparaître.

 Leur installation sera favorisée par l’abandon de nombreux moulins à farine ou de filatures bâtis le long des cours d’eau. Cette désertion, provoquée par l’industrialisation née de l’arrivée de la machine à vapeur et du chemin de fer, a permis l’aménagement d’ateliers dans des structures où subsistaient encore les mécanismes permettant la fourniture d’énergie bon marché.

 

C’est ainsi que l’on dénombreras des productions de tire-bouchons dans les communes de :

 - OMERVILLE au moulin d’Amiel ou, en 1852, Mr le Boulanger sera le premier grand fabricant a avoir organisé le démarrage industriel de la production de tire-bouchons. Messieurs Aubret, Boué et Deveson lui succéderont successivement jusqu’en 1952.

 

- HODENT au moulin de l’ancienne filature du Pont d’Hennecourt. Jean-Baptiste Boué et Henri Crédot s’installeront en 1886.

 

- VIENNE EN ARTHIES au Moulin des Milonnets en 1876, Ignace Lafitte ouvrit son atelier qui verra se succéder plusieurs propriétaires jusqu’en 1929 et au Moulin d’en Hauts tenu en 1876 par Eugène Trébutien et repris par Adolphe Pecquet de 1883 à 1911.

 

- GENAINVILLE et MONTREUIL SUR EPTE établissements qui seront successivement tenus entre 1886 et 1927 par messieurs Crédot, Boué et Sitbon.

 

- CHAUSSY le moulin de la ferme exploité par Mrs le Boulanger père et fils qui seront la plus grande lignée de fabricants de tire-bouchons

 

- MAGNY EN VEXIN. Les anciens se souviennent de la fabrique Coville qui a fonctionné pendant plus de 170 ans et qui a du fermer ses portes en 1980. Situé au lieu dit de « Vernouval ». Cet ancien moulin à blé est toujours visible sur la droite à la sortie de MAGNY en direction de HODENT. On peut encore apercevoir les bâtiments qui malheureusement subissent les ravages du temps. Le fondateur, Moïse Coville, y a installé son activité en 1904 qui a été poursuivi par ses descendants jusqu’à sa fermeture.

 

 Ces manufactures fournissaient du travail pour les habitant des villages où elles étaient implantées. Elles

 ont employé, en moyenne, entre dix et quarante ouvriers.

Plus de 100 modèles de tire-bouchons y ont été conçus lesquels ont été reproduits par dizaine de milliers d’exemplaires vendus en France et à l’étranger. … /…

A cette époque, l’automatisation était inexistante. Les tire-bouchons étaient façonnés à la main et demandaient un savoir faire particulier notamment pour former la pièce principale « la mèche » qui va se visser dans le liège.

Plusieurs phases d’usinage, notamment du travail de forge, étaient nécessaire allant de la découpe du métal jusqu’au tortillage pour obtenir la mèche généralement en forme de vis ou d’hélice. (creuse au centre, cette dernière est plus efficace pour les bouchons fragiles ou en mauvais état).

Les premiers tire-bouchons en « T » étaient munis d’un simple manche en bois, corne, métal…..dont les formes variaient en fonction du fabricant. Pour ces modèles, une certaine force est nécessaire pour tirer le bouchon de la bouteille, opération qui ne pouvait pas être réalisée par tout le monde compte tenu de l’effort à déployer. Pour faciliter le débouchage, ces fabricants ont fait preuve d’esprit d’innovation en créant divers systèmes avec un mécanisme à vis ou à levier prenant appui sur le goulot pour permettre par un simple tour de main l’extraction du bouchon.

Parallèlement à la fabrication des tire-bouchons chaque manufacture fabriquait également des objets en acier poli, pinces à épiler, poinçons, anneaux de clefs, tire-bottes, tire-gants, cure-oreilles, limes à ongles, ouvre-boîtes, décapsuleurs, casse-noix, compas, etc...

Plus de trois cents brevets ont été déposés en France. La liste serait trop exhaustive pour énumérer toutes les formes de tire-bouchons qui ont été créées. C’est la raison pour laquelle il est devenu un objet de collection très prisé par les « helixophiles « ou « pomelkophiles » (noms donnés aux collectionneurs de tire-bouchons) du monde entier. Certains modèles sont de véritables objets d’art. En effet, alors que l’usage du tire-bouchon devenait de plus en plus courant, les fabricants ont parfois utilisé des matériaux précieux tels que l’or, le bronze et l’argent mais aussi l’os, l’ivoire et l’émail et ont doté leurs tire-bouchons de diverses formes de décorations.

Il est à noter que le tire-bouchon est utilisable avec difficultés par les gauchers car il a été conçu par et pour les droitiers.

Pour des raisons évidentes de modernisme et de rentabilité, toutes ces manufactures ont aujourd’hui disparu. Il existe encore en France quelques fabriques dont l’activité principale est surtout orientée sur la coutellerie où le petit électroménager.

Le tire-bouchon a encore de beaux jours devant lui car tant qu’il y aura des bouteilles à déboucher pour notre plaisir, cet outil sera toujours indispensable.

 

J-P B

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Evangélisateur d’Indiens, un métier exotique ?

 In L’Echo des Vallées, n° 109, avril-juin 2015

 

Le père Clelio Boccato a passé vingt ans dans le diocèse de Araguaïa, au Brésil, région reculée à majorité indigène. On est tenté de lui demander : alors, les Indiens, il faut toujours les évangéliser, comme au XVI° siècle, de façon plus ou moins forcée, quand les conquérants européens arrivaient armés jusqu’aux dents et massacraient de bon cœur, sous prétexte de sauver des âmes sauvages ?

 

- Non, comme lors de l’invasion coloniale, il s’agissait de s’opposer autant que possible à la guerre que livrent les grands propriétaires rapaces à une population autochtone sans défense. Le rôle des prêtres, là-bas, consistait à protéger des paysans chassés de chez eux par des milices à la solde des riches, qui abattaient des paysans pour l’exemple, pour terrifier les familles, et pour leur confisquer leurs terres. J’ai compté une vingtaine de laïcs qui ont perdu la vie là-bas, outre les prêtres et les religieuses menacés, emprisonnés, expulsés, dans les années 1970-80.

 

- - C’est le cas de votre ami le père François Jentel ?

 

- Oui, au Brésil il est considéré comme un martyr, Mgr Casaldaliga dit que « son âme brillait ». Le village de Mériel, d’où il était originaire et où il est mort, a donné son nom à la place de l’église ; c’est lui qui m’a décidé à partir au Brésil.

 

- Concrètement, quelle était votre responsabilité là-bas ?

 

- Des religieux brésiliens m’avaient invité, et l’évêque Mgr Pedro Casalaliga m’a demandé de rester, pour soutenir les Petites Sœurs de Jésus dans le Matto Grosso, une immense région, peuplée seulement de 150 000 personnes, généralement des Amérindiens sans contact avec les villes. Nous étions deux prêtres et quarante agents pastoraux, en tout et pour tout, sur un territoire immense.

 

- Dom Helder Camara, l’archevêque de Recife, très proche de vous aussi, avait été parmi les quatre signataires du « pacte des catacombes », à Rome, dans le sillage de Vatican II, en 1965. De quoi s’agissait-il ?

 

- « L’option pour les pauvres », c’était l’engagement à vivre parmi les pauvres, dans la pauvreté. Les autorités, les classes dirigeantes, dans les villes, s’étaient habituées à ne plus voir le scandale de la situation des campagnes. Mgr Casaldaliga, un poète mystique, prêchait simplement qu’il y avait urgence à défendre les pauvres, dans une démarche franciscaine de redécouverte de l’Evangile.

 

- Mais vous, personnellement, qu’est-ce que vous faisiez ?

 

- Nous on baptisait, on prenait les gens au sérieux pour connaître leur religion telle qu’elle est, c’est ce qui permet d’entrer en dialogue.

 

- Vous invoquez souvent saint Jean de la Croix, qui n’a pourtant pas vécu au milieu de la misère. Quel rapport entre l’Amazonie et la mystique ?

 

- La « Nuit obscure » de saint Jean de la Croix, c’est l’aveuglement à la terrible exigence des pauvres. Et en fait, voyez-vous, l’évangélisation, ça commence par l’inculturation, une immersion dans le monde qu’il faut libérer, parce que c’est celui des humiliés, des bafoués. Leur apporter le Christ, c’est d’abord leur rendre leur dignité.

 

- On vous traitait de communiste, j’imagine ?

 

- Mais l’indignation éthique, c’est de la compassion ! Oui, c’était l’époque de la théologie de la libération, que certains hauts dignitaires percevaient comme une concurrence sur le terrain des institutions caritatives. Je vous assure qu’on leur dénie encore bien souvent la qualité d’humains, à ceux que vous imaginez peut-être comme des « Indiens à plumes », de belles anatomies et des sujets innocents pour de beaux documentaires exotiques à la télévision.

 

- A l’époque, certains opposaient la théologie populaire à théologie de la libération.

 

- Ce sont les pauvres qui nous évangélisent. La théologie populaire, elle existe, cette conscience innée, naturelle, de ce qui est bien ou mal. Elle est conservatrice des lois de la nature, elle est gardienne de la foi. Il ne faut jamais aller contre elle, elle est le socle sur lequel il faut restaurer l’espérance. La culture de chacun, c’est sacré, c’est sa mère.

 

- Notre pape vient de déclarer martyr Mgr Romero, l’archevêque de San Salvador, assassiné en pleine messe, en 1980, et il va être béatifié. Vous l’avez connu ?

 

- Vous savez, tout le monde le connaît comme « le saint de l’Amérique latine », mais ça se passait en Amérique centrale, moi j’étais au Brésil. Je ne l’ai pas rencontré, mais nous le lisions beaucoup. Romero disait par exemple : « il n’y a que deux absolus : Dieu et la faim ». On ne transige pas avec la faim, parce que les affamés sont toujours des assoiffés de justice élémentaire.

 

- Regrettez-vous d’être revenu en France, où la vie est quand même plus confortable ?

 

- Je n’ai jamais connu de résistance à la parole de Dieu là-bas. Dans la détresse, Jésus et la Sainte Vierge sont véritablement ceux qui sauvent, tout simplement. Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus disait que Jésus l’aimait avec tous ses péchés. Il ‘y a aucune raison d’imaginer les pécheurs amazoniens comme des gens différents de nous, sous le regard de Dieu.

 

Entretien réalisé par MP

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C’était mieux avant… oui mais

Valmy et Valmoy sont dans un bateau. Valmoy tombe à l’eau, qu’est-ce qui reste ?

(Dialogue imaginaire entre deux chrétiens, en 2013, L'Echo des Vallées n° 106)

- Valmy : Il reste que je suis là, moi, et que je représente le présent. Toi tu estimes que tout fout le camp, qu’il faudrait revenir en arrière sur tout.

- Valmoy : Tu n’as pas peur, toi, de ce qui nous attend ? Si je commence à faire la liste…

- Valmy : Mais non, voyons, tu vois tout en noir. Le gouvernement ne va pas nous enlever toutes nos retraites, la crise ne va pas durer, les églises vont bientôt être pleines à nouveau, les enfants redeviendront bien élevés et obéissants.

- Valmoy : Ah oui ? Tu es drôlement optimiste ! Comme dirait Jésus de Nazareth, « ils ont des yeux et ne voient pas, ils ont des oreilles et n’entendent point… » Mais tu es au courant que le pape François est menacé de mort par les sauvages qui décapitent tout le monde sur leur passage ?

- Valmy : Ah bon ? Tu es sûr ? Alors là je ne suis pas d’accord, et j’ai bien l’intention de le défendre, notre pape. Il est formidable, il va au feu, il n’a pas sa langue dans sa poche ! Tu as vu, son voyage en Corée ? Et en Albanie, le seul pays communiste où l’athéisme était obligatoire, il y a à peine trente ans ? C’est merveilleux comme les gens l’aiment.

- Valmoy : Et il défend les pauvres, que nous serons tous bientôt, du train où vont les choses. Oui, on dirait que partout ailleurs que chez nous, les gens savent qu’ils ont besoin de Dieu. Mais ici, le bateau coule, et toi tu trouves ça normal. Ma voisine, une Arabe, quand on lui parle de mariage gay, elle dit : « c’est la fin du monde ». Elle a raison.

- Valmy : Mais la loi est passée, et tu vois bien que le ciel ne nous est pas tombé sur la tête. Moi ça m’énerve, cette vision qu’ont les non-chrétiens sur nous, comme si on détestait les homosexuels ; il faut vivre avec son temps, on ne peut pas être réactionnaire sur tout, il faut montrer qu’on est ouverts.

- Valmoy : Oui, d’accord, servir les hommes, être à l’écoute, je sais. Bientôt tu seras d’accord pour qu’on censure la Bible, parce que ça dérape de tous les côtés, dans ce livre terrible !… Tout ce qui compte, pour toi, c’est de ne pas trop se mouiller…

- Valmy : Certainement pas, une société où les hommes veulent utiliser le ventre des femmes comme on loue une voiture, c’est monstrueux. Mais on n’en est pas là, tu exagères toujours !

- Valmoy : Heureusement, à Paris, les gens bougent plus que dans nos campagnes. Je crois qu’ils ont vraiment peur. L’histoire de Sodome et Gomorrhe, les villes où les homosexuels faisaient la loi, tu sais comment ça finit ? Elles ont été détruites par le feu, et on sent bien que même si l’église est en fait très tolérante, on reste tous hantés par cette menace apocalyptique. Et ce qui me fait plaisir, c’est que les musulmans sont avec nous, sur ce coup-là. Je suis tout à fait d’accord avec toi, il faut être ouvert sur les autres religions.

- Valmy : Je ne suis pas sûr que tu sois sincère, dans ce que tu dis là, mais on ne va pas se disputer. Pour tous les gens du Sud, Dieu c’est quelque chose de familier, de vivant. Chez nous, on dirait que ce sentiment a disparu, il est resté comme congelé dans nos vieilles églises, magnifiques mais glacées.

- Valmoy : Oui, c’est bizarre, partout sauf chez nous les Européens, on dirait que Dieu n’a pas disparu du quotidien, c’est un interlocuteur pour toute la famille, pas seulement un truc de vieux. On dirait que les noirs ont naturellement la foi, pas besoin de leur faire un dessin. Alors qu’ici, vas-y que je te chipote, et que je t’invente des preuves de l’existence de Dieu et des preuves qu’il n’existe pas. Je suis désolé, mais j’ai honte, moi, qu’ici les gens n’aillent dans les églises  qu’en touristes méfiants, ils ne donnent rien à la quête, et ils ont toujours l’air de dire : c’est cher pour ce que c’est.

 

- Valmy : Il n’y a que pour les enterrements, que les gens payent pour le service religieux, sans rechigner. Quand les gens souffrent vraiment, là ils retrouvent le besoin de Dieu. Mais il faut prendre les gens comme ils sont, tu n’es pas meilleur que les autres, tu sais…

- Valmoy : C’est bien pour ça que je me confesse régulièrement, parce que je ne suis pas fier de moi. Tout seul, je n’arrive pas à garder la tête hors de l’eau.

- Valmy : Moi, tu vois, un truc qui me fait enrager c’est quand on nous dit que les musulmans c’est tous des terroristes qui mettent leurs femmes dans des sacs. Non, pour moi ils méritent le respect, d’autant plus qu’ils ne font pas les choses à moitié, eux, avec la prière cinq fois par jour, et le jeûne qui dure un mois. Ce qui ne veut pas dire que je…

- Valmoy : On est bien d’accord, et je suis parfaitement sincère, ne t’en déplaise ; d’ailleurs la sainte Vierge porte toujours un voile, ça veut forcément dire quelque chose. Et ça me fait plaisir que tu t’énerves, quand même, tu n’es pas si mou, au final. La charité chrétienne, c’est parfois sportif ! Tiens, tu veux une bonne nouvelle ?

- Valmy : Chiche ! En fait tu me casses le moral, chaque fois qu’on se met à discuter.

- Valmoy : Tu savais que les musulmans adorent comme nous la Sainte Vierge ? Alors que ça fait rigoler les Européens modernes, l’idée que la mère de Jésus était vierge, eux ils y croient, et ils vont en pèlerinage comme nous à Lourdes, à Rocamadour, à Fatima. Si c’est pas une façon de rendre hommage aux femmes, ça !

- Valmy : Et tu veux une autre bonne nouvelle ? Le gouvernement a reculé, sur les projets pour casser la famille dont on nous rebat les oreilles à la télé.

- Valmoy : Et ça, c’est grâce à la mobilisation des chrétiens. Mais à mon avis, on n’est pas tirés d’affaire…

- Valmy : Les Africains ont un proverbe, tu vois, ils disent : « Les ennemis du Christ complotent, mais Dieu es un meilleur complotiste encore… »

- Valmoy : Tu es sûr ? J’ai peur qu’on boive encore la tasse, même si on change de gouvernement, les politiques veulent juste rafler plus d’électeurs. Les Africains disent aussi que le mensonge peut courir un an, la vérité le rattrape en un jour. Mais c’est pas tous les jours qu’on voit ça !

 - Valmy : Allez, remonte dans le bateau, tu as assez pataugé dans ta  dépression, et tu vas te noyer dans tes élucubrations, si tu continues. On est dans le même bateau, au fond !

- Valmoy : Merci mon frère de m’avoir tendu la main, merci Seigneur de me repêcher, Sainte Marie mère de Dieu, priez pour nous, maintenant et à l’heure de notre mort !

- Valmy : Amen. 

                                                                                                                                                MP

 

 

 

Vive la famille!

In L’Echo des Vallées, n° 107, octobre-décembre 2014

 

L'Église a toujours défendu la famille, et nous nous réjouissons de la bonne nouvelle qui nous vient de l'Éducation Nationale: le nouveau ministre a retiré le projet dit "ABCD de l'égalité", qui visait à introduire dans la tête des enfants, dès la maternelle, l'idée qu'ils n'étaient ni garçon ni fille, que toute expérience sexuelle était normale, et que les notions de papa et maman étaient tout à fait  relatives. Certes, à notre époque, la famille a bien changé, elle est devenue très élastique, à géométrie variable. Il n'empêche que pour un enfant, comme pour un parent, l'idéal reste celui de la famille originelle: papa, maman, et autant de frères et sœurs que possible. C'est la structure naturelle, protectrice, qui permet à chacun de s'épanouir, dans la confiance en la générosité de la nature. Les chrétiens fêtent la sainte Famille le dimanche qui suit Noël. Saint  Joseph est par excellence le protecteur de sa femme et de son enfant, incapable d'abuser de son autorité de chef de famille, respectueux de sa femme au point d'accepter la conception mystérieuse de Jésus, alors que Marie enceinte s'attirait les cancans et les méchancetés du voisinage. Dès le départ, donc, dans l'histoire de la sainte Famille, il y a quelque chose qui défie les habitudes, et qui va bien au-delà des convenances propres à chaque époque. Il y a l'idée d'une famille soudée et soulevée par l'amour, envers et contre tout.

 

Dans les premiers siècles, l'Église joue un rôle décisif pour consolider ce modèle-là de la famille, en déclarant que l'homme ne saurait avoir qu'une seule épouse, ce qui donnait une dignité inédite au statut de la femme mariée, protégée par la loi, alors que les autres étaient à la merci de n'importe qui. Ensuite, l'Église a exercé constamment sa fonction de protectrice de l'enfance, en gérant les orphelinats et en accueillant les femmes seules, veuves ou abandonnées, dans les couvents, qu'elles fussent riches ou pauvres.

Qu'en est-il des familles dites recomposées? Nous nous réjouissons que les séparations, répudiations, divorces, ne soient plus des épisodes aussi traumatisants que jadis. Désormais, lorsque le père ou la mère ne se trouve pas privé de revenus à la suite d'une crise sentimentale, la loi permet aux couples de se mettre d'accord pour de nouvelles façons d'encadrer les enfants. C'est heureux, et parfois les enfants sont heureux de se découvrir de nouveaux amis dans une belle famille qu'ils n'ont pas choisie. Les nouveaux demi frères ou apparentés ont des rapports qui ressemblent aux liens solides qu'on avait jadis avec les cousins, alors que ceux-ci, maintenant, se trouvent souvent dispersés.

Il n'empêche que rien ne remplacera jamais l'harmonie entre les parents, et l'assurance pour les enfants que dans leur famille chacun continuera à protéger les autres et à les aider à surmonter leurs difficultés. Cette confiance, seuls des parents unis "à la vie à la mort" peut la donner.

Cela peut paraître un vœu pieux, un projet trop ambitieux, dans notre monde en crise à tous les niveaux: tant de choses, dont la conquête de l'indépendance financière individuelle, peuvent amener à la rupture. Autrefois, on se supportait mieux les uns les autres parce que la survie de chacun dépendait des autres. Autrefois, la solidité du cadre familial allait de soi. Peut-être évitons-nous mieux, désormais, les violences, chantages et abus de pouvoir d'un parent sur l'autre et sur les enfants. Mais la véritable bonne entente reste un combat, un combat qu'il faut livrer constamment contre ses propres mauvais penchants, et contre les pressions de la société pour que les liens, fragilisés par les mille possibilités nouvelles, se brisent. Lorsqu'une famille éclate, on accuse en général "l'autre" d'avoir cassé le lien; mais tous autant que chacun se retrouvent irrémédiablement blessés.

Or les enfants sont souvent les meilleurs combattants pour la défense de leur famille, parce qu'ils ne connaissent pas, en général, la tentation d'aller voir ailleurs. Ils perçoivent très clairement qu'il y a des choses plus importantes que les caprices amoureux ou les disputes à répétition. Quand les parents se laissent aller au désespoir, et croient "qu'il n'y a plus rien à faire", les enfants  exigent qu'ils voient plus loin. Les célébrations de la Nativité sont là pour le rappeler à toutes les générations, dans le bonheur: l'enfant est le fruit de l'amour sans limites entre un  homme et sa femme, pas seulement d'un moment d'amour, mais de l'éternité de l'amour. C'est dans la nature, c'est inscrit dans  la biologie jusqu'au niveau microscopique, c'est la loi mystérieuse de l'univers.

L'homme moderne a tellement développé son potentiel d'innovation technologique qu'il croit pouvoir aller au-delà de la nature, et la détourner du projet divin, comme il détourne les fleuves (mais ceux-ci, à la moindre rupture de barrage, reprennent leur cours!). La théorie du genre est une imposture idéologique soufflée aux gouvernements par les agents du baby business, n'ayant en vue que le développement de leurs activités et de leur profit, qu'il s'agisse des organes de propagande poussant systématiquement à l'avortement de confort, aux pratiques contraceptives entraînant la stérilité à terme, aux laboratoires en pma,  ou aux trafiquants internationaux d'enfants et de femmes pauvres, vues comme de simples utérus sur pattes. Les textes sacrés de toutes les religions mettent en garde contre le projet de subvertir l'ordre naturel, que ce soit sous prétexte de science ou de droits individuels. Dans la Bible, c'est l'histoire de Sodome et Gomorrhe, villes où régnait l'homosexualité, qui nous sert d'avertissement: elles furent détruites par le feu, pour avoir refusé d'écouter les avertissements divins.

C'est la mobilisation des chrétiens et des musulmans qui a fait reculer le gouvernement sur le projet d'infléchir toute la législation dans le sens voulu par une infime minorité, ne représentant que des intérêts financiers monstrueux, sataniques parce qu'ils refusent de prendre en compte la conscience universelle, commune à toute l'humanité. Nous les chrétiens, savons qu'il faut remercier la sainte Vierge et saint Joseph, patron de tous les pères de famille, pour nous avoir permis de remporter cette bataille contre la démesure folle de l'orgueil.  Notre conscience nous dit qu'il faut maintenant aller plus loin: exiger le retrait de la loi permettant le mariage homosexuel. En effet, cette loi a surtout pour but de chasser le sacré de notre société, par des rites parodiques. Nous les chrétiens sommes d'ores et déjà mobilisés, avec nos prêtres et nos évêques, pour empêcher toute atteinte blasphématoire à notre liberté de fils de Dieu, liberté de défendre le sens chrétien de la famille, qui est le sens de l'existence.

                                                                                                                             MP

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